La pandémie est arrivée sans que l’on s’ y attende, sans que l’on n’y soit préparée à tous les niveaux. Des politiques défaillants tant l’impréparation était grande et des citoyens pris dans la tourmente d’une vie absurde, souvent vide de sens.

L’arbitre de la Vie a sifflé la fin de la récréation et nous voilà tous confinés après quelques hésitations coupables et des théories du complot les plus diverses et farfelues. Un moment difficile avec cet effet miroir qui peut faire peur. Une introspection que chacun a pu faire parfois contraint par ce repli sur soi imposé par les événements.

On a pu s’apercevoir que le grand monde du capital, l’économie spéculative, les premiers de cordée et autres donneurs de leçon en tous genres qui gouvernaient le monde d’avant n’ étaient d’aucune utilité dans ce temps si particulier de l’histoire contemporaine. Ce sont les sans dents, les sans grades qui étaient devenus indispensables à la survie de la société. On a pu apprécier, l’efficacité d’un service public que l’on s’acharne à détruire, un personnel soignant avec son sens élevé du devoir qui quelques semaines auparavant était gazé et maltraité par un pouvoir sourd à des revendications tellement légitimes. On a vu s’ériger une société d’entraide et de solidarité où tout en chacun voulait apporter sa pierre à l’édifice avec un regain de valeurs humanistes que l’on n’avait pas vues depuis si longtemps. Eugène Delacroix disait : « “L’adversité rend aux hommes toutes les vertus que la prospérité leur enlève.”

Alors pour un instant, pour un instant seulement on a voulu y croire à cette « société d’après » plus inclusive, plus fraternelle, plus équitable. L’humain allait passer avant les dividendes.

Et puis le déconfinement arrive. On se précipite, on court, on recommence comme avant. Le soir on ne tape plus sur les casseroles pour rendre hommage aux soignants dont on se fout complètement dorénavant, la mode étant passée. On fait fi de leur engagement au service du collectif que certains ont payé au prix de leurs vies n’écoutant que leur courage.  Ça y est l’individualisme est revenu au grand galop.  Mais qu’on leur donne une médaille et basta !!

Ce temps me rappelle celui d’il y a quelques années en arrière avec le « je suis charlie » Nous étions tous «  je suis charlie » avec cette empathie générale et le peuple de France était debout, uni face au terrorisme. Et puis le temps est passé avec sa gomme impitoyable  provoquant une amnésie collective. Nous avons simplement oublié que l”important n’était pas « je suis charlie » mais « je reste charlie ».

Nous sommes en train, une nouvelle fois de reproduire le même schéma. Nous avons rangé dans nos tiroirs et de nos murs face book le « Soutenons nos soignants » pour se précipiter dans les magasins de l’ultra consommation et attendre avec une frénésie non dissimulée l’ouverture des mac do. Surtout ne rien changer : Le covid-19 on s’en fout, on est libre et le climat tu sais où tu peux te le mettre ! Vivement la plage cet été »

Nous aurions pu être à un tournant d’un changement de mode de vie de notre société avec cet élément déclenchant. Saurons nous le prendre ou allons nous continuer dans ce tourbillon insensé qui va inexorablement nous précipiter dans le mur. La réponse est à chacun d’entre nous !

Dans le dictionnaire du diable Ambroise Bierce disait pour la définition de la société

Société : système ingénieux pour obtenir des bénéfices individuels sans responsabilité individuelle.

( Dédié à mes enfants, à tous les personnels soignants et à tous les sans grades pour leur sens de l’engagement)