Pourquoi croire au renouveau de la culture gasconne ?

Comme un champ de coquelicots, fragile mais tellement captivant et puissant par sa couleur, la culture Occitane, ce sont des chants, des danses, des musiques, des jeux. Ces longues tablées où se côtoyaient les pauvres, les riches, les érudits, les cagots, le croyant, le non-croyant. Tous partageaient le labeur et la joie de vivre, sur cette terre, dans la simplicité et le partage.

Unis autour de ces facteurs communs, ravivant les sentiments de la communauté d’origine, gasconne…

« Oui ,on rêve alors d’une culture où le parler standard non seulement, n’aura pas tué les parlers locaux, mais coexistera harmonieusement avec eux, où chacun pourra utiliser l’un ou l’autre selon ce dont il veut parler, à qui il veut parler et même simplement selon les envies du moment. Où les rapports ne seront pas des rapports dominant à dominé, de méprisant à méprisé. (Paroles de Michel GROSCLAUDE 1926-2002, philosophe et linguiste français ).

Après “Era Pastoralas” 11 représentations et 5 de la “Synfonia Gascona”  – la fête du “XV Août Gascon”– les séances hebdomadaires d’Initiation à la langue Occitane – la création de la “Section Trad” Musiques et Chants au Conservatoire de Saint Gaudens. La toute dernière création, grâce à Mathieu Bares : “Eth Calendari”. Calendrier en gascon, imagé par les enfants des écoles du Haut Comminges. L’association « Pastorala » poursuit la mise en valeur de la culture Gasconne en Hautes vallées Commingeoises.

La Pastorala, relance le Jeu de Quilles de Neuf, Las quilhas de nau ! Mathilde Lamothe, nous en parle :

(Mathilde, auteur d’une thèse “De la neige à la terre battue” : une approche comparative ethnologique de pratiques sportives : Raquettes à neige au Québec et Quilles de 9 en France, au prisme du patrimoine culturel immatériel).

“Les quilles de neuf sont l’une des nombreuses variantes des jeux de quilles, plus précisément des jeux à neuf quilles. Ce jeu traditionnel gascon se déroulait autrefois dans les auberges et les cafés, où les hommes se retrouvaient en soirée ou le dimanche pour jouer aux quilles sur le plantier et boire « lo pinton » (la chopine). Il paraît presque difficile d’imaginer l’ampleur de la pratique sur le territoire, tant étaient nombreuses ces petites auberges de villages – et ces plantiers – dans le monde rural jusqu’au milieu du XXe siècle, avant de décliner progressivement.

                Quelques légendes racontent qu’Henri IV jouait aux quilles de 9, certaines s’amusent à l’enjoliver en précisant « avant et après la poule au pot », tandis que d’autres prétendent que des bergers de la montagne auraient inventé le jeu … mais rien ne le prouve. En matière d’archives, le premier règlement régional connu, rédigé par un chalossais en 1832, comportait alors huit jeux d’après Gaston Ducasse[1]. Au XIXe siècle, les espaces de jeu s’avéraient assez inégaux, tant en termes de poids des quilles ou de la boule comme des dimensions ou de la platitude du terrain. Le matériel va progressivement évoluer pour s’homogénéiser et se composer d’une boule en bois de noyer de 2,9 kg et de neuf quilles en bois de hêtre pesant 6 kg chacune. Aujourd’hui, un règlement édicté par le Comité National de quilles de 9 norme la pratique sportive et indique les dimensions, poids et mesures des terrains et du matériel. Le jeu consiste à effectuer successivement douze figures imposées (sept « jeux courts » puis cinq « jeux longs ») : le joueur se place devant la quille « de main » et doit la frapper à l’aide de la boule. Cette quille de main doit abattre une autre quille, placée au centre du jeu et appelée « le plomb », tandis que la boule continue sa course en abattant certaines quilles afin de réaliser la figure de jeu. Si la boule reste dans l’aire de jeu, on dit alors que le joueur a fait « choix » (« har choès ») et, une fois les quilles « pitées » ou replacées debout, il peut alors « rebattre » en relançant une seconde fois la boule pour abattre cette fois-ci le plus grand nombre de quilles.

                La première compétition officielle sous forme de concours est organisée par un notable de Dax en 1898 : son succès engendre de nombreux autres concours. La presse relaie abondamment les compétitions et les réunions de sociétés de quilles. Le premier championnat de France, se déroulant à la fois à Dax et à Pau, réunit 2000 joueurs en 1923. Par ailleurs, le jeu s’exporte avec l’émigration des gascons en Amérique : on retrouve les quilles de 9 dans des publicités comme celle d’une « Maison Française » à San Francisco, qui propose des chambres d’hébergement mais aussi un attrait supplémentaire, à savoir l’« unique quiller méridional dans le pays » (L’Impartial Californien, 3 avril 1897). Cependant, le jeu ne semble pas avoir perduré au-delà de ces générations de migrants.

                Une Fédération de quilles de 9 voit le jour en 1948 mais, à la demande du Ministère des Sports qui ne souhaitait pas une multiplication de fédérations de jeux de quilles, la discipline s’est affiliée à la Fédération française de bowling et sports de quilles (FFBSQ) : celle-ci comprend également les quilles de 6, les quilles de 8, les quilles au maillet, le bowling, le ninepin bowling classic, le ninepin bowling schere et les quilles saint gaal.

                Aujourd’hui, le jeu de quilles de 9 est pratiqué par environ 250 quillous – ou quilhons en occitan – regroupés dans les 25 clubs situés en Chalosse (Landes), Béarn (Pyrénées-Atlantiques) et Bigorre (Hautes-Pyrénées). Nous pourrions même ajouter 250 quillous et quillouses, pour oser un néologisme, puisque quelques femmes jouent aux quilles de 9 depuis une dizaine d’années. Cependant, la pratique n’est pas exclusive à ce territoire et l’aire de jeu s’étendait autrefois plus largement en Gascogne comme, par exemple, le sud du Gers ou la Haute-Garonne. Ainsi dans le Luchonnais, on retrouve encore des quilles et des boules datant des années 1960 dans les greniers de certaines maisons. La mémoire garde le souvenir des « anciens » qui jouaient, du bruit du bois et du matériel remisé dans un coin. Cette pratique ne demande qu’à revoir la lumière du jour et le sable du plantier.”

Mathilde LAMOTHE.

[1] DUCASSE Gaston, Un sport gascon et son histoire : les quilles de neuf, Mont-de-Marsan, Jean Lacoste, 1953.

Un aperçu du jeu sur Octélé  : https://www.octele.com/Esp-rts-aqui-las-quilhas-nau-vostfr_fiche_3032.html

(Sur cette vidéo nous pouvons voir et entendre Michel Tristan et son Papa, ce dernier, malheureusement disparu. Tous deux ont été nos premiers supporters, en  participant aux diverses animations organisées à Luchon notamment au XV Août gascon « Era hesta de Banhères » !)