L’explosion d’AZF : Pierre Nicolas, premier journaliste au cœur de l’apocalypse. Rencontre au Salon du Livre de Ciadoux

Pierre Nicolas, journaliste de FR3 pendant 30 ans, accompli le célèbre reportage sur la catastrophe d'AZF à Toulouse. (ici au salon du livre de Ciadoux lors de sa conférence).
Pierre Nicolas, journaliste de FR3 pendant 30 ans, accompli le célèbre reportage sur la catastrophe d'AZF à Toulouse. (ici au salon du livre de Ciadoux lors de sa conférence).

Pierre Nicolas, journaliste de télévision emblématique de Midi-Pyrénées pendant 35 ans, était un invité de marque au Salon du livre de Ciadoux dimanche 12 avril, parmi une trentaine d’auteurs. Il y présentait ses ouvrages, La Mélodie du Boomer et Le Visiteur du soir, et animait une conférence sur son célèbre reportage lors de l’explosion d’AZF à Toulouse, illustrée des images choc qui ont fait le tour du monde.

La catastrophe

Le vendredi 21 septembre 2001 restera pour les Toulousains une date qui sonne dans les mémoires comme un glas. A 10h17 une double explosion plonge la mégapole et sa région dans la sidération d’une commotion inouïe, dont la localisation et l’origine restent dans un premier temps inconnues.

Pierre Nicolas, présentateur du journal télévisé à FR3, sort de son bureau, repère un nuage orange qui s’élève dans le ciel, et décèle dans l’air une odeur ammoniaquée. Aussitôt il déduit qu’il s’agit de l’usine AZF, qui fabrique des produits chimiques pour l’agriculture et l’industrie, située à quelques kilomètres du centre, près du périphérique, entre l’autoroute de Tarbes et Garonne.

Enfourchant sa moto et réquisitionnant au passage le caméraman Michel Mézières, il file dans l’urgence vers la zone supposée. Sur la voie rapide ils plongent les premiers dans le chaos, la poussière, les voitures immobilisées défoncées par les débris de l’explosion qui ont volé à des kilomètres. Les gens blessés, les cris, les pleurs, l’angoisse, tout est montré dès les premiers instants, juste avant l’arrivée des secours, ce qui est exceptionnel en matière de journalisme. Ces deux témoins courageux, dans le feu de l’action, n’ont pensé qu’à accomplir leur mission d’information sans se préoccuper des risques qu’ils pouvaient courir.

Vision d’apocalypse, le site de l’usine est rasé, la visibilité est quasi nulle, un immense cratère a crevé la terre, et Pierre Nicolas en rend compte en direct. On saura ensuite qu’il y a eu 31 morts et des milliers de blessés, avec des séquelles physiques et psychologiques, des dégâts matériels innombrables, le bilan fut terrible. Ce reportage incroyable donnera la mesure de la catastrophe, et sera récompensé par un prix international de journalisme.

« Sur le plan professionnel, cet événement a changé ma vie certes, j’ai été pris plus au sérieux à partir de ce moment, mais, ajoute Pierre avec modestie, en fait je n’ai fait que mon métier, informer au plus près de l’événement, le plus honnêtement possible. »

Une figure médiatique aimée

Avant d’être journaliste pendant 35 ans à la télévision du Midi toulousain, Pierre Nicolas, né à Arras dans le Nord, s’est essayé à de nombreux métiers : « J’ai été mécanicien moto, infirmier en salle d’opération, fonctionnaire à la DASS, j’ai vendu des disques…, et puis je suis devenu un peu le familier des familles avec la présentation quotidienne du journal télévisé de Midi-Pyrénées. »

A 72 ans, en retraite depuis dix ans, il vient de publier sa biographie en deux tomes, La Mélodie du Boomer et un ouvrage où il relate son expérience du cancer, Le Visiteur du soir. Il est venu à l’écriture par le biais de sa page Face Book, se rendant compte que, plus que les publications habituelles, ses anecdotes personnelles racontées à sa façon plaisaient beaucoup.

« D’où l’idée de rédiger, en premier lieu et en toute logique, mon autobiographie. Et vous savez j’ai une excellente mémoire, j’ai gardé de nombreux souvenirs de ma toute-petite enfance. Je viens d’une famille où l’on parlait peu, et j’ai eu besoin de remettre du dialogue et du sens dans mon histoire. »

Ayant surmonté l’épreuve d’un cancer de l’estomac, maintenant totalement guéri, Pierre a couché sur le papier cette expérience, qu’il décrit non comme un combat mais comme une étape de sa vie. « Écrire c’est passionnant, c’est amusant et ça peut aussi être une catharsis, ça m’a fait du bien. Et j’aimerais que ça fasse du bien aussi à ceux qui me lisent. »

Avec un style qui n’appartient qu’à lui, sensible et drôle, entre gravité et insouciance, simplicité et pudeur, les textes de Pierre Nicolas parlent au cœur, retracent une vie qui ressemble à la nôtre, dans une époque à la modernité galopante, où la quête du bonheur est un postulat de chaque instant. « J’ai le projet d’écrire un livre par an, confie l’auteur, en essayant de faire sourire les gens, ça c’est dans mon tempérament. »

 

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