En exemple, imagé, pris pour ce qui suit du propos de Michel Feltin-Palas :

Cazaril Laspène (sans parler d’orthographe ou de graphie normalisée)

Ce village, pittoresque, perché, dominant Luchon. Son Eglise Saint Martin XI et XIIème Siècle. Origine du nom : Casa “maison” ou Casau “Jardin” attenant à la maison, avec suffixe diminutif –il = petit. Et Pena Pentu- Hauteur rocheuseEn gascon local “Cadeilh”.

Les noms de lieux doivent-ils être francisés? – Voilà ce qu’écrit Michel Feltin-Palas sur sa lettre hebdomadaire, de ce mardi 12 janvier 2021.

Dans un pays historiquement multilingue, il paraîtrait logique d’écrire les noms de lieux en catalan, en basque, en Occitan, ou en breton. Mais on est en France…

Je ne prends pas grand risque en en faisant le pari : la plupart d’entre vous ne connaissez pas Treis-Sants-en-Ouche, “commune nouvelle” d’environ 1400 habitants située dans l’Eure, regroupant les anciennes localités de Saint-Aubin-le-Vertueux, Saint-Clair-d’Arcey et Saint-Quentin-des-Isles. Pourquoi ai-je décidé de vous en parler cette semaine ? Parce que l’appellation de cette nouvelle collectivité, qui signifie littéralement “Trois saints du pays d’Ouche”, est écrite en normand et que cet exemple permet de poser concrètement la question de la langue utilisée en France pour désigner les noms de lieux.

Au départ, une idée simple : “Nous avons fait ce choix parce que ce sont nos racines, notre culture”, explique Marc Descamp, le premier magistrat de la localité. Seulement voilà, on est en France et, en France, on n’utilise pas n’importe quelle langue dans l’espace public. En la matière, des préconisations ont été fixées par la commission nationale de toponymie – une instance interministérielle. En substance : le français s’impose pour les noms des circonscriptions administratives – “région”, “département”, “commune”, etc. -, ainsi que pour la partie générique des artères : “rue”, “avenue”, “boulevard”, etc. En revanche, pour le reste, les langues régionales retrouvent droit de cité (c’est le cas de le dire), du moins là où elles sont ou ont été en usage. En Languedoc, rien n’interdit par exemple d’évoquer la “rue du Marcat” (rue du Marché). “Cette position nous paraît conforme à l’article 2 de la Constitution, qui indique que “la langue de la République est le français”, et à son article 75-1, qui prévoit que “les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France””, souligne Pierre Jaillard, le président de la commission. Dans ce cadre, la formule “commune nouvelle de Treis-Sants-en-Ouche”, avec un nom générique en français et une partie spécifique en normand, ne pose aucun problème…

Non, ce qu’ils redoutent, c’est que Treis-Sants-en-Ouche ne donne des idées à d’autres. Qu’en Corse, Ajaccio – à la française – ne soit rebaptisée Aiacciu, pour prendre un exemple qui ne doit rien au hasard. Car derrière la langue, il y a la culture, l’identité, le sentiment d’appartenir à un groupe. Et cela, au ministère de l’Intérieur, on n’apprécie pas vraiment….

Pour autant, il serait abusif de considérer qu’il y a eu en France une volonté systématique de franciser des noms de lieux. En Bretagne, en Corse, en Provence, au Pays basque, en Provence, on trouve ainsi à foison des appellations qui témoignent de l’histoire linguistique de ces territoires…

Cela ne veut pas dire que l’Etat soit resté neutre en la matière. Dans les faits, d’innombrables noms de lieux ont bel et bien été francisés, souvent avec un total amateurisme, comme on peut le constater en lisant l’ouvrage 20 000 lieux sous la loupe, qu’Yves Lavalade a consacré à la région du Limousin (1). A Vitrac-sur-Montane (Corrèze) Las Peiruças – les sols caillouteux – sont ainsi devenus… Les Perruches ! A Lignac (Indre), Los Caraudis – les touffes de noisetiers – ont été transformés en Les Coeurs-Dits tandis qu’à Juillaguet (Charente) Los defens – parcelles interdites à la pâture – ont été traduits par Les Défunts. Une démarche tristement révélatrice de l’ignorance de Paris à l’égard des langues minoritaires.

Certains diront qu’il y a des malheurs plus grands dans le vaste monde et ils n’auront pas tort. J’aimerais toutefois connaître leur réaction le jour où, à Dieu ne plaise, une Europe anglophile adopterait la même démarche et rebaptiserait Bordeaux “Waterfront”, Tours “Towers” et Paris “Bets”. Ce jour-là, peut-être comprendraient-ils ce que ressentent leurs compatriotes attachés à l’histoire et à la culture de leur région…”

20 000 lieux sous la loupe, Yves Lavalade (illustrations de Jean-Louis Savignac), Editions Le Puy Fraud.

  • A REGARDER !

Hegoak, par Mikel Laboa

C’est sans doute “le” tube de la musique basque, connu sous le nom d’Hegoak, ce poème écrit par Joxean Artze a été mis en musique par le chanteur et compositeur Mikel Laboa, qui l’interprète ici accompagné de l’orphéon Donostiarra. Pour mesurer son caractère populaire, on peut aussi en écouter une version plus spontanée, comme ici :

Le sens des paroles est métaphorique : l’oiseau, c’est la personne que l’on aime et que l’on est parfois tenté de vouloir enfermer, comme un oiseau en cage. L’autre solution consiste à aimer cette personne telle qu’elle est, quitte à devoir la laisser partir. Compte tenu du contexte politique au Pays basque, cette chanson a pris involontairement une connotation politique.

Hegoak

Hegoak ebaki banizkio (Si je lui avais coupé les ailes)

Neuria izango zen (Il aurait été à moi)

Ez zuen aldegingo. (Il ne serait pas parti) (bis)

Bainan honela (Oui mais voilà,)

Ez zen gehiago txoria izango. (Il n’aurait plus été un oiseau) (bis)

Eta nik, (Et moi,)

Txoria nuen maite. (C’était l’oiseau que j’aimais) (bis)

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