ANETO ou NETHOU :

Pierre de Gorsse, dans le Bulletin de la section des Pyrénées Centrales du CAF en 1942, « Les Etapes d’une conquête 1787-1842», tente d’expliquer l’origine de ce nom. Venu de Pic dé ‘A’nétou qui a été déformé en « De Néthou.» Pour la 1ère fois en 1878, l’Ingénieur des Mines espagnol Don L. Mallada, écrira : « Il se nomme Anèto et non Néthou, nom du village le plus proche ». Et cela créera le plus grand imbroglio.

« Le Néthou géant ombrageux restera longtemps inaccessible, apporte à Luchon le prestige de sa prééminence et l’attrait de la grande escalade ». Le Néthou sera conquis en 1842, par Franquevielle et Tchihatcheff le 18 juillet. Accompagnés des guides Luchonnais, chasseurs d’isards Jean Argarot, Pierre Redonnet dit Nate, Bernard Ursule et Sanio un guide de Luz St Sauveur amené par Tchihatcheff. Il faut se rappeler que l’illustre guide Pierre Barrau avait trouvé la mort le 11 août 1824, en accompagnant des ingénieurs pour des travaux de recherche sur le Massif de la Maladetta, ce qui jeta un effroi indescriptible. La Maladetta était bien « La Maudite ».

Beaucoup resterons fidèles au nom Néthou jusqu’au milieu du XXème siècle.

Juillet 1986, mon premier Néthou. Mon modeste récit paru sur l’Echo du Courrau (journal du village CIER) dans les années 1987/88.

C’était un soir, au courant de l’hiver 85, assis confortablement dans le chalet de nos amis, près de Luchon… Après avoir discuté de nos soucis professionnels, de nos choix, de nos loisirs, nous avons été inexorablement poussés à narrer nos rencontres avec la montagne. Et, bien entendu, un soir d’hiver, il ne reste plus qu’à faire des projets pour le printemps et l’été à venir. Cette soif, jamais étanchée, nous pousse à échafauder des projets qui meublerons convenablement nos week-ends. Le projet qui fut retenu ce soir-là, vous intéresse, puisque j’ai décidé de vous le faire partager : nous étions donc 5 à partir pour le NETHOU ce 4 juillet 1986. Nous décidons de partir à 0h30 en voiture, jusqu’en vallée de Benasque, en Aragon Espagne.

Inutile de vous dire, partant en pleine nuit et ne connaissant que vaguement notre chemin, (pas de GPS à l’époque), il nous a fallu faire demi-tour à deux ou trois reprises, sur des chemins qui n’était pas les nôtres. Après un voyage de trois bonnes heures de route, où chacun voulait mettre à profit ces quelques minutes pour récupérer un peu, (ce qui ne fut facile pour personne). Nous nous retrouvons au Plan d’Estangs, tout à fait au bout de la vallée de Bénasque, au terminus de cette route. La fraîcheur de la nuit nous fait frissonner au sortie de la carlingue… Il est 4h05. Chaussés, sac sur le dos, nous attaquons les premières montées sous le refuge La Rencluse. Nous sommes accompagnés de deux espagnols, qui doivent retrouver un des leurs. Sans lampe, ils préfèrent suivre les nôtres. Nous les laissons devant le refuge, après un au revoir amical : il est 4h35. Et nous revoilà sur cet enfer rocailleux, qui va nous amener sous le portillon inférieur. Heureusement, il fait sombre et nous n’avons pas le temps de nous apercevoir des difficultés de cette montée. La descente nous fera découvrir cet amoncellement de roches énormes, qui nous ont ballottés comme un véritable torrent pendant plus de deux heures. Il est 6h45 et nous sommes sur le portillon inférieur. Le spectacle qui se dévoile à nos yeux, à la pointe du jour, nous fait découvrir tout le versant nord de la Maladetta, nos débonnaires sommets, le Sauvegarde, le Pic de la Mine, qui nous sourient sous quelques nuages. Le Nethou, lui est recouvert des premières couleurs ambrées de ce jour magnifique. Le glacier est splendide et paraît facile. Sous les conseils de notre guide du jour, Didier, nous serrons la marche, gants et piolets à la main. L’air est quand même froid, mais une belle journée s’annonce. Au bout de trois quarts d’heure, la faim nous tenaille, nous sommes au tout début du glacier et une bonne omelette aux oignons (que je n’oubliais jamais, de préparer) nous délectera. La progression sur le glacier nous est facile, la neige est dure, mais les traces sont bien faites. Devant nous, pointe le pic d’Aneto, notre Néthou. À notre droite nous passons sous le pic Del Medio, le Pic Maldito, et la Punta Astorg.

L’on peut apercevoir parfois le bleu métallique de la glace, quelques crevasses bien apparentes. Le long glacier, qui ne présente aucune difficulté majeure, renferme toutefois de perfides crevasses, masquées par des névés fondants, nous nous apercevons à la descente, qu’une crevasse s’est découverte depuis notre premier passage sous les rayons du soleil.

Nous faisons une petite halte au Col Coroné, il est environ 9h. La traversée du glacier principal est assez longue, mais pas pénible, les dernières longueurs sur le sommet sont cependant très raides et personnellement, cette dernière montée me fera souffrir (le manque de sommeil se fait sentir).

À la sortie des éboulis, nous arrivons sur le « Pas de Mahomet ». Tout le monde l’attendait, avec une certaine appréhension. En fait, il s’agit d’un passage de quelques mètres, sur des blocs coincés, il faut poser les mains. Mais je vous assure que c’est à la portée de beaucoup d’entre nous. Pour faciliter la progression, Je vous conseille de faire comme nous, en laissant les sacs et piolets encombrants avant l’entrée du pas de Mahomet.

La croix au sommet est belle il est 9h45. Nous découvrons l’immense forêt de Pics qui s’étalent autour de nous : l’Ariège, les Hautes-Pyrénées, l’Espagne, nos pics Luchonnais… Ils sont tous là ! Et nous découvrons la pauvreté de nos connaissances, combien de sommets nous restent-il encore à découvrir ? Nous ne nous lassons pas de ce spectacle… La Vierge au sommet tient ses fleurs immortelles. Jean-Claude reste allongé, au soleil.

Eric résiste péniblement au sommeil, le soleil est chaud. Un tichodrome vient picorer les quelques miettes laissées par des Catalans bruyants. Après notre recueillement nous descendons.

Nous profiterons de ce début de journée pour nous exercer à une séance de maniement de cordes menée par Didier, descente en rappel, amarrés sur 2 piolets. Sur la face verticale sud du glacier, entre les deux Pics. Aujourd’hui cette corniche de glace n’existe plus.

Nous cassons la croûte, le retour j’annonce 12h15. Une cohorte d’espagnol monte vers le sommet, équipés comme le seraient des touristes sur la plage. La neige est lourde nous passons le Col Supérieur (que nous avions évité le matin). La descente sur la moraine sera longue. Nous nous arrêtons à La Rencluse 14h50 une « cerveza » bien fraîche nous remet sur pieds.

Si vous passez par-là allez voir la curieuse chapelle de La Rencluse, avec ses graffitis ex-voto dédiés à la Vierge des Neiges

Nous arrivons au véhicule il est 15h15 il y a beaucoup de monde sur le parking, il fait très chaud, nous sommes heureux et certains que nous reviendrons dans ces lieux.

  • Voilà ce qu’écrivait Henry RUSSELL en 1858. « A l’âge où tout parait splendide, j’ai vu les pics presque fabuleux des Andes, où des tempêtes arrivant de l’Asie sans rencontrer des obstacles sur des parcours de 3000 lieues, jettent les fureurs…de la moitié du globe…Eh bien ! Malgré toutes les magies de la nature Equatoriale, quand je revis les Pyrénées…je fus tenté de prendre la lyre pour les chanter, tellement je leur avais été fidèle et du plus loin que j’aperçois la silhouette blanche de la Maledetta, même aujourd’hui, mon âme tressaille et se couvre de soleil…Le Roi des Monts Maudits c’est le Néthou… » Henry Russel fera sa première ascension du Néthou le 24 Aout 1863. Quatre autres fois il gravira le sommet, dont une accomplie seul et une nuit passée au sommet.