Un besoin irrésistible de se laisser transporter dans le monde des conteurs

 

Il ne fallait pas être en retard pour assister à la soirée mondiale du conte dont une des éditions se tenait à l’office de tourisme de Rieux Volvestre. Après avoir reculé le début de la soirée en raison d’arrivées incessantes, les organisateurs ont du, l’âme en peine, se contraindre à afficher un panneau « Soirée contes complet ». Et que le spectacle commence…

La fête mondiale du conte permet de mélanger conteurs professionnels et amateurs. 13 avaient répondu présents à l’appel de Pierre Ricard. Une proposition très éclectique pour ravir nos oreilles qui avaient été prêtées le temps de la soirée à ces diseurs de mots.

On ne pourra citer tous les conteurs, qu’ils veulent bien nous pardonner mais la soirée commença très fort. Un conte à double sens raconté avec émotion par Pierre Ricard : L’histoire se déroule sur un pré ne comportant que des fleurs blanches qui ne voulaient pas d’autres espèces différentes multicolores. Les chefs y mettaient leurs vetos. Petit à petit elles furent moins jolies et elles commençaient à dépérir. Une graine transportée par le vent vient s’implanter au milieu du champ. Une magnifique fleur rouge aux couleurs éclatantes. D’abord un rejet immédiat puis des fleurs roses apparurent et la vitalité de l’ensemble du pré fut éclatante… Un conte d’actualité qui s’oppose au repli sur soi et la peur de l’autre.

Alain Quillot, conteur comédien nous transporta dans un monde qui devient vite effrayant. Avec sa marionnette Charlie, il nous raconte l’histoire de notre vie quotidienne qui bascule sans que l’on s’en rende compte dans l’horreur de la dictature. D’abord on interdit les chats de couleur pour n’autoriser que les chats bruns. Puis vint le tour des chiens dont on n’autorisa que cette seule couleur brune. Les citoyens ne trouvaient pas trop à redire… On condamna les propriétaires des chiens et chats non conformes puis ceux qui avaient même possédés un tel animal avant la parution de la Loi. Petit à petit, insidieusement les libertés disparurent jusqu’à ce que le totalitarisme s’installe mais il était trop tard. Vint alors le temps des regrets et les conséquences d’une l’acheté collective et d’un individualisme ambiant qui conduit au pire… Les contes peuvent parfois rejoindre la réalité et se montrer prémonitoire si l’on n’y prend garde.

Deux contes qui provoquèrent beaucoup d’émotion et de réflexions chez le public. On aurait pu entendre une mouche volée si nous n’étions pas en hiver. L’occasion d’une introspection sur nos propres faiblesses…

Après une pause musicale qui vint à point nommée ou Sylvaine et Zabeth accompagnées de leurs guitare et accordéon nous firent chanter « L’eau vive », défilèrent le reste de la tribu des conteurs. Des contes en occitan, patrimoine oblige, qui nous font toujours autant rêver et rire. Il n’y a des expressions qui ne peuvent se dire qu’en patois ! Que dire de Gisèle, de Fernand et du Lo Bernat dont le vin est décidément toujours aussi bon.

Tour à tour ce fut du rire, du rire aux éclats, de l’émotion, de la tendresse, le monde des contes pour résumé. Les fidèles Thérèse et Irène dont les histoires nous poussent à nous remettre en question avec une finesse et une douceur dont elles ont le secret ; Xavier et ces deux personnages du conducteur acariâtre et du mari toujours ivre et menteur qu’on ne voudrait pas être ; et puis les improvisations de Raphaël, un phénomène à lui tout seul. Cet homme humble au savoir être exceptionnel qui gère « Ferme Habitat solidaires » à Toulouse est un véritable show man à lui tout seul. Une présence sur scène qui vous transporte et vous fait oublier votre quotidien. Il se nourrit à la joie de vivre et à la bonne humeur.

Quand le rideau symbolique se baissa, conteurs et spectateurs purent continuer à échanger devant quelques grignoteries. Une soirée qu’il ne fallait pas manquer… Albert Schweitzer disait : «Le bonheur est la seul chose qui se double si on le partage ».

(crédit photos Jean Claude Vollmar)