Y a-t-il une raison d’espérer dans la désespérance?

« Même dans la désespérance, il y a toujours une raison d’espérer. » J’ai longtemps fait de cette phrase une citation de vie. Mais comment continuer à y croire encore, lorsque chaque jour, les nouvelles semblent ajouter une couche de violence, de trahison, de guerre et d’inquiétude ? Quand les crises s’enchaînent, que le climat se dérègle et que l’avenir paraît se rétrécir, l’espérance peut sembler bien fragile.

À l’international, les conflits ravagent des vies et bouleversent les équilibres du monde. Les décisions des grandes puissances, les alliances qui se nouent ou se défont et les calculs politiques ont des conséquences très concrètes pour les peuples, en Ukraine comme au Moyen-Orient. Et pendant que les populations paient très chèrement le prix des guerres, l’économie mondiale vacille, ajoutant l’angoisse matérielle à la peur de l’avenir. Le président Trump est allé guerroyer au Moyen Orient et impuissant à se sortir de cette impasse, il vend son âme au président Poutine en sacrifiant l’Ukraine sur l’autel de ses intérêts personnels à la veille d’élections nationales qui lui sont défavorables. Seul le peuple ukrainien décide du choix de son président!

En France aussi, beaucoup ont le sentiment que le pays est à l’arrêt et dans une extrême tension. Les difficultés quotidiennes pèsent, les finances publiques sont au fond du trou et les responsables politiques nationaux sont incapables de répondre clairement aux préoccupations des citoyens. L’horizon paraît bouché. Dans ce vide, les extrêmes gagnent du terrain, parfois sans que les faiseurs de roi ne mesurent pleinement leurs conséquences à court, moyen et long terme.

Contre toute attente, la jeunesse vient d’exprimer sa colère et son inquiétude. Il faut entendre ce qu’elle dit : ses revendications, ses peurs, son désir de compter dans les choix qui engagent son avenir. Mais il faut aussi veiller à ce que cette parole ne soit ni récupérée ni instrumentalisée. Des adolescents invités sur les plateaux de télévision ne devraient pas être réduits au rôle de porte-parole de courants politiques extrêmes qui les dépassent. Leur donner la parole est important ; faire d’eux des emblèmes ou des adversaires, beaucoup moins. Ils ont besoin d’être écoutés, accompagnés et respectés — pas enrôlés.

Pendant ce temps, trop adultes se replient sur eux-mêmes. Non par indifférence, mais parce qu’ils se sentent impuissants, épuisés, écoeurés, parfois abandonnés. Quand on ne croit plus que le vote puisse changer les choses, quand la parole publique semble ne plus être entendue, le découragement gagne. Et si nous cessons de faire société, si nous ne nous reconnaissons plus aucune responsabilité les uns envers les autres, alors ceux qui prospèrent sur la peur et la division occupent tout l’espace.

Ne pas se replier sur soi ne signifie pas nier la gravité du moment, ni se contenter d’un optimisme de façade. C’est refuser que la peur décide à notre place. C’est continuer à parler avec celles et ceux qui ne pensent pas comme nous, à défendre la dignité de chacun, à prendre part à la vie collective, même modestement. C’est aussi préserver des lieux où l’on peut se rencontrer, débattre sans se déchirer et agir ensemble.

L’espérance ne tombe pas du ciel. Elle se construit dans les gestes de solidarité, dans l’engagement, dans l’attention portée aux plus fragiles, dans la défense des libertés et dans la volonté de ne pas abandonner les autres à leur solitude. Elle commence parfois par une conversation, une présence, une main tendue.

Nous avons besoin de retrouver la fraternité et l’universalisme : cette conviction que chaque être humain mérite considération, au-delà de ses origines, de ses croyances ou de ses opinions. Nous ne résoudrons pas tout seuls les crises du monde, mais nous pouvons refuser qu’elles nous rendent indifférents les uns aux autres.

Alors, oui, le mal est profond et nous ne faisons plus nation. Et non, l’espoir n’efface ni les souffrances ni les responsabilités. Mais tant que nous pouvons nous rassembler, écouter, penser librement et agir pour le bien commun, il reste une raison d’espérer. Ne laissons pas le repli devenir notre seule réponse.

 

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