Crise agricole – Bertrand Loup, des Ultras de l’A64 : « Notre combat, régionaliser l’agriculture »

Bertrand Loup (2è en partant de g), a cofondé les Ultras de l'A64 avec Jérôme Bayle et Joël Tournier, pour défendre la cause d'une agriculture à échelle humaine. (photo illustration)
Bertrand Loup (2è en partant de g), a cofondé les Ultras de l'A64 avec Jérôme Bayle et Joël Tournier, pour défendre la cause d'une agriculture à échelle humaine. (photo illustration)

Après 33 jours de blocage sur l’autoroute à Cazères en décembre et janvier, et une mobilisation du monde agricole sans précédent contre la gestion gouvernementale de l’épidémie de DNC (dermatose nodulaire contagieuse des bovins) ou encore l’accord de libre-échange du Mercosur, les Ultras de l’A64 font le point.

Bertrand Loup, cofondateur des Ultras avec Jérôme Bayle et Joël Tournier, vice-président de la Chambre d’agriculture de la Haute-Garonne et éleveur à Larroque en Comminges, dresse un bilan désabusé de la situation, mais la motivation reste intacte.

Qu’en est-il des revendications et des points de frictions, prix des céréales, abattage des troupeaux de bovins atteints de DNC, aides aux éleveurs touchés, problématique de l’eau, réglementation des engrais…

« Nous n’avons quasiment rien obtenu. Le Préfet et sans doute les instances parisiennes ont décidé de faire évacuer notre point de blocage sur l’A64 le 13 janvier, alors que nous étions dans une posture pacifique de concertation et de propositions, notamment pour nos céréaliers, ou pour modifier le protocole d’abattage des troupeaux atteints de DNC, et sur d’autres points.

Nous sommes entendus certes par le gouvernement, mais de façon officieuse, car les grands syndicats, notamment la FNSEA, ne tolèrent pas qu’une association indépendante -et ce qualificatif est primordial- ait son mot à dire.

Mais deux acquis essentiels sont nés du mouvement, l’adhésion sans faille de la population à notre cause, et ce lien extraordinaire et fort entre nous paysans. »

Comment évolue le mouvement actuellement ?

« Notre objectif c’est de régionaliser l’agriculture. Il faut tenir compte des disparités et des spécificités des territoires. Ce qui est un avantage ici peut être un inconvénient ailleurs. On ne peut pas gérer une agriculture aussi diverse de manière uniforme depuis Paris. Et les syndicats ne sont plus aussi légitimes qu’autrefois pour nous représenter.

Les Ultras ont entamé un travail de fond avec la Région et la Préfecture, en lien avec la Chambre d’agriculture qui porte nos combats. Nous avons apporté des idées concrètes, issues du terrain, construites et nourries par l’expérience. Nos combats ne se mènent pas dans le bruit, mais dans le dialogue, la confrontation d’idées et la recherche de solutions.

Le mouvement, qui a créé du lien et un élan dans le département, s’est propagé à d’autres départements où se duplique notre association. Le but étant de défendre son propre territoire tout en se retrouvant sur des causes communes. Et cet essor fera que plus il y aura d’agriculteurs ralliés aux Ultras plus notre structure sera forte et écoutée des responsables politiques.

Quid du Mercosur et des autres points de revendication ?

« Le Mercosur, traité de libre-échange entre 4 pays sud-américains et l’Union Européenne, ayant été scindé l’an dernier en deux parties distinctes, une politique, une commerciale, l’affaire était pliée. Son application est retardée de quelques mois, dans l’attente de la décision de la Cour de Justice, saisie par le Parlement Européen. Malgré tout, on constate que nous sommes dans un système anti-démocratique, où les décisions sont prises d’en haut, à marche forcée, sans tenir compte de l’avis des peuples.

Quant à la DNC, la moralité de l’affaire c’est que l’abattage des troupeaux a été décidé dans des zones comme les nôtres pour continuer les exportations et le commerce de viande international. Et la maîtrise annoncée de l’épidémie on le sait n’est pas réelle.

Les aides financières sont à l’avenant. Des prêts à taux zéro ont été demandés pour les céréaliers et les éleveurs, afin de soulager la trésorerie des exploitations, mais rien à moins de 2,5% !

Que pensez-vous des dernières manifestations à Toulouse ?

« D’une part nous n’avons pas été invités par la Coordination rurale et l’intersyndicale Haute-Garonne à y participer, d’autre part nous ne voulons pas être associés à des échauffourées et de la casse, c’est toujours dommageable pour un mouvement de revendications.

Quel est le bon moyen d’expression selon vous ?

« On se le demande. La Chambre d’agriculture a participé à une réunion lundi 26 janvier en Préfecture avec la DREAL, la DDT, au sujet des directives nitrates, pour essayer de modifier une réglementation désavantageuse pour l’Occitanie. On constate que rien ne bouge. D’une manière générale, on nous dit qu’on nous écoute mais nous sommes face à un monolithe inflexible, qui se retranche derrière les lois de l’Europe. Mais on ne baissera pas les bras.

Dans les administrations une mouvance ultra-écologiste nous met des bâtons dans les roues, il y a une complaisance pour le verdissement à outrance. Ça part d’un bon principe certes, et l’agriculture fait déjà de gros efforts pour se conformer aux directives. Mais on en rajoute toujours plus… Par exemple la règlementation sur la pollution des cours d’eau est la même pour nous que pour la Bretagne ! ça n’a pas de sens. D’où la nécessité de se recentrer sur les territoires et d’adapter la gestion environnementale à nos spécificités.

Quelles perspectives ?

Jeudi une réunion des Ultras avec la Préfecture est prévue pour faire le point sur le mouvement.

Nous attendons maintenant les retours de l’État et de la Région pour aviser sur la suite à tenir.

Les décisions gouvernementales quand elles sont trop violentes et refusées par la population et ne peuvent pas être bonnes. L’intérêt économique a pris le dessus, la gestion technocratique par les statistiques a prévalu. Mais derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes qui travaillent depuis des générations pour améliorer leurs troupeaux, et c’est ce que l’on défend, d’abord les gens, un patrimoine, des métiers, un héritage de savoir-faire, des compétences, des races à petits effectifs, une agriculture à échelle humaine, une éthique professionnelle.

Et on ne lâchera rien, on le doit à nos agriculteurs. »

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