Posé sur l’un des premiers contreforts pyrénéens, face à la chaîne majestueuse, le village du Cuing domine à la fois Saint Gaudens et Montréjeau. Malgré cette place privilégiée, il a perdu sa prospérité d’antan : le château a disparu depuis bien longtemps et le couvent a vu ses religieuses déserter vers d’autres horizons.

Toutefois, ce village peut s’enorgueillir de posséder une église à la décoration intérieure fort originale et malheureusement trop peu connue. Elle est l’exemple type de l’incastellamento médiéval, espace ou castrum et sanctuaire fusionnent et se complètent. L’un et l’autre, le premier surtout, offraient un refuge aux paysans et à leurs animaux en cas d’intrusion suspecte. Son emplacement actuel, entre le « village rue » et le hameau de Cauhapé a vu se succéder tour à tour bien des édifices : un temple gallo-romain, une église romane, l’église du château. Vers la fin du 19e siècle, le conseil municipal décida de restaurer l’église existante et de lui adjoindre un clocher. Après bien des péripéties liées au paiement de ces travaux, l’église nous parvint  bien modeste, bien ordinaire.

En 1949, l’abbé Ajustron, alors curé de la paroisse, demande à un peintre slave répondant au nom de Nicolaï Karolovich Greschny (cet artiste a couvert, dans une quasi clandestinité un hectare de fresques entre 1945 et 1965, ouvert 87 chantiers sur vingt sept départements français et doté les diocèses de France d’un patrimoine de fresques byzantines, unique en Europe. 107 œuvres en France dont 75 en Midi-Pyrénées),  d’en décorer l’intérieur.C ce qu’il fit aidé de Robert Tion. Il réalisa les fresques actuelles en moins d’une année. L’église ainsi restaurée et magnifiquement décorée fut consacrée par Monseigneur Saliège alors archevêque de Toulouse. Ces fresques présentent trois intérêts principaux : pictural (sensibilité orthodoxe du peintre, notamment grâce au choix de l’icône pour représenter tout personnage religieux. A noter que le fond jaune pâle a été obtenu grâce à une incroyable quantité d’œufs apportés à l’époque par les habitants du village). Intérêt religieux : les peintures témoignent d’une très grande connaissance biblique de Greschny. Intérêt local : pour honorer les saints patrons de l’église, Saint Pierre et Saint Paul, les fresques du peintre les mettent souvent en scène et notamment Saint Pierre qu’on voit à dix reprises. Nombre de détails constituent des allusions appuyées à la civilisation occitane (activités rurales liées à la région, vêtements et coiffes des personnages, gloire locale avec Saint Bertrand et surtout textes et légendes en gascon).

A noter que le sol des fonds baptismaux est recouvert d’une mosaïque aux cubes de verre de couleur provenant de la villa gallo-romaine de Montmaurin et cédés par François Miro, propriétaire du terrain. Le traitement de la perspective des panneaux du chœur qui couvrent tout le mur du fond, au dessus et autour de l’autel, tel qu’il apparaît dans l’art pictural byzantin est ici bien représenté. Par le renversement de perspective (la perspective traditionnelle voudrait que les lignes fuyantes aillent vers l’horizon, or, c’est le contraire qui est représenté ici : les lignes de la table soulignées par les plis de la nappe blanche convergent vers le spectateur, la perspective est inversée). On aboutit à un effet surprenant : les personnages semblent s’imposer à nous, rentrer en nous, ou d’une autre manière, on se sent aspiré par eux. Mais il est difficile de parler de toutes les fresques présentes dans ce lieu, le mieux, c’est de visiter l’église, de prendre son temps. Cette église, malgré une architecture assez banale, s’est dotée d’une merveilleuse leçon de catéchisme en images, certains diraient de bande dessinée.

Pour la visiter : prendre contact avec la mairie (permanence les mardis et vendredis matins), au  05 61 89 54 36.

Extraits de Nébouzan 2010 aux éditions du Nébouzan et de « le Cuing : l’église au catéchisme en icônes du Père Martinot et Jacques Delforge. Remerciements à Régine Fourment et à Jean-Puissegur de Saint Plancard pour leur aide précieuse.