L’ancien patron des gendarmes de Midi Pyrénées sort de son silence

 

Le 24 mars prochain le livre « Tout ce qu’il ne faut pas dire » (éditions Plon) sera disponible à la vente dans les librairies. Il est signé du Général Bertrand Soubelet, directeur de la gendarmerie d’outre mer. Un livre, en pré-commande sur internet, sans concession et qui n’épargne pas la classe politique. C’est un fait d’une extrême rareté qui rompt avec l’obligation du devoir de réserve des militaires en exercice.

Cet officier de haut rang est bien connu dans notre région. Il fut voilà quelques années le grand patron des gendarmes de Midi Pyrénées. D’une grande exigence, il était très apprécié de ses subordonnées pour ses prises de position qui défendaient avec force et courage l’Institution gendarmerie et les hommes qui la composent.

Ses qualités humaines et professionnelles en firent le numéro 3 de la Gendarmerie en devenant directeur des opérations et de l’emploi.

Tout bascula le 18 décembre 2013

Le général Bertrand Soubelet intervenait devant la commission parlementaire dans le cadre de ses travaux sur la lutte contre l’insécurité. Devant les députés, le militaire avait expliqué, chiffres à l’appui, que la réponse pénale était parfois en décalage avec les infractions constatées. « Evidemment, l’insécurité et le sentiment d’insécurité ne cesseront d’augmenter tant que la réponse collective à la délinquance ne sera pas adaptée », avait-il notamment estimé.

Relayé par les médias, cette intervention avait fait grand bruit jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Pourtant à l’époque Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, reprochait à mots couverts la même chose à la ministre de la justice Christine Taubira.

Mais Manuel Valls n’a jamais digéré cette prise de parole d’un haut gradé, pourtant loué par ses pairs pour son professionnalisme. « Valls a estimé que cette sortie était une attaque dirigée contre Taubira avec laquelle les relations étaient en voie de pacification », révèle un élu de la majorité.

A plusieurs de ses proches, le général Soubelet, meurtri par ces accusations, assurait « n’avoir jamais souhaité provoquer de polémique ni opposer l’Intérieur à la Justice », mais « dresser un constat factuel de la délinquance, basé sur des chiffres ». Des explications qui avaient pourtant, en son temps, rassuré la garde des Sceaux.

La sanction tomba très rapidement.

En conseil des ministres, le Général Soubelet fut démis de ses fonctions et muté comme directeur de la gendarmerie d’outre mer. Cette punition, présentée comme une promotion, fut très mal vécue mais acceptée par cet officier général qui ne faisait pourtant que rapporter la juste vérité même si « toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire » lorsqu’on est contraint au droit de réserve. Cette décision déclencha en interne une vague de soutien sans précédent , surtout à l’égard d’un officier général.

 

Une histoire qui tombe dans l’oubli… ou presque.

Durant deux années le Général Bertrand Soubelet a travaillé sur un livre qu’il intitulera : « Tout ce qu’il ne faut pas dire » Dans ce manuscrit, cet officier raconte :

 « Le 18 décembre 2013, ma vie a basculé. Moi, Bertrand Soubelet, général de corps d’armée, directeur des Opérations et de l’Emploi de la gendarmerie, j’ai été écarté pour avoir dit la vérité : la sécurité dans notre pays n’est pas assurée comme elle le devrait. Que s’est-il passé ? Au Palais-Bourbon, devant les députés, ce jour-là, j’ai expliqué, en toute franchise, les difficultés que rencontre la gendarmerie : six mille emplois supprimés, une procédure trop complexe, une justice sans moyens, des délinquants dans la nature malgré l’engagement des gendarmes et des magistrats, des coupables mieux considérés que les victimes. Pour avoir fait ce constat, le Premier ministre (Jean Marc Ayraut) a demandé ma tête. Je ne peux m’empêcher de penser aux attentats de janvier et au carnage de novembre 2015. C’est le résultat de plus de trente ans de mollesse dans la lutte contre l’insécurité. Des pressions ont été exercées sur moi pour me faire quitter la gendarmerie qui a été ma vie pendant trente-cinq ans. Désormais personne ne peut m’opposer un pseudo devoir de réserve. D’où ce livre. Mon diagnostic est simple : la sécurité est l’affaire de tous. Il est temps de réagir, grand temps. Il y a urgence. Notre société est en danger. Jamais le danger n’a été aussi menaçant. Je ne fais pas de polémique, je ne roule pas pour un parti politique. Simplement, j’alerte parce que j’aime mon pays. »

Des précisions , mon Général ?

« Le 24 mars prochain sera publié chez Plon un livre qui, à la lumière de mon expérience et des responsabilités que j’ai exercées au sein de la gendarmerie, dresse un constat sur l’état dans lequel se trouve notre pays avec quelques clefs de lecture et des pistes de réflexion.

Ce bilan ne se limite pas à la sécurité et à la justice et concerne plus généralement le fonctionnement de notre société et de nos institutions.

L’objectif de cet ouvrage est, dans le même esprit que celui qui m’animait lors de mon intervention devant les députés à l’Assemblée Nationale en décembre 2013 de dire les choses telles qu’elles sont et de sortir de la duplicité dans laquelle est plongé notre pays depuis bien longtemps.

Le constat est sans concession et probablement les réactions de celles et ceux qui se sentiront concernés provoqueront une certaine agitation. »

Une certaine agitation qui pourrait se solder par des sanctions disciplinaires à l’encontre du Général Soubelet. L’observation du soutien dont il bénéficiera en interne sera un facteur déterminant. Selon nos sources, les pré-commandes sont un vrai succès sur internet et place le livre dans les best-sellers à venir.

Audition filmée à la commission de l’assemblée nationale : Le film