Jean Paul Belmondo artiste saltimbanque aimé de nombre de Français est mort à l’âge de 88 ans. Cette nouvelle a fait la une dans tous les médias pendant plusieurs jours faisant de cet artiste qui ne tournait plus aucun film depuis des dizaines d’années l’homme le plus aimé de France, le symbole national inscrit au patrimoine.

Nous avons été inondés d’images montrant des Français en pleurs qui venaient de perdre un père, un frère, un ami nous persuadant par là même que toute la France pleurait et que cette mort était un événement national. Chaque français portait un brassard noir à son bras. Soit dit en passant, notre cher Bébel n’a jamais figuré au palmarès des personnalités préférées des Français comme l’est par exemple et ce, d’une manière constante, le chanteur Jean Jacques Goldmann.

Fort de ce battage médiatique, le président de la République a décidé que Jean Paul Belmondo ferait l’objet d’un hommage national aux Invalides. Pour ceux qui ne savent pas, ce genre de cérémonie militaire est très réglementée et répond à des critères très précis. Il n’y a aucune improvisation. C’est pour cela que l’on a pu voir le président de la République passer les troupes en revue, voir le cercueil de Bebel recouvert d’un drapeau bleu blanc rouge et porté par la garde républicaine avec une solennité qui plaît au français. Et cette musique militaire qui donne le frisson ! Pour habiller le tout, la présence en tenue de parade d’un détachement de la même garde républicaine en arme et l’orchestre de cette même unité avec les chanteurs des chœurs de l’armée française. Des dizaines de caméras qui vous donnent l’impression d’être présent et invité à l’événement et des éditions spéciales avec des commentateurs qui en font des tonnes mais qu’est-ce qu’on aime ça, qu’est-ce que c’est beau!  Bref, un peuple qui communiait avec un héros national. Aznavour a eu droit à la même chose il y a quelque temps par contre Samuel Paty mort pour la France, assassiné et décapité par un terroriste n’a eu droit qu’à la Sorbonne. Ce n’était pas un artiste évoluant dans le luxe, juste un enseignant au salaire ridicule qui défendait les valeurs de la République. Johnny, non Johnny ils n’ont pas osé quand même! Ah que non  !

On ne sait pas quels seront les prochains bénéficiaires de l’inestimable privilège de bénéficier d’une cérémonie officielle aux Invalides, lieu consacré de la Nation et de son histoire. On peut penser à Alain Delon pour ne pas qu’il y ait de jaloux ou peut-être Catherine Deneuve si on veut respecter la parité. Jean Jacques Goldmann, surement pas, son savoir être ne serait pas compatible avec une telle cérémonie ! Quant aux héros anonymes qui ont donné leur sang pour la France, ils ont le grand défaut d’être anonyme par définition. En arrivant à sa destination finale, Lino Ventura, Jean Gabin, Brel, Brassens, Edit Piaf et d’autres ont dû dire à Bebel que le coup était un peu gros. On imagine l’artiste répondre en faisant une pirouette avec une réplique bien à lui !

Il n’est pas question ici de mésestimer la disparition de Jean Paul Belmondo acteur français reconnu et aimé des Français. La République l’avait déjà honoré en le faisant en avril 2007, commandeur dans l’ordre national de la Légion d’honneur! Les Invalides sont un lieu sacré au sens premier du terme qui nous lie au passé. Un président de la République se doit donc de bien mesurer la portée de ses décisions avant de décider qui peut bénéficier d’un tel honneur réservé aux héros de la France. Lorsque je lis la définition d’un héros, je n’y vois pas le profil d’un Jean Paul Belmondo, saltimbanque de talent surement mais saltimbanque quand même.

Il en est de même des Invalides et du Panthéon. Dans ce dernier lieu réservé aux personnes exceptionnelles une personnalité tous les 30 ans était admise à y reposer. C’est l’exception qui en faisait la richesse. On y retrouve les Victor Hugo, Emile Zola, Jean Moulin, Pierre et Marie Curie et tant d’autres… Depuis 2015, 6 nouvelles personnalités y ont été admises. A ce rythme-là il va falloir agrandir les lieux car l’exception n’est plus la règle…

Veillons à ne pas dénaturer le Sacré républicain par opportunisme ou coup de com arrivant au bon moment ! Ce sacré est dans notre ADN et fait partie de nos valeurs. Attention danger !