Le chantage à peine voilé des 45 médecins libéraux du Volvestre.

 

« Sachez que sans réponse ni aide de votre part avant le 20 décembre 2015, il n’y aura plus de permanence de soins les soirs et les week-end à compter du premier février 2016 » C’est par ces mots que le collectif des médecins généralistes du Volvestre ( CROPSAV : Comité de Réflexion et d’ Organisation de la Permanence des Soins Ambulatoires du Volvestre) a conclu la lettre adressée aux 72 collectivités que composent le Volvestre et ses voisins immédiat.

Pour pouvoir continuer, ces médecins généralistes libéraux exigent que ce soit l’argent public qui finance la plus grande partie des frais occasionnés par le fonctionnement de cette maison médicale de Peyssies puisque que les seuls 70 euros de cotisation annuelle de chaque médecin n’y suffisent pas. Il n’est d’ailleurs pas mentionné dans les comptes fournis combien cette garde rapporte à chaque praticien par an !

Alors avec une logique qui n’appartient qu’à eux, ces 45 médecins demandent que chaque commune ou collectivité territoriale verse une participation de 0,20 centimes d’euros par habitant ! C’est donc le citoyen qui doit payer pour que les médecins puissent bénéficier de davantage de temps de repos et de week-end de libre et puissent assurer leur garde à tour de rôle (45 médecins pour 52 semaines). Ce citoyen lambda, également patient potentiel, en appréciera la justesse.

Rappelons que cette structure de soins accueille les patients en dehors des horaires d’ouverture des cabinets médicaux depuis trois ans (les soirs de semaines de 20h à minuit ainsi que les week-ends du samedi midi au dimanche minuit). Après minuit bien sur, l’offre de soin disparaît

Dans cette lettre , il est également précisé : « Notre volonté est intacte, notre motivation aussi, mais nous ne pouvons pas assumer seuls plus longtemps la totalité de ce service rendu au public » Ce n’est donc pas des praticiens qui s’organisent pour alléger leurs astreintes mais bien des auxiliaires de l’Etat qui s’inscrivent dans une démarche de service public. Il était effectivement important que la chose soit précisée dans le cadre de la relation médecin-patient.

Une médecine libérale qui a bien changé

On est bien loin du médecin de campagne qui s’occupait de ses patients et sillonnait les routes de jour comme de nuit pour soulager et guérir. Pourtant même de nos jours le futur médecin prononce toujours ces mots lors de la prestation de serment : « Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. »

Au fil du temps et les nouvelles générations arrivant, on s’est regroupé pour partager les gardes dans un secteur géographique restreint qui était généralement le canton. On partageait cela entre 3 ou 4 médecins et le service rendu était très satisfaisant. Et puis ce ne fut pas suffisant, les astreintes de ce métier pourtant connues à l’avance semblaient insupportables à ces praticiens d’un nouveau genre. Une médecine libérale pour une fonctionnarisation des horaires pourrait-on dire à l’excès mais c’est pourtant l’avis général des patients. Il ne fait pas bon vivre en territoire rural si l’on veut bien être secouru la nuit ou le week end. Sois dit en passant, la maison médicale de garde de Peyssies, c’est un médecin pour environ 45 000 habitants ! Attention aux encombrements et à la distance de déplacement et vous n’êtes là qu’à moitié de votre peine. Parfois la pharmacie de garde qui vous dira qu’elle assure aussi « un service public », c’est 50 kilomètres de plus ! C’est vrai les voyages forment la jeunesse… mais en bonne santé !

L’offre de soins reste bien plus aisée entre 9 heures et 20 heures même si nombre de médecins ne veulent plus s’installer « chez les bouseux » et qu’il est maintenant nécessaire de faire appel à des médecins d’origine étrangère qui voit là une belle opportunité. On pille allégrement dans des pays qui auraient pourtant besoin de garder leurs élites mais tout le monde s’en moque.

C’est l’évolution qui reste intouchable à cause du sacro saint libéralisme de la profession et de gouvernements successifs qui ne veulent légiférer pour contraindre à une installation géographique définie à l’avance par un système d’amphi par exemple. Les lobbyings sont forts et la situation n’est pas prête de s’arranger.

Des gardes libérales financées par l’impôt !

Alors on demande à la collectivité et à l’argent public de se substituer pour ce qui est désormais présenté « comme un service rendu au public » Les gardes dues à un médecin envers son patient n’est plus de l’ordre du rapport entre ce praticien et ce malade, il est considéré comme un service public. On demande donc à l’impôt d’entretenir la maison de garde sinon on ferme et ce sera tant pis pour vous.

Faute d’accord sur ce qui peut être ressenti comme un chantage qui ne porterait pas son nom, la maison médicale de garde de Peyssies fermera ses portes au premier février 2016. Je suis convaincu que chacun des 45 praticiens expliquera avec beaucoup de pédagogie à leurs propres patients que tout ceci est de la seule faute des collectivités qui n’ont rien compris en ne versant pas ses 0,20 euros par habitants. Il se dit même que d’autres métiers pourraient demander de telles participations pour rester en zone rurale et ainsi participer à l’équilibre des territoires.

Des praticiens qui refusent le tiers payant pour revendiquer leur libéralité et pour ne pas devenir des agents de l’Etat mais qui se retourne vers les collectivités territoriales pour rendre un service public, Hippocrate doit en perdre son latin.