Avec l’usine Fibre Excellence, et depuis le début de l’année 2026, le happening de la crise ne cesse de se prolonger en un feuilleton aux multiples montagnes russes émotionnelles pour les salariés de l’entreprise.
Pour ne parler que des plus récentes, c’était avant-hier mercredi 2 septembre 2026, la demande au président de la République par la présidente de Région Carole Delga de nationalisation temporaire de l’usine, pour avoir le temps de finaliser une offre de reprise avec un industriel papetier qui manquait encore. Demande rejetée le lendemain même, jeudi 3 septembre dès potron-minet, par la voix du ministre délégué à l’industrie Sébastien Martin depuis un plateau de télévision. Puis, ce vendredi 4 septembre, voici qu’une lettre d’intention de reprise est déposée, sous la houlette de l’Agence Régionale des Investissements Stratégiques (ARIS), par un industriel papetier européen, plus précisément portugais (comme le précédent qui s’est finalement effacé). Nouvelle péripétie ou tournant décisif ? En tout cas, une pièce maîtresse indispensable semble se profiler.
«Le papetier qui manquait est enfin là» observe le secrétaire CGT de l’usine Nicolas Bruel. L’industriel concerné demande jusqu’à quatre mois pour concevoir et formaliser une offre ferme.
La demande de nationalisation provisoire de Carole Delga n’a pas fait l’objet d’une fin de non recevoir officielle… «Le ministre voulait des industriels, ils sont là. Il y a un projet. Tous les acteurs sont désormais réunis. Il reste à l’État de prendre ses responsabilités pour que l’on ait le temps demandé par le papetier».
L’échéance judiciaire demeure, avec l’audience du tribunal de commerce de Toulouse qui se tiendra le mardi 8 septembre, suivie d’un délibéré qui devrait intervenir le mardi 15 septembre: «nous espérons que le tribunal nous accordera du temps» envisage encore avec prudence Nicolas Bruel.
Le syndicat CGT a communiqué sur les résultats financiers publics de l’usine de Saint-Gaudens rassemblés par l’expert comptable du cabinet SECAFI. Les résultats des années 2011-2024 sont positifs (2,3 Md€ pour le CA cumulé et 139 M€ d’excédent brut d’exploitation de 2011 à 2024, et 22 M€ de dividendes remontés à la holding entre 2021 et 2024). Cela sans soutien spécifique de l’État depuis 2020, souligne le syndicat.
Des chiffres qui vont dans le sens d’une efficacité industrielle, économiquement rentable, avec une industrie de pâte à papier cyclique où les années profitables ne préservent pas des années difficiles comme le fut 2025 (35 M€ de pertes). Un choc qui aurait, semble-t-il, pu être absorbé si une partie de sa trésorerie n’avait pas été transférée au Groupe…
Des voix commencent à se faire entendre souligne Sébastien Oustric (délégué CGT) qui fait référence aux propos publics de l’éditorialiste économique de BFM TV et BFM Business Emmanuel Lechypre, clairement favorable ce jeudi 3 septembre à la nationalisation provisoire: «Nationaliser ce n’est pas toujours maintenir artificiellement en vie des canards boiteux. Des boites avec un outil de production efficace et utilisable peuvent connaitre des difficultés temporaires qui nécessitent un accompagnement temporaire. N’oublions jamais tout ce qu’il y a autour de l’entreprise. Si vous mettez bout à bout toutes les externalités positives générées par le fait d’avoir cette entreprise qui fonctionne, globalement je ne suis pas sûr que les coûts ne soient pas plus faibles quand l’entreprise est maintenue en vie. Et il y a un vrai sujet de souveraineté. Il faut rappeler que cette entreprise (l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens) est la dernière en France à produire de la pâte à papier marchande. Oui, je suis pour que l’État intervienne temporairement pour sauver l’entreprise».
«Nous demandons pour la première fois un soutien spécifique afin d’obtenir du temps et un financement transitoire pour franchir une crise exceptionnelle» est-il écrit dans le communiqué distribué en ville par les salariés de l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens.





