Patois ou Gascon ? – Quand l’humour invite à la connaissance du sens des mots en Comminges!

Il aura suffit de l’inspiration sympathique d’un(e) journaliste de la Gazette du Comminges pour réactiver une polémique historique inachevée sur la question des langues locales. L’article intitulé « Arredailh en patois mais pas toi » (page 3 de l’édition du 17 juin) a toute la dimension de l’insignifiance culturelle au-delà du Comminges. Eh bien non répond le Président de l’Ostau Comengès, Jean-Paul Ferré, également Professeur d’Occitan à l’Education Nationale.

Dans le cadre de l’exercice du  Droit de Réponse signifié dans l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881, il est possible en matière de presse périodique écrite, d’obtenir, sous certaines conditions, un droit de réponse gratuit. En la circonstance, Jean Paul Ferré fait valoir en toute courtoisie ce dispositif en s’appuyant davantage sur le plan éthique peut-être que sur celui de la rigueur de l’aspect juridique.

Il rappelle en la circonstance que le sens du mot patois n’est pas anecdotique. Il porte une histoire douloureuse pour les générations des pays de l’Hexagone qui sont passées par l’école de la République de Jules Ferry. A partir de l’école rendue obligatoire, ce sont au moins trois de ces générations d’enfants des provinces* françaises qui ont subit des mesures discriminatoires et humiliantes pour le fait de la pratique de leurs langues maternelles autres que celle autorisée et enseignée par l’école publique républicaine, le français.

Ce furent des punitions et des humiliations notamment par le port d’un collier ou d’un sabot signifiant la mise à l’index de l’enfant jugé coupable de parler patois. Plus proche de nous, il était considéré il y a encore quelques années que la pratique parallèle du gascon familial en Comminges portait préjudice à l’apprentissage du français. Bien heureusement, les avancées des expériences au plan pédagogiques ont révélé comme une évidence dorénavant que pratiquer plusieurs langues constituait un énorme avantage au plan des acquisitions du savoir en général. Joan Pau Ferré rappelle que le terme patois renvoie au terme méprisant que les instituteurs de la 3e République utilisaient pour discriminer les locuteurs des langues régionales de France : basque, breton, catalan, occitan, corse, flamands, français poitevins, etc. En 2020, l’enseignement des langues régionales, bien que fragilisé par la récente réforme du lycée, est reconnu, y compris par la Constitution de la Ve République (article 75). Par ailleurs, de nombreux élèves étudient l’occitan en Comminges, de la Maternelle à la Terminale. Cela invite d’ailleurs à consulter la plaquette qui vient d’être réalisée par l’OPLO  (Office public de la Langue Occitane) à destination des parents et des élèves des régions Occitanie et Nouvelle Aquitaine :

www.ofici-occitan.eu/wp-content/uploads/2020/03/Occitan_au_coll%C3%A8ge.pdf

Chaque année au collège, ce sont plus de 4000 élèves de la maternelle au lycée qui bénéficient d’un enseignement de la pratique de la langue occitane dans les académies de Bordeaux, Limoges, Montpellier, Poitiers.

Il rappelle également que l’Académie Française définit le terme patois comme ayant été utilisé au  XIII ème siècle dans le sens de gesticuler, patoier. Par extension péjorative il veut évoquer un langage pauvre, rustique, un jargon incompréhensible.

Dans ce sens il recommande à la presse locale de préférer les mots occitan, langue d’oc ou gascon.

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*Province : étymologiquement signifie pays conquis en dehors de la capitale Rome, par extension contemporaine Paris. Au début de la radio nous pouvions entendre : « Il pleut à Paris, beau temps sur la province ! ». L’expression fut reprise pour un nom de groupe de musique traditionnelle  hors capitale dans les années 70.