Plan d’urgence « engrais » : une aide jugée déconnectée des réalités agricoles

 

Le Gouvernement a annoncé un « plan d’urgence engrais » présenté comme un coup de pouce pour les exploitations. Le dispositif prévoit une aide de 50 € par tonne d’engrais achetée, avec un bonus de 25 € pour les fermes dont le poste engrais dépasse 10 % des achats de l’année précédente. Mais pour Jeunes Agriculteurs 31, cette mesure passe à côté de l’essentiel.

L’organisation syndicale estime que cette aide ne répond pas aux difficultés réelles du terrain. Selon elle, elle est « dérisoire » face à la hausse des coûts de production et n’apportera ni soulagement durable de trésorerie, ni retour à la rentabilité. JA31 voit surtout dans ce plan une réponse aux difficultés de la filière engrais, confrontée à des stocks importants et à des ventes qui peinent à repartir.

Le syndicat dénonce un dispositif pensé davantage pour soutenir l’écoulement des stocks que pour accompagner les agriculteurs. « Ce n’est pas un plan d’urgence pour les agriculteurs, mais pour les vendeurs d’engrais », résume-t-il, estimant que les exploitants ne doivent pas devenir la variable d’ajustement d’un marché déséquilibré.

JA31 insiste aussi sur la situation financière très tendue des exploitations. Beaucoup d’agriculteurs n’ont pas encore perçu les revenus de leurs récoltes, alors qu’on leur demande déjà d’acheter des intrants pour des cultures qui ne sont même pas encore semées. Dans un contexte d’incertitudes économiques, climatiques et géopolitiques, certains pourraient même réduire leurs surfaces semées ou renoncer à certaines cultures d’hiver.

Autre point critiqué : l’image renvoyée par ce dispositif. Le syndicat redoute que les agriculteurs soient une nouvelle fois présentés comme des « assistés », alors que cette aide ne répond pas à leur demande mais à une logique commerciale de la filière engrais. Il juge même paradoxal de devoir parfois s’endetter pour acheter des engrais afin de toucher une aide publique.

JA31 appelle donc les exploitants à la prudence et à ne pas laisser cette mesure orienter seule leurs décisions d’approvisionnement. Les achats, rappelle-t-il, doivent rester guidés par les besoins réels de l’exploitation et sa capacité financière.

Enfin, le syndicat demande au Gouvernement de soutenir directement et durablement les agriculteurs, via des outils existants comme la PAC, ou par la suppression immédiate de la taxe MACF, plutôt que par un dispositif conditionné à l’achat d’engrais. Pour JA31, l’agriculture a besoin de revenus, de visibilité et de trésoreries solides, pas d’une simple opération de communication.

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