Gendarmerie de Bagnères-de-Luchon : Entretien avec l’adjudant Julie Vergnault, formée à l’audition des personnes autistes

Une formation de haut niveau s’est déroulée à la caserne Courrège de Toulouse le 29 juin, organisée par la Maison de Protection des Familles de la Haute-Garonne. Cette unité spécialisée de la Gendarmerie du département prend en compte les problématiques liées aux violences intrafamiliales. La session avait pour objectif d’accentuer la réactivité des gendarmes face aux disparitions de personnes, à la prise en charge de victimes ou d‘auteurs atteints de troubles de l’autisme. A destination des militaires servant en unités opérationnelles, la formation a été menée par deux intervenants civils, le docteur Thierry Maffre, pédopsychiatre, directeur du groupement d’intérêt public Centre de Ressources de l’Autisme Midi-Pyrénées, expert près la Cour d’appel de Toulouse, et Béatrice Verney psycholinguiste chargée de projets dans le même centre.

37 gendarmes y ont assisté, venus de plusieurs groupements de la Haute-Garonne, de l’Aveyron, du Gers, des Hautes-Pyrénées, du Lot, du Tarn et du Tarn-et-Garonne.

Rappelons que l’autisme est un trouble du neuro-développement, des altérations du cerveau (prénatales) impacte le langage, la motricité, la perception, les émotions, les interactions sociales (NDLR).

L’adjudant Julie Vergnault, originaire du Béarn dans la vallée d’Ossau, attachée à la brigade de Bagnères de Luchon, a suivi cette formation passionnante.

Pourquoi avez-vous choisi cette formation ?

« Ce thème m’a plu d’emblée, car par définition un gendarme doit intervenir auprès de tous les publics, dont certaines personnes souffrant de handicaps tel l’autisme. Et cela dans différentes situations de crise. Les attentes des participants étaient communes : obtenir des clés. Des clés d’abord pour apaiser la situation, déjà suffisamment stressante pour tous. En effet quand on intervient chez des gens, ce n’est pas parce tout va bien. Le contexte est généralement difficile. De plus l’uniforme peut inquiéter. Et ces personnes particulières doivent être abordées d’une façon spécifique et adéquate. »

Quels points ont été abordés ?

« Dans un premier temps, l’autisme a été défini. Un constat,le public ne sait pas grand-chose, hormis des idées fausses et des stéréotypes. Nous avons mieux compris le syndrome, ses manifestations et ses degrés. Pour ceux qui avait des connaissances du sujet, ce fut l’occasion de les actualiser, et pour ceux comme moi qui n’en avaient pas, de les acquérir. Ensuite nous avons vu les différentes méthodes pour entrer dans leur bulle sans les agresser, sans les contraindre, en étant le moins aggravant possible. »

Avez-vous rencontré au cours de votre carrière, des cas de ce type ?

« Une fois, il y a quelques années, j’ai été amenée à intervenir auprès d’une famille en crise, dont l’enfant était atteint de troubles autistiques. Il a été rapidement extrait de la scène par une voisine, habituée à s’en occuper. Mais cela m’a laissée en quelque sorte sur ma faim, car si cette personne ne l’avait pas pris en charge, je ne sais pas si j’aurais su m’adresser à lui, entrer en contact de la bonne façon. Maintenant, je me sens mieux armée, apte à gérer ces situations, grâce à l’enseignement de professionnels hautement qualifiés. Nous ne pouvions avoir de meilleurs interlocuteurs. »

Quelles sont ces clés pour aborder l’autisme ?

« Déjà de la bienveillance certes, mais ce n’est pas suffisant et peut-être parfois maladroit. Je ne ferai pas certaines erreurs, par exemple parler à tout prix, ou avoir des postures involontaires de mise à l’écart. Il faut adopter un langage corporel apaisant, respecter le refus de contact, etc. Essayer d’établir un dialogue non intrusif, en confiance. Selon les éléments apportés par les familles, j’adapterai mon approche selon le niveau des troubles, car le spectre de l’autisme est large. Et cela est transposable à d’autres pathologies similaires. J’ai maintenant des outils supplémentaires pour gérer sereinement ces cas au mieux. »

Les formations sont-elles régulières à la Gendarmerie ?

« Oui, et de plus en plus de formations sont proposées. Elles sont un complément indispensable à notre préparation professionnelle. Cette session particulière a reçu un tel accueil enthousiaste que je ne serais pas surprise si elle était dupliquée prochainement. De nombreux thèmes font l’objet de formations, notamment les violences intrafamiliales (VIF), qui sont une des priorités de la Gendarmerie Nationale : l’accueil des enfants, des conjoints et conjointes, prise en compte des scènes, des appels, des situations. Il y a un protocole d’audition des mineurs victimes d’abus sexuels ou de violences, nommé Audition Mélanie. Les formations internes existent depuis longtemps et sont dispensées aux personnels amenés à faire ces auditions. Elles sont sur la base du volontariat, par contre pour les VIF elles sont appliquées à l’ensemble des personnels de Gendarmerie. »

« Ces formations plurielles, conclut Julie Vergnault, participent à l’amélioration de notre image auprès du grand public. Le gendarme accroît sa capacité à répondre aux sollicitations de la population, à faire preuve de la plus grande bienveillance à l’égard des victimes. Trouver les meilleures réponses aux attentes du public, être utile, aidant, protecteur. »

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