Nous sommes libres de nous forger une vision du monde et d’expliquer à notre façon la complexité qui l’entoure. Cette liberté témoigne du fait qu’il n’existe pas d’interprétation unique et absolue et que nos interprétations ne sont pas VÉRITÉ. Aussi, avons nous pour devoir de cultiver le DOUTE et de considérer comme INCERTAIN ce que nous pensons et voyons.
Pour réduire l’incertitude et pour que « nos incertitudes deviennent moins incertaines quand elles se confirment par d’autres » la communication s’avère une activité indispensable. Pour lui conférer toute sa pertinence, il nous appartient de développer notre capacité à débattre et échanger. Le philosophe français Michel Foucaud a mis en évidence que le processus de communication donne de la signification et du sens à nos vécus et qu’il attribue de l’autorité à ceux qui prouvent leur capacité à expliquer cette signification.
Débattre doit permettre de comprendre les interprétations de chacun et convenir d’une signification acceptable par tous !
Pour prévenir la confusion sémantique, le Larousse définit le débat de la façon suivante : discuter de quelque chose en examinant tous les aspects. Pour répondre à cette exigence et ne pas s’enfermer dans un monologue péremptoire et rigide, il doit se parer de 5 « vertus » interactives :
1 la RIGUEUR,
2 l’ OUVERTURE,
3 l’INNOVATION,
4 la STRATEGIE,
5 la PROXIMITE.
1 – Sans rigueur qui concerne le fond et la forme, le débat n’a pas «d’ossature». S’il ne se « tient pas » il ne peut impacter et retenir attention et intérêt. Aussi, faut il être attentif au langage et aux mots qui induisent la précision, rendent accessibles la pensée et l’idée, diminuent les risques constants de déformations et permettent d’identifier les interprétations. La rigueur s’attache aussi au temps, à la gestuelle et à la mise en scène de la parole.
2 – l’ouverture conditionne écoute, empathie, proximité et intérêt. Au cours du débat chacun se doit d’enrichir sa pensée et de s’ouvrir à des idées nouvelles afin d’affiner ses interprétations et s’attacher à « déconstruire » pour mieux reconstruire. Cette confrontation – qui ne doit pas être affrontement – permet de s’affirmer face à soi, à l’autre voire aux autres ( le groupe ).
3 – Elle autorise la créativité tant dans la façon d’aborder l’autre et la relation que dans le contenu de ce que l’on présente. Apparaissent par son intermédiaire, ce qui fait l’unicité de chacun et sa différence. Grâce à elle, le débat prend du relief, de la densité et de la valeur ajoutée.
4 – Débattre demande d’accepter la contradiction et le désaccord. Il ne revêt d’intérêt que pour cela. Ceci admis, l’agressivité, la vexation, la rupture n’ont plus raison d’être. Débattre s’impose ainsi comme un jeu subtil qui associe au lieu de dissocier et invite chaque protagoniste à entreprendre un travail salutaire sur l’ego. Certes, le débat requiert énergie et fermeté et lui rajouter humour et humilité ne nuit en rien à sa pertinence.
5 – Être proche pour ne pas s’isoler, s’exclure, est une condition du principe de construction dynamique qui implique partage et participation. La proximité s’instaure par la recherche de la compréhension. Cette dernière ne signifie pas adhésion mais précision, empathie. Pour que la relation pérennise la confiance réciproque, la liberté de dire et de manifester un désaccord s’impose à tous, sans qu’aucun ne se sente incompris, dévalorisé ou manipulé.
Ce rapide aperçu de la qualité d’un débat et de son importance dans les activités humaines, sensibilise aux nombreux éléments (visibles et invisibles) qui constituent le processus de confrontation d’idées qui, par leur nombre et leur interaction, rajoutent à sa complexité. Le choix du moment de son intervention, les mots utilisés pour délivrer sa pensée et leur organisation les uns par rapport aux autres, la façon de transmettre le message, le temps consacré à sa prise de parole, la précision et l’organisation des idées, l’enthousiasme et la force qui portent le message, sont autant de facteurs qui concourent à la réussite d’un débat.
Le monde chaotique et turbulent dans lequel nous vivons ne cesse de nous interpeller sur le « vivre ensemble » . Il semble plus judicieux de s’interroger sur le « construire ensemble » car l’action partagée peut contribuer à générer du sens et de la synergie. Créer l’envie de mutualiser nos différences afin d’ accompagner l’avènement d’un monde nouveau où l’égalité est règle, la liberté une réalité, la fraternité une valeur au quotidien. L’art de se parler et de débattre constitue un des moteurs de cette ambition à laquelle, il nous appartient de donner vie.

Jacques Montaldo.