Il y a des moments où un pays semble vaciller moins sous le poids des crises que sous celui de l’impuissance de ses dirigeants. La France traverse l’un de ces moments. Depuis des années, la mauvaise gestion des finances publiques, les choix à courte vue, les renoncements successifs et l’incapacité à penser l’avenir autrement qu’à travers l’urgence budgétaire mettent les Français en difficulté. Et, comme toujours, ce sont les plus fragiles qui paient le prix fort.
Hausse du coût de la vie, services publics sous tension, pouvoir d’achat en berne, entreprises fragilisées, secteurs économiques déstabilisés : le malaise est partout. Derrière les chiffres, il y a des réalités concrètes, des familles qui renoncent, des artisans qui comptent chaque euro, des retraités inquiets, des jeunes qui doutent, des travailleurs qui ont le sentiment de faire toujours plus d’efforts pour toujours moins de résultats. À force de bricoler, d’endetter, de reporter et de ne jamais traiter les causes profondes, on a installé le pays dans une forme de fatigue collective.
À cela s’ajoute un contexte international devenu explosif. Le déclenchement irresponsable de la guerre en Iran, sous l’impulsion des dirigeants israéliens et américains, a provoqué une nouvelle flambée des prix du carburant et renforcé un climat d’angoisse généralisée. Une fois encore, les conséquences géopolitiques retombent brutalement sur les peuples, très loin des lieux où les décisions sont prises. Ici, au quotidien, cela signifie encore plus de tension pour se déplacer, se chauffer, produire, transporter, vivre tout simplement. Pour beaucoup, c’est un genou à terre de plus. Un État ruiné incapable de proposer des solutions concrètes et utiles à moins de rustines qui provoquent des injustices.
Et pendant que cette nouvelle guerre monopolise l’attention, l’Ukraine semble avoir disparu du débat public, comme si l’habitude du drame avait remplacé l’indignation. Pourtant, là aussi, la situation demeure catastrophique. Le monde semble passer d’une tragédie à une autre sans jamais s’arrêter, sans jamais tirer de leçon, sans jamais remettre l’humain au centre.
C’est sans doute cela qui frappe le plus : l’absence de sens. Il fut un temps où la politique, qu’on l’approuve ou non, portait une vision, une parole, une ambition collective. Il fut un temps où des femmes et des hommes politiques parlaient de justice sociale, de solidarité, de destin commun sans ce soucis obsessionnel de se faire réélire. Aujourd’hui, tout semble fragmenté, technocratique, désincarné. On gère, on communique, on colmate, mais on n’inspire plus. On ne relie plus. On n’apaise plus.
Le sentiment qui monte est celui d’un monde sans boussole, sans humanité, sans justice sociale, sans liens véritables. Et dans ce vide prospèrent la colère, la peur, le repli, parfois la haine. Ce chaos n’est pas seulement économique ou diplomatique : il est moral, social, démocratique. Et chacun pressent qu’à force d’ignorer la souffrance, l’épuisement et la perte de confiance, tout cela finira par exploser d’une manière ou d’une autre.
Alors une question demeure, simple et terrible : comment encore faire confiance à nos dirigeants tant dans l’exécutif que dans le législatif avec une assemblée qui renvoie une image pitoyable ? Et surtout, qui sera capable de redonner du sens, de remettre l’humain, la justice et la paix au cœur de l’action publique ? Car un pays ne tient pas seulement par ses comptes. Il tient par sa cohésion, par sa parole, par l’espérance qu’on lui donne. Et c’est précisément cela qui aujourd’hui nous manque le plus.



