Le confinement 2, vue d’ici, loin de Paris, à Aspet !

 Entretien avec Jean-Sebastien Billaud Chaoui,  Maire d’Aspet:

Un début de mandat difficile : « Nous travaillons dans l’urgence. La particularité de ce deuxième confinement, c’est que les gens sont tendus, ils ne comprennent pas, il y a des sentiments d’injustice.  Ce que je perçois en tant que Maire : il nous est demandé d’être le relais des décisions gouvernementales, mais on a l’impression que ça ne marche que dans un sens ».

« Nous n’avons pas de retour sur ce que nous faisons remonter des territoires. Nous avons l’impression d’un discours à sens unique. Nous signalons les incohérences des fermetures des commerces de proximité. Sur le terrain, nous leur avons demandé de respecter les consignes de distanciation, lesquelles sont respectée. Par exemple un coiffeur qui a une personne dans son salon, en quoi y aurait-il un danger sanitaire ? Nous entendons la nécessité d’une solidarité nationale, mais nous constatons que les réponses gouvernementales ne sont pas adaptées aux situations que nous rencontrons ici ».

« J’ai fait un courrier aux sénateurs de la Haute Garonne pour faire remonter la demande de nos administrés. Nous nous retrouvons par exemple avec les bars fermés et l’impossibilité de mettre en place un dispositif de plats à emporter, de café à emporter. Nous devons faire face à un sentiment d’injustice, y compris entre les commerçants eux-mêmes avec la notion de première nécessité. Nous avions déjà vécu un premier confinement, avec une appréciation juste des risques et des contraintes à faire respecter. Nous sommes déjà avec une population  pour partie en précarité, et en même temps nous sommes dans une posture de délestage  des zones urbaines dans le contexte de solidarité nationale. Symboliquement, nous faisons payer à nos cafés les dérives des cafés étudiants en milieu urbain avec des attroupements de jeunes gens sans masques ».

Les arrêtés des maires pris dans le sens d’aménagements pour le maintient des petits commerces de leur municipalité ont tous été retoqués par les Préfectures. « Je ne pouvais prendre ce genre de décision et mettre en difficulté des petits commerces risquant d’être verbalisés par les forces de l’ordre. L’AMF (Association des Maires de France) a relayé puissamment nos demandes de terrain. Pour beaucoup de nos petits commerçants, c’est leur vie. Ce n’est pas juste de l’économie, fermer un rideau relève du suicide pour certain. On essaie de sauver ce qu’on peut avec le maintien du marché. En Espagne, les petits commerces ont été privilégiés par rapport aux grandes surfaces. En France, c’est le contraire. C’est un choix politique de faire l’inverse ».

Le regard des commerçants d’Aspet sur la nouvelle municipalité. « Nous sommes peut être encore dans la période de grâce, mais nous avons l’impression  d’être dans une bonne compréhension avec les habitants d’Aspet. Nous sommes en lien constant avec nos administrés nous savons tous que nous ne connaissons pas la date buttoir de la fin de cette situation complètement inédite ».

« Nous ne pouvons pas nous projeter, prévoir. Le projet de feu d’artifice du 14 juillet annulé et reporté à Noël sera vraisemblablement annulé. Le vendredi avant la rentrée des classes, la fin des vacances de Toussaint, avec l’organisation de l’hommage à Samuel Pati dans les écoles. La commune avec nos agents s’est arrachée les cheveux pour se caler avec les directives. Ce fut du temps et de l’énergie pour finalement qu’il soit décidé de faire une rentrée normale à 9h. Nous vivons des ordres et des contre ordres, l’impression de vivre ça tout le temps. Pour le marché, les forces de l’ordre sont passées le vendredi pour nous dire de redescendre le marché, pour le lendemain le samedi. Le marché s’est déroulé avec une journée ensoleillée et le succès habituel, avec beaucoup de monde, la difficulté du maintien des distances, des personnes sans masque. Nous avons risqué la fermeture administrative du marché. Voilà pourquoi nous avons redescendu le marché au Prés commun ».

« Aspet a une vie sociale qui est connue. Si l’on peut comprendre les contraintes, il faut qu’il y ait du champ, des perspectives de retour à une situation de convivialité. Nos vies ne peuvent se réduire à l’écoute des infos, rester chez soi devant son écran. Ce premier samedi de marché là nous a valu des écritures sur les murs du Carré de la République. C’était écrit à la craie, il n’y a pas eut détérioration, mais à l’avenir, je souhaiterais pouvoir en parler avec les auteurs et envisager d’autres supports d’expression ».

Les textes, notamment avec des citations d’auteurs ne visaient pas la Mairie. « Ils étaient la manifestation d’un besoin d’expression sociale et de la nécessité de pouvoir s’exprimer dans un moment où l’on a l’impression que l’on étouffe tout. Il faut convenir avec ceux qui le souhaiteraient un moyen de rendre possible une expression publique sans abimer le mobilier de l’espace public, car  il y a ensuite la contrainte pour nos agents de devoir nettoyer les espaces en question, un coût pour la municipalité ». Une question importante pour le vivre ensemble, considérant notamment la candidature de la municipalité au programme d’’Etat : Petite ville de demain, en lien avec la Communauté de Commune Cagire Garonne Salat.