Col du Portillon, ces jours-ci, lieu de manifestations :

La semaine dernière, mardi 19 janvier, des membres d’un groupe d’extrême droite ont manifestés au col du Portillon au-dessus de Luchon pour « Mission Pyrénées anti-migrants ». Pour le vendredi 29 janvier prochain le PCF organise une marche « NO PASARAN ». Rendez-vous à 11h au pied du col du Portillon.                                            Jean-François SUBERCASE (PCF) : “Marche antifasciste. Il est plus que temps de barrer la route aux fascistes et à la haine.”

/// /L’histoire ne se refait pas, mais elle nous est témoin. Il est bon que, quelques fois nous nous rappelions. Voici un premier volet d’un passé, lointain mais enraciné, dans cette terre, frontière d’accueil.

Pour cela nous avons demandé à Christian De Miegeville, Administrateur de Luchon d’Antan, de nous rappeler une partie de l’histoire de nos relations transfrontalières.  : https://www.facebook.com/profile.php?id=100020082092602

Son Site : http://www.theatre-contemporain.net/biographies/Christian-De-Miegeville/presentation/

1 – Traité des Lies et Passeries. Le 22 avril 1513, un engagement était signé en pleine période de conflit entre la France et l’Espagne, pour rétablir la paix et les échanges économiques entre toutes les vallées voisines du Val d’Aran.

  • Ce jour-là, barons ,vicomtes, représentants des villes et vallées voisines, la vallée de Louron, la vallée de Larboust, la vallée de Barousse, la vallée d’Oueil, la vallée de Luchon, la vallée d’Aure, la vallée de la Neste, les Frontignes, la chatellennie de Saint-Béat, la baronnie et seigneurie d’Aspet, la chatellennie de Castillon, la vicomté du Couserans, la ville de Saint-Lizier d’un côté et la vallée de Bénasque, le val d’Aran, la vallée de Gistain, la vallée de Bielsa, la vallée de Barravés, le marquisat de Pallars, la vicomté de Villamur, le comté de Ribagorce, la baronnie d’Erill, l’abbaye de Lavaix, la baronnie d’Orcau, la ville de Tremp de l’autre, se rassemblèrent en ce lieu du plan d’Arem, le long de la Garonne, à proximité immédiate de l’actuelle Frontière du Pont du Roi, entre France et Espagne, pour renouveler solennellement le traité de Lies et passeries qui les unissait, quels que soient les conflits qui pourraient intervenir entre les deux grands royaumes.
  • Conscientes de cette liberté les populations des deux versants, solidaires, se sont donc données, entre le XIe et le XIVe siècles, en vue de favoriser le pastoralisme et le commerce, et mettre fin à des conflits incessants entre vallées frontalières, un ensemble de règles communes, réunies et précisées dans une sorte de charte, qu’ont juré solennellement de respecter des deux côtés de la frontière, ces « lies et passeries », (alliances et pactes) ou« faceries », côté Français, et « pacerias » ou « facerias » côté Espagnol)… D’abord orales, ces règles ont été, dès le Moyen Age, mais surtout à partir du début du XVIe siècle, écrites en présence de notaires, lors d’assemblées solennelles réunissant de façon démocratique les représentants des habitants des vallées Aragonaises et Françaises.
  • Le premier traité écrit connu est passé entre Bielsa et la vallée de Barèges, en 1384. Ces lies et passeries ont été reconnues par un traité entre Louis XII et l’Espagne en 1513, reconnaissance qui sera ensuite renouvelée par les rois de France, de François 1er à Louis XIV…

Ce dernier serment, qui ouvre la période moderne, renouvelle les précédents serments effectués généralement à chaque changement de souverain, pendant le Moyen Âge, et entérinés régulièrement en les accroissant… Louis XII donne son accord à ce traité devant le Parlement de Toulouse 1514, et Germaine de Foix devant les Cortes Catalanes 1515. Ce serment qui réunit l’ensemble des communautés centrales revêt un éclat particulier, et marque l’apogée du système des Lies et passeries dans la région, car sa ratification par les deux souverains était alors loin d’être acquise… « Le traité est rédigé en Occitan dans sa variante Gasconne, Aranaise. Il aurait été remémoré durant la guerre d’Espagne, pour légitimer l’accueil des réfugiés républicains en 1938 »

[…Item. es Estat articulat entre la ditas partides/ quen temps de guerre lous habitants de tous/ lous pais dessus dicts tant d’un estrem/ que dautre pouiran conversar y communicar ensemble/ et fer les feits de marchandises comme dit/ es dessus, lous uns dap lous austres ainsin/ Comme sy ero bonne pats, Et pouiran anar/ sous de la part de France et deus pais dessus/ dits en las terres deu Rey dAragon…/]

[…Pareillement, les deux royaumes compris en la présente surceance Et pour en toute liberté franchement et également entre toutes les vallées]

Par ces lies et passeries les habitants des vallées s’engagent, dans un esprit de solidarité entre montagnards des 2 versants :

– à mettre en commun certains biens indivis : pâturages, bois ;

– à ne pas commettre d’agression ou d’actes de brigandages, touchant en particulier les bergers et le bétail (leur principale richesse), de façon à désamorcer toute menace de conflit.

– à se tenir à l’écart des guerres entre les royaumes, en toute neutralité (ce fut le cas notamment pendant la guerre de succession d’Espagne au début du XVIIIe siècle), afin que la permanence des échanges commerciaux, indispensables à leur survie, soit assurée. Pour cela les habitants d’un versant devaient avertir ceux de l’autre versant des mouvements de troupes. Des clauses étaient destinées à repousser les attaques d’irréguliers.

– à se porter secours mutuellement, ce qu’ils firent à plusieurs reprises.

– à répondre réciproquement des vols commis, des transgressions des limites de pacage, à livrer les coupables de méfaits aux juges compétents du lieu de leur crime, et à réparer les dégâts. Ceci en vue, notamment, de la protection des bergers et de la sauvegarde des troupeaux.

– à préserver la liberté de circulation des hommes, des marchandises et du bétail, exemptant en particulier de droits de passage les ports de Plan et de Bielsa (sauf pour les armes et les chevaux).

_______la suite au prochain numéro !