La voie de l’excellence ou la pratique de l’escrime en tant que sport de haut niveau.

 A l’initiative de l’association Carré d’AS Multi Sport  de Saint-Gaudens, durant une semaine un stage préparation physique et mentale a été organisé au Bois Perché.

La première édition l’an dernier a eut lieu à Saint-Bertrand de Comminges. « Cette année nous avons choisi le Bois Perché à Aspet pour sa capacité d’hébergement et de restauration. La proximité du gymnase de la Communauté de Commune Cagire-Garonne-Salat a contribué à ce choix ».

La Communauté de Communes Cœur Coteaux Comminges assure la partie communication. Un partenariat existe également avec les Offices du Tourisme dans le cadre du Projet Destination Comminges Pyrénées, avec l’offre de paniers repas par les producteurs locaux.

Le contenu de la formation commence par un stage de Cohésion d’équipe  toute la journée : franchissement forêt, brancardage de blessé, tir à la corde. Il s’achève par une course d’orientation de nuit au Bois Perché.  Du lundi au jeudi, le matin c’est l’entrainement footing, l’éveil musculaire, l’entrainement avec le maître d’arme. L’après-midi c’est la préparation physique et mentale. Elle s’achève par un moment de décompression avec un sport collectif, et fin de l’après-midi à la piscine. Cette année s’est ajoutée une récupération par le biais des massages sportifs. Madame Agnès Bordas de la Société Natura-Form de Villeneuve- de- Rivière intervient quotidiennement durant une heure et demie sur les éventuels traumatismes, avec une dominante jambe et dos. Le séjour s’achève avec une journée cohésion, une fois de plus en partenariat avec les Offices du Tourisme et le projet Bien-manger en Comminges.

Ce stage s’inscrit dans le montage du projet du CREFED  de Rodez (Centre Régional d’Entrainement, de Formation Et de Détection). Cette structure a pour mission d’accompagner les jeunes escrimeurs à l’ascension au haut niveau de l’escrime.

L’exigence est au niveau de la sélection des jeunes participants. Ce fut six mois de préparation pour cette formation. Le projet est très précis en termes de préparation, le choix du lieu et de la période. Chaque année le contenu du projet s’améliore, en encourageant d’autres structures de haut niveau à venir s’entrainer en Comminges.

Au niveau du CREFED, ce sont les familles qui supportent le coût du stage.  La Région Occitanie prend en charge le fonctionnement du CREFED. L’activité n’est pas subventionnée en elle-même, mais elle est soutenue par la synergie des institutions locales, les Offices de Tourisme, les Communautés de Communes et Mairies. Les stagiaires ont disposés de bons d’achat par exemple, une forme de support au projet, une façon indirecte de diminuer le coût pour les familles tout en mettant en avant le territoire du Comminges.

Le choix du Bois Perché et l’accès au gymnase ont contribué de par l’envergure des structures à rendre possible cette formation cet été, dans le contexte inédit de l’après confinement. Une réflexion s’est imposée sur la question du bien être des athlètes : savoir comment ils ont vécu le confinement.

Eric Meunier, adjoint au sport à la ville de Saint-Gaudens :

« Il manquait cette dimension du sport de haut niveau, et on sent dorénavant que cette orientation s’est inscrite durablement en Comminges. Cette dynamique est enclenchée. Il y a d’autres disciplines, le vélo, la natation. Ils forment des champions qui seront des champions de haut niveau demain. C’est bon pour le sport, c’est bon pour Saint–Gaudens, c’est bon pour le Comminges ».

Vanessa Oustric vice Présidente de l’association Carré d’As- Multi Sport « C’est une équipe de quatre personnes qui a porté ce projet en Comminges. L’objectif est de détecter les jeunes commingeois qui ont une trop grande marche à franchir pour se diriger vers le sport de haut niveau. Nous tenons beaucoup à ce projet humainement parlant.  L’objet est d’assurer une présence du sport de haut niveau en Comminges, et amener d’autres structures de haut niveau sur notre territoire.».

Dans le Carré d’AS, il y a plusieurs A : comme Ambition, Avenir,  Associatif, Accompagnement, le S de sportif sur le créneau Multi Sport.

Les maîtres de stages, Nicolas Bordas et Robin Rieu sont les garants du niveau d’excellence du stage.

Nicolas Bordas, de la SAS Natura’Forme : « Je suis né en Comminges. J’ai exercé durant vingt cinq ans en tant que préparateur physique et mental pour les sportifs de haut niveau, notamment comme intervenant pour la patrouille de France. Comme Robin Rieu, nous sommes diplômés par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Durant toutes ces années, je venais m’entrainer et me ressourcer en Comminges. J’ai perçu depuis longtemps qu’il y a une vraie force ici en termes de variété de paysages, avec un air particulièrement sain et les nuits calmes. Il est important de donner accès à ces lieux privilégiés indemnes des turbulences des grands centres urbains. Nous avons remarqué que nos stagiaires sont plus détendus et avec un meilleur état d’esprit et de performance, ce qui est l’objectif.

Au travers de ce séjour de formation de haut niveau, il y a une volonté de promouvoir les savoir-faire de la Région et des productions locales de proximité. En tant que préparateur physique et mental j’accorde une grande importance à la provenance de la nourriture parce qu’il s’agit simplement de la nourriture saine. Nous sommes très à cheval sur ces questions, l’alimentation, les cycles de sommeil ».

Robin Rieu Maître d’arme du club d’escrime de Rodez : « Je vais parler du groupe. Parmi ceux présents, beaucoup sont allés en championnat de France. Juliette a déjà plusieurs médailles du championnat de France, Jade également, Floriant est champion de France, nous avons plusieurs internationaux, championnat d’Europe et championnat du Monde. L’escrime est un sport complet physiquement et mentalement. La force physique est liée à une dimension de stratégie, de négociation dans l’adversité, la gestion de l’effort, l’anticipation de l’évènement.

Nos stagiaires sont dans des doubles projet, sportifs et scolaires. Les performances scolaires sont prises en considération dans les dossiers de présentation. Il faut être en capacité de gérer les situations de stress. Nous remarquons que les nouvelles générations sont plus douées sans doute du fait des pré-requis dans la sélection des dossiers avec la prise en compte des résultats scolaires. Il faut toutefois préciser que la France a toujours été  dans l’élite dans cette discipline. On peut observer que les jeunes gens qui sont passés par ce niveau d’excellence dans la pratique de l’escrime se retrouvent souvent en responsabilité dans la vie publique, en devenant chefs d’entreprises pour la plus part. Lorsque nous serons sortis du contexte du Covid19, pour les stages à venir, ils pourraient se conjuguer avec  les stages des manifestations culturelles locales, considérant les références historiques de cette pratique de l’escrime (expositions, concerts)».

Robin Rieu est Responsable professionnellement du CREFED de Rodez. Maître d’arme du club de Rodez il est responsable du centre d’entrainement. « Je gère tout le haut niveau du Club, des quinze ans jusqu’aux seniors. Rodez est une vraie école d’escrime, j’interviens sur les compétitions nationales et internationales. Mon binôme intervient sur les compétitions régionales. Les participants au stage ont entre quinze et vingt ans, de futurs champions ».

La singularité du public ; « il est constitué des aficionados de ces pratiques particulièrement sensibles aux valeurs de cette discipline, souvent les proches et les familles. Mais c’est le sport qui rapporte le plus de médailles à la France depuis l’histoire des jeux.  Les jeunes qui s’engagent dans cette formation essaient de mener à bien leur rêve, devenir champion olympique, tout en sachant que pour chaque génération il n’y en aura que quatre qui arriveront au sommet ».

L’escrime est un sport amateur. La structure est fédérale. On passe d’abord par les clubs. Les CREFED (Centre Régional Formation Détection) est la première étape d’accès au haut niveau. Le Centre Régional est basé à Rodez pour l’Occitanie. L’accès à un pôle France est limité à douze places pour les filles et douze places pour les garçons. Ensuite c’est l’intégration à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance), la suite logique c’est la filière de détection. « Au CREFED de Rodez nous pratiquons trois disciplines : le fleuret, le sabre, et l’épée.  Nous encourageons les jeunes adhérant à déposer leur dossier pour l’accès à l’étape supérieure de la formation ».

Le sens du choix de cette discipline comparée aux autres disciplines sportives

« L’escrime est un sport très chargé en valeurs et en histoire. C’est un sport de combat qui s’apparente à l’esprit des arts martiaux de l’Extrême-Orient. Ces pratiques véhiculent les valeurs de maitrise de soi, le respect de l’adversaire, de l’arbitre. Au plan historique, la pratique de l’escrime est apparue avec le Tournois des fleurs, les duels d’affrontement du 19ème siècle, une référence aussi à l’époque des mousquetaires. Les tenues sont blanches, le souvenir de l’époque ou il n’y avait pas d’électricité, quand il se mettait une touche, c’était les matchs à la goutte de sang, ça ressortait le mieux sur le blanc. Le sabre c’est l’arme qui s’exprime sur la cible au-dessus de la ceinture, parce qu’historiquement c’était l’arme des cavaliers. C’était le cavalier la cible, pas l’animal.

L’épée, c’est l’arme la plus connue. En fait c’est une rapière contemporaine des conquistadors. C’est ce qui a été conservé comme forme pour l’escrime moderne. L’adversaire peut être atteint sur l’ensemble du corps. Le fleuret c’est l’arme académique. La dimension esthétique fait oublier qu’il s’agit d’un sport de combat. A la différence d’autres activités sportives,  l’escrime exerce une forme de séduction par la posture, un exercice qui s’exprime sur le registre de l’élégance, par le placement, la répétition du geste, nous sommes beaucoup sur la respiration, la poussée. Les tenues sont blanches, les mouvements sont très aériens, c’est joli à regarder, les mouvements sont fluides. Mais quand on est à l’intérieur, c’est la dimension du combat qui tient l’édifice ».

Les stagiaires témoignent :

– Depuis dix ans que je pratique  l’escrime, ça m’a donné le goût de l’effort, par l’entrainement, être toujours au top que ce soit mentalement que physiquement, donner le meilleur de soi-même. C’est très complet, et dans ma vie au quotidien, à la FAC, je suis toujours dans la posture du donner plus.

– C’est un sport de maturité qui demande beaucoup d’expérience. Il peut s’exercer jusqu’à la quarantaine. Quand on est jeune nous sommes dans l’énergie fougueuse et la répétition des erreurs, on est pressé alors qu’avec le temps….

– Comme c’est un sport amateur, nous faisons tous des études à côté. L’origine sociale des membres du stage ? Nous sommes issus de toute la France, entre quinze et vingt ans d’âge.

– Dans le sport de combat, il y a une frontière à ne pas franchir, faire la distinction entre la colère et l’agressivité. La colère ne se maitrise pas, alors que l’agressivité est une énergie. Ca oblige à une meilleure connaissance de soi-même. C’est un sport noble, mais cela demeure fondamentalement un sport de combat.

– Il faut lire l’ouvrage de Rémy Delhomme « Mon maître d’arme et moi » « L’esprit de l’épée »