Des moments possibles, né de la plus incisive des angoisses de l’auteure, est un roman bouleversant qui met en exergue la tourmente des émotions et des sentiments, et les dissèque avec une subtile acuité. Dans ce texte d’une rare sincérité, les personnages sont marqués au sceau de la souffrance mais aussi de la lucidité.

Leurs luttes, leurs résistances, aussi chaotiques soient elles,sont palpables dès les premières lignes et font de l’ouvrage un canto d’espoir pour trouver ou retrouver le goût de vivre, même si la guérison n’est jamais définitive. L’auteure inscrit son récit dans le milieu artistique à

l’instant des premiers balbutiements de la création -moments fragiles- et nous en dévoile, de l’intérieur, les incertitudes et les limites.

Dans un style ciselé, souvent poétique, elle garde la distance nécessaire à l’analyse de ces vies fissurées et, par un juste rythme, nous encourage à croire en nos propres « possibles ».

Auteure résidant à Saint-Julien-sur-Garonne, Occitanie

Nadine Lamaison est née en 1947. Elle a été enseignante, chroniqueuse, formatrice en relations humaines et assistante metteur en scène. L’écriture, à laquelle elle se consacre désormais, a été le fil rouge de ses différentes activités. Elle a publié divers ouvrages dont un manuel de comportement pour hommes d’affaires, un roman (Les Yeux de Pierre) et écrit des textes qui ont été portés à la scène.

Résumé

« Si elle pouvait fonder un cercle de gens vrillés, de sans direction fixe, d’individus à prises multiples, elle prendrait Rina par la main : bienvenue chez nous, ici on a mal, on marche à côté des routes, on a des cicatrices et des plaies ouvertes, on avance à tâtons et on régresse souvent, on gomme, on hurle en dedans, on pleure pour se dire qu’on continue. On apprend à sécher ses larmes. On rafistole. » Clara, l’artiste, la fille chiffonnée, et Rina, la femme du fond de la cour se rencontrent. Elles vont s’arrimer l’une à l’autre pour une possible rémission.

Extrait pour ceux qui le désirent :

Elle voit la fille appuyée contre le mur glisser et s’affaler dans le couloir. La fille s’étouffe et cherche à ouvrir le col de son manteau. Elle lui dit : respirez, doucement, respirez. Puis, comme pour elle : c’est une crise d’angoisse, respirez. La fille prend une longue respiration, des larmes roulent vers ses tempes. Elle sent les siennes dégringoler le long de ses joues. À cet instant Rina commence à cesser de mourir. Le regard errant de Rina s’était arrêté sur cette fille quelques jours plus tôt. L’Adonis qui fait visiter les appartements l’accompagnait. Elle l’avait trouvée jolie, un peu chiffonnée. La fille avait pointé du doigt le jardin tassé au fond de la cour et s’était retournée plusieurs fois vers la verrière. Elle était blonde. Et pouvait avoir trente ans. Assise sur son banc, dans son bout de jardin, au milieu de la fin d’hiver qui trempait les pots vides, Rina, la voyant partir, avait senti les relents d’enfer qui hurlaient dans son corps et la maintenaient en agonie depuis plus de dix ans. La neige l’avait prise au dépourvu avant qu’elle n’ait mis ses fuchsias à l’abri dans la petite cabane en bois grillagé qu’elle avait fabriquée et calée entre deux troènes. Heureusement elle avait rentré le yucca et les hibiscus dans la verrière avant les gelées. À Toulouse un froid aussi blanc on n’y est pas habitué. Lorsque le sang frappait aux parois de son crâne Rina s’occupait de son jardin. Elle avait regardé les entrelacs de la vigne vierge dénudée sur le mur gris. Bientôt tout repartirait. Il y a dix ans, au plus profond de sa perdition, elle avait planté le pied de vigne vierge. Le mur était recouvert. Mais rien ne s’était passé. La fille assise par terre reprend une respiration calme et régulière. Elle tremble un peu.