Tribunal de Saint Gaudens: un multi-récidiviste poursuivi se réfugie dans le flou

Un ressortissant a priori tunisien et à la mystérieuse identité était présent dans le box des prévenus ce mardi. Ses empreintes palmaires ont fait apparaitre qu’il avait déclaré 3 identités différentes lors d’affaires judiciaires antérieures. Et en début d’audience, le prévenu a commencé par contester son année de naissance… Son parcours de vie est émaillé d’épisodes judiciaires dont le dernier chapitre s’est joué ce 7 décembre au tribunal correctionnel de Saint Gaudens. Il était poursuivi pour trois motifs.

Vol, escroquerie, port d’armes

Le prévenu a comparu pour «recel de bien provenant d’un vol en récidive»: il est accusé d’avoir volé le vendredi 19 novembre 2021 une carte bancaire dans le coffre d’un véhicule dont le propriétaire a porté plainte pour le vol aussi de 100€, d’un I phone et d’une paire de lunettes de soleil.

Il a comparu en plus pour «escroquerie»: l’enquête a révélé qu’il a effectué avec la carte bancaire volée, dans l’après midi du même 19 novembre 2021, six paiements (entre 3,00€ et 29,75€) dans divers commerces. Les autres tentatives de paiement réalisées dans la foulée ont échoué, le propriétaire ayant fait opposition.

Il a comparu enfin pour «port sans motif légitime d’arme blanche en récidive» constaté le jour de son interpellation le mardi 30 novembre: il avait sur lui un couteau avec une lame de 16cm et un couteau à bois ébréché avec une lame de 28cm, alors que cela lui avait été interdit par le tribunal correctionnel de Toulouse le 30 janvier 2019. Il a déclaré ce 30 novembre 2020 que le couteau lui servait à couper le pain pour faire des sandwiches et le couteau à bois pour son travail de charpentier. Le prévenu était sans travail au moment des faits.

Le prévenu : «je ne savais pas que la carte bancaire avait été volée»

S’agissant des deux premiers motifs, les faits sont avérés pour l’utilisation de la carte bancaire et les paiements frauduleux. Le prévenu a été trahi par les caméras de surveillance. Cependant, il a nié être l’auteur du vol, «je ne savais pas que la carte bancaire avait été volée» (il a déclaré ne pas savoir lire le français). Elle lui aurait été prêtée par un ami (sur lequel il ne fournit aucune indication) pour le seul achat d’un paquet de cigarettes. Les autres achats auraient été faits par cet hypothétique ami auquel il prétend avoir rendu la carte bancaire: «je ne savais pas combien de fois il l’avait utilisée». Il a maintenu ces affirmations à l’audience jusqu’ ce que la présidente lui demande avec insistance et à deux reprises «ne pensez-vous pas que l’on puisse douter de vos propos concernant une seule utilisation de votre part alors que six paiements frauduleux ont été réalisés ?». Il a fini par déclarer: «ils (les enquêteurs) ne m’ont pas compris, j’ai dit que j’ai utilisé plusieurs fois la carte bancaire». La présidente lui a rappelé qu’il avait «déjà été condamné le 20 février 2020 pour le recel de cartes bancaires» appartenant à trois personnes différentes et pour avoir utilisé l’une de ces trois cartes…

Un personnage de limbes fantomatiques

Lors de l’enquête, le prévenu s’est prévalu de toute une série de situations pour lesquelles il n’a pas fourni d’élément vérifiables: son père vivrait à Saint Gaudens, sa mère à Toulouse, il aurait trois frères et sœurs à Toulouse de nationalité française. Lui-même serait arrivé en France à l’âge de 17 ans pour travailler, et il serait en cours de naturalisation. Il serait marié depuis quelques mois et son épouse serait enceinte mais il ne sait pas où elle habite. Il suivrait un traitement médicamenteux dans le cadre d’un suivi psychologique. Sans travail déclaré, ses revenus s’élèveraient néanmoins à 1000,00€ par mois. S’agissant de l’ami censé avoir prêté la carte bancaire, il refuse d’indiquer son domicile. La présidente: «il finit par donner l’adresse, mais les clés (qu’il fournit) ne peuvent pas ouvrir le logement».

Le procureur : un prévenu qui est «toujours dans le nébuleux»

Le procureur constate que le prévenu «joue du flou», avec un comportement «extrêmement fuyant (…), toujours dans le nébuleux». Un prévenu qui a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire (par le tribunal correctionnel de Toulouse, le 30 janvier 2019) et pour laquelle il «explique (avoir) signé un papier dont il n’a pas connaissance» déclarant «je ne sais pas lire». Un prévenu dont le procureur rappelle qu’il a déjà été frappé de prison ferme (7 mois le 20 février 2020) pour des faits de recel: il «ne pouvait pas ne pas savoir, quand on lui remet une carte bancaire, qu’elle peut  avoir été volée (…). Il a été pris la main dans le sac avec les vidéos». «Au regard de son passif», le procureur est convaincu que le prévenu «raconte tout et n’importe quoi».

Faisant déjà l’objet d’une «interdiction de port d’arme, il ne pouvait ignorer qu’il ne pouvait pas en porter».

«Sans activité professionnelle», le port du couteau à bois ne se justifie pas.

Le procureur demande 8 mois de prison ferme, le maintien du prévenu en détention, l’interdiction de détenir une arme pendant 3 ans et l’interdiction de présence sur le territoire français pendant 5 ans.

L’avocat : le prévenu «n’est pas un voleur malin»

Pour l’avocat, les versions présentées par le prévenu sont à prendre en considération s’agissant  du port des 2 couteaux (couteau pour couper le pain et faire des sandwiches et  couteau à bois pour son travail de charpentier), s’agissant aussi du non respect de l’obligation de quitter le territoire («ce n’est pas la première fois où l’on voit que l’individu « concerné » n’est pas lui-même informé»).

Concernant le «fait principal», à savoir l’utilisation de la carte bancaire, l’avocat observe que le prévenu a fait «des achats dérisoires, 3€ pour un café. Des achats à ce point minimes, ce ne sont pas les procédés d’un voleur malin, il n’a pas fait montre de la prudence nécessaire». L’avocat demande au tribunal la clémence par rapport aux réquisitions du ministère public.

Avant que les juges ne se retirent pour délibérer, le prévenu déclare: «veuillez m’excuser, je ne savais pas que la carte provenait d’un vol».

Verdict  du tribunal : les réquisitions du procureur intégralement suivies

Les juges du siège ont suivi les réquisitions du ministère public dans leur intégralité. Ils ont quitté la salle d’audience sans plus s’adresser au prévenu.

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Le prévenu a déjà été condamné à deux reprises par le tribunal correctionnel de Toulouse,  le 30 janvier 2019 (prison avec sursis, interdiction de port d’arme, interdiction de territoire français pendant 3 ans), et le 20 février 2020 (7 mois de prison ferme). Après son passage et sa condamnation ce mardi 7 décembre devant le tribunal correctionnel de Saint Gaudens, il est à nouveau convoqué le 9 février 2022 pour vols avec destruction commis entre le 5 et le 6 octobre 2019.

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