Ce dimanche 10 novembre, la présidente de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, Carole Delga, signe une tribune dans le quotidien Aujourd’hui en France, intitulée « L’immigration n’est pas la mère de tous nos maux ». Un engagement personnel fort et un plaidoyer pour les valeurs de gauche humanistes qui vient sacraliser le fait qu’il existe bien une droite et une gauche et qu’il est aberrant de penser que tout ceci est la même chose. Bienvenue dans le monde réel !

 

 

« En ces temps de prix littéraires, je ne saurai que recommander à l’Elysée et à Matignon de relire « L’ordre du jour » d’Eric Vuillard, prix Goncourt 2017, où une phrase résonne particulièrement dans notre France d’aujourd’hui : « Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas ». Ils devraient en tout cas la méditer.

 

Il y a un an, le mouvement des Gilets Jaunes faisait surgir sur les ronds-points, les assignés sociaux et territoriaux de notre République. Le « Grand Débat National » démontrait par la suite que les valeurs portées par les Français s’enracinent autour du triptyque « Citoyenneté, Solidarité, Proximité ». Un véritable appel à changer de cap pour répondre aux attentes de nos concitoyens en matière d’emplois, d’environnement, de pouvoir d’achat, de transports, d’éducation…

 

Depuis, on a eu de cesse d’assister au « grand effacement » de ces revendications sociales légitimes au profit d’un débat mortifère, et éculé depuis 30 ans, « immigration, islam, voile ».  L’hystérisation de ce sujet n’a qu’un but : creuser la division du pays, graver dans le marbre la coupure entre les élites et le peuple, à des fins strictement électoralistes. Son résultat est connu d’avance : elle profitera, à court ou à moyen terme, à l’extrême droite.

 

Je ne suis pas une « Bourgeoise » qui ne croise pas l’immigration. Je ne crois pas, comme l’a dit un ministre, que les êtres humains, qui fuient la guerre et la misère, font ici « du tourisme médical », faut-il rappeler que l’AME ne représente que 0,5% des dépenses de santé. Je ne suis, ni dans cette « bonne conscience », ni dans « l’angélisme » dont on accuse systématiquement celles et ceux qui, avec raison, refusent que notre République puisse conforter, par ses mots et ses actes, l’idée dangereuse qu’immigration et crise économique sont liées.

 

Je crois en tant que Pyrénéenne et, avec le nom que je porte, aux vertus de l’intégration républicaine, celle-là même qui a permis aux 500.000 Espagnols de la Retirada de trouver refuge en France voici 80 ans ; je crois en tant qu’élue, que notre pays fonde son identité profonde sur un socle de valeurs qu’il faut savoir préserver et défendre, avec courage et sans calcul, car le « grand effacement » de ces valeurs menacerait la nature même de notre République. Je crois, en tant que Présidente de la Région Occitanie, que notre Méditerranée, ce berceau des civilisations, ne peut continuer à être ce cimetière où ont péri en quelques années plus de 18.000 femmes, hommes et enfants. Je crois, surtout, comme une très grande majorité de citoyens, que notre pays aspire à l’apaisement et au rassemblement. Cela nécessite de dire la vérité, de créer du lien, au lieu de choisir cyniquement la stigmatisation et la caricature : l’immigration n’est pas un choix, mais une déchirure, et certainement pas la mère de tous nos maux.

 

Le doigt pointé sur les étrangers, et nos frères pourtant, la haine quotidienne déversée sur nos concitoyens musulmans, la surenchère verbale cathodique, sont des masques qui finiront par tomber. La France de 2019 n’a pas besoin d’un duel trompeur et dévastateur. Elle a besoin de relever des défis connus de tous : ce qui mine ce pays, ce sont d’abord et avant tout les inégalités et le déterminisme social. Ce qui inquiète les Français, c’est de voir les droits sociaux reculer, les services publics disparaître, l’avenir des enfants et de notre planète s’obscurcir, le système de santé s’enfoncer dans la crise… Et il faudra bien s’en préoccuper car tout cela, Mr Le Président, ce n’est ni un fantasme, ni une hypocrisie, ni l’ancien monde : c’est le monde réel. »