En cette période de confinement, en cette période funeste, pourquoi ne pas sourire et même rire un peu ? Beaucoup.

Car à chaque fois que vous allumez le poste de radio, que vous regardez la télévision, ce ne sont que des mauvaises nouvelles qui sont diffusées et ce à fortes doses. On nous parle du nombre de morts sans cesse en augmentation, du nombre de gens contaminés, eux aussi en augmentation. On croirait assister à un concours macabre.  Chaque « spécialiste » y va de son couplet et ceux-ci sont souvent contradictoires. Personnellement, après les titres du 20h, je zappe systématiquement.

Alors, avec l’accord de la rédaction de Petite République, j’ai pensé que le billet d’humeur de Jean-Yves serait le bienvenu. Même s’il a trait au coronavirus.

Ce grand amateur de montagne, le plus montagnard des bretons, confiné comme nous le sommes tous, réside dans un petit village près de Luchon. Vendredi 27 mars, il décide d’aller faire des courses…

« Hier, c’était un jour important : les courses au supermarché. La liste en main, sous le regard inquiet de ma chérie, je monte dans mon bolide inactif depuis quinze jours. Ouf il démarre! Direction, un peu inquiet quand même, Moustajeon.

Ai-je bien rempli le questionnaire du ministère de l’intérieur? Oui oui! J’espère. La route déserte se profile à l’horizon décorée des 3000. Surtout pas trop vite juste un peu de gaz, faudrait pas écraser un poulet quand même! Manquerais plus que ça, bon bien cuit à la broche néanmoins…

Le parking est presque vide, normal il est midi, l’heure des vieux pour faire les courses. Ho! La cata : une queue qui se profile dans ce parking. Que se passe-t-il? Vous n’êtes pas au courant? me répond un passant. Ha ! C’est vrai, le confinement! Je croise des gens le regard vide, inquiets si le rideau du magasin ne s’ouvrait pas. Quelques minutes plus tard c’est bon, la cheffe des caissières vient nous ouvrir, la tête des mauvais jours. C’est vrai levés aux aurores tous ces petits bras sont très inquiets pour leur sort viral.

Nous nous nous élançons, pas trop vite, mais quand même assez rapidement dans l’espace vital pour notre  chariot. Je rencontre des gens attifés d’un masque, ils me regardent d’un air suspicieux, j’en ai pas moi! Je me fais tout petit et avance à pas réfléchis. Je fais en sorte d’être dans ma bulle d’acheteur, nous frôlons, à plus d’un mètre. Une vielle folle me scrute,  j’ai rien, même pas de virus dans ma poche. Je suis très bien organisé, la liste préparée par ma chérie se trouve être dans le bon sens du magasin. Début de la galère, je cherche de l’eau bleue ! Bordel c’est quoi? je cherche un robinet, mais non c’est
pas ça, de toute façon pas de liquide en libre-service, en plus les toilettes, dehors sont fermées. C’est bon j’ai trouvée.

Je suis le seul sans masque, suis-je en infraction? Je prends au plus court dans les rayons, freine, accélère après chaque réservation produits. Conserves, légumes, fruits, gâteaux, sirops, et j’en passe remplissent mes cabas. Bon sang, je vais faire exploser ma gold?

J’arrive enfin à la caisse, mon front dégouline de sueur, pas d’inquiétude ma température prise avant le départ est de 35 degrés, mais quand même! Zut j’ai oublié le sopalin! Le stock à la maison se trouve être très conséquent mais je préfère voir loin. Je mets le frein sous les regards suspicieux des collègues consommateurs. Le temps d’éponger ma sueur importante, je retourne au fond du magasin, un paquet non deux c’est mieux, un paquet de papier toilette en passant, des mouchoirs en papier.

En attendant mon tour je rafle toute l’étagère de miel à l’orange, qui sait, peut-être plus d’abeilles dans quelques temps. C’est bon, le compte y est. La caissière, jolie petite jeunette, derrière une vitre recouverte de virus crachés par les clients et certainement pare-balle, notre enregistreuse est affublée d’un masque genre poilu de la grande guerre, du front au menton, m’interroge : vous avez la carte du magasin? Oui! Oui! bien sûr. Elle termine par la question qui tue : vous partez en vacances? Non, je fais les courses pour les voisins répondis-je. La somme est astronomique, 185 euros! Beaucoup plus que d’habitude, les clients s’impatientent derrière moi.

Vider un chariot plein à ras bord, seul, et le ré emplir après, les aliments frais d’un côté, les conserves de l’autre, C’est le bordel dans mon chariot, tout se mélange, tout se bouscule dans ma tête, suis-je à la hauteur de ma tâche? Le grand cirque ambulant .En plus je fais deux achats séparés ! C’est à qui ça me lance la petite grosse? C’est à moi !  Ouf! Je sors de ce monstre de victuailles et je retrouve le soleil bienfaiteur.

Des nuages lenticulaires frôlent nos sommets. Déjà une queue pas possible attend de rentrer dans ce temple de la consommation.

Je galope, pas de gendarmes à l’horizon, déjà deux heures d’absence, ma chérie sera peut-être inquiète? Non elle m’attend sur la terrasse, nous vidons les sacs avant de rentrer les produits dans la maison, enlevons les plastiques souillés de virus. Les sacs vides resteront dehors pendant 24h, et après en confinement dans le coffre !

Une belle journée se profile! la vie continue, malgré tout! »