Édito – Casier judiciaire : la République à deux vitesses ?

La condamnation en appel de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics relance une question qui dépasse largement sa seule personne : celle de l’exigence d’exemplarité dans l’accès aux plus hautes fonctions de l’État.

Selon la décision de justice, elle a été condamnée en appel à une peine de trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme aménagé sous bracelet électronique. Cette condamnation va figurer au casier judiciaire, sauf décision ultérieure contraire ou évolution de la procédure.

Or, un paradoxe frappe de nombreux citoyens. En France, pour accéder à la fonction publique, l’administration vérifie notamment le bulletin n°2 du casier judiciaire. Une condamnation inscrite sur ce bulletin peut rendre impossible le recrutement si les faits sont jugés incompatibles avec les missions exercées. Cette exigence repose sur un principe simple : les agents publics doivent présenter des garanties de probité, de moralité et d’exemplarité.

À l’inverse, l’accès à la présidence de la République obéit à des règles différentes. La Constitution et le code électoral ne prévoient pas qu’un casier judiciaire, à lui seul, empêche une candidature. Seules certaines peines complémentaires, notamment une peine d’inéligibilité prononcée par le juge et applicable, peuvent faire obstacle à une candidature.

C’est là que naît l’incompréhension.

Comment expliquer qu’une personne condamnée pour des faits aussi graves que des détournements de fonds publics puisse, en droit, briguer la magistrature suprême, alors qu’une personne condamnée pour une infraction bien moins grave pourrait se voir refuser l’accès à un emploi de fonctionnaire ? Le contraste interroge le sens même de l’exemplarité républicaine.

Le casier judiciaire est pourtant conçu comme un instrument de confiance. Il recense les condamnations pénales prononcées contre une personne.

Dans la fonction publique, cette vérification n’a rien d’anecdotique. Elle traduit l’idée que celui qui exerce une mission de service public doit être irréprochable, ou du moins ne pas avoir commis des infractions incompatibles avec ses fonctions.

Pourquoi cette exigence semblerait-elle moins forte pour celui ou celle qui aspire à diriger la Nation, chef de l’État, chef des armées et garant des institutions ?

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le suffrage universel ni la présomption d’innocence lorsque les voies de recours existent. Il s’agit de poser une question de cohérence démocratique. Si la République exige l’exemplarité d’un enseignant, d’un policier, d’un magistrat ou d’un agent administratif, ne devrait-elle pas, a minima, exiger le même niveau d’intégrité de celui ou celle qui prétend incarner la République tout entière ?

Le débat dépasse les clivages politiques. Aujourd’hui, il concerne Marine Le Pen ; demain, il pourrait concerner n’importe quel responsable politique. Les règles doivent être pensées non pour une personne, mais pour protéger les institutions.

Une démocratie forte repose autant sur le vote que sur la confiance. Et cette confiance suppose que les exigences imposées aux plus hauts responsables ne soient jamais inférieures à celles demandées aux serviteurs ordinaires de l’État.

À défaut, c’est le sentiment d’une République à deux vitesses qui s’installe : une République exigeante envers ses fonctionnaires, mais étonnamment plus permissive envers ceux qui aspirent à exercer le pouvoir suprême.

Marine Le Pen pourra être présidente de la République, elle n’aurait pu être fonctionnaire de la République française! Une République à 2 vitesses et selon que vous soyez riche ou puissant…

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