Les agriculteurs et la hausse des carburants : « la situation est catastrophique »

La crise internationale actuelle et les schémas commerciaux de la mondialisation ont fait exploser les prix des carburants à la pompe. Les agriculteurs payent aussi le prix fort pour remplir le réservoir de leurs machines, et depuis quelques mois la facture a été multipliée par trois. La colère monte dans les campagnes, et au-delà, pointent l’inquiétude et le pessimisme face à un avenir de plus en plus incertain.

Dominique Lacaze, exploitant en élevage bovin et cultures à Péguilhan-Lunax, président de la CUMA des Trois Coteaux, président des Journées du Boulonnais, témoigne des difficultés financières de la profession face à ce surcoût.

« On a rentré du fuel en janvier à 76€ les mille litres, maintenant on le paie plus de 200 €, Quand on faisait le plein à la cuve pour 700 €, aujourd’hui ça tourne autour de 2000 €. Alors ce n’est pas le geste du gouvernement de 15 centimes de réduction par litre à partir du 1er avril, pendant 4 mois, qui va changer quelque chose aux difficultés que cela engendre pour les exploitants. »

« Pour travailler 1 hectare de terre, il nous faut une centaine de litres de gazole, récolte comprise. Ça signifie que de 80€ on est passé à 240€. Et même si le prix du blé augmente, il n’augmentera jamais en proportion des charges. Et ce n’est pas tout, car les intrants (engrais, amendements, semences, plants, … ndlr) ont augmenté aussi de manière drastique. Quant on met de l’engrais azoté pour 400 € la tonne, ça revient aujourd’hui autour de 1000€ la tonne. »

La démonstration des difficultés financières des agriculteurs est faite. Sans parler du gaz que les agriculteurs utilisent aussi, or il a augmenté aussi, toujours en raison de la guerre en Ukraine, la France étant en partie dépendante de la Russie pour l’approvisionnement en gaz.

« Le baril de pétrole est certes très haut, reprend D. Lacaze, mais les taxes gouvernementales en France pèsent trop sur le prix à la pompe. Et comme c’est une manne énorme, il est peu probable qu’elles baissent. »

Cette situation est intenable dans beaucoup de fermes : « Il est possible que nombre d’entre elles cessent leur activité, reconnaît D. Lacaze, particulièrement celles qui sont déjà endettées. Mais pas que les exploitations agricoles, d’autres professions souffrent de cette hausse, les transporteurs routiers, les taxis, les infirmiers à domicile, etc. »

« Nous ne pouvons pas faire grand-chose, à part réduire un peu nos pratiques culturales pour moins utiliser les engins. Mais le pourra-t-on ? Quant aux charges, elles sont déjà limitées au maximum. En fonction du prix des céréales et des rendements que l’on aura fait, on fera le bilan en fin d’année. Mais c’est d’ores et déjà catastrophique. La situation peut faire envisager à terme une possible pénurie dans le pays… »

Le Comminges est un territoire d’élevage, mais la hausse des carburants l’impacte aussi. Selon D. Lacaze, la production animale nécessite en effet du gazole pour faire les foins, cultiver les prairies, etc. Cette hausse combinée à l’augmentation des matières premières pour l’alimentation, et au prix relativement faible de la viande, réduisent les marges des éleveurs. « Des exploitations fermeront sans doute. »

« La période de campagne électorale, conclut Dominique Lacaze, ne soulève pas les vraies questions concernant le monde agricole et ses difficultés. Et les syndicats ne me paraissent pas très actifs. Il faut que nos élus et nos responsables professionnels aient conscience de la situation, car elle est sérieuse. »

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