Rencontre Occitane au Sommet ! De La Pique au Danube

Le jeune Autrichien Alexander Sigmund était venu à Luchon en septembre 2012. Il eut l’occasion de rencontrer Mathieu Barès. Quelques années plus tard, en 2017, il put assister aux concerts de « Arredalh » groupe que composent Mathieu et Wilfried ABO lors de concerts à Jurvielle et Baren avant d’assister à la Hèsta de la lengua a Vielha avec Nadau, fin Juillet comme tous les ans.

Il y a quelques jours, Alexander a tenu à partager un repas avec ses amis « Chez Justau » où Chantal, nous dit-il « où par ces chaleurs, pas de garbure, mais Chantal nous a régalés d’autres mets tout aussi délicieux. »

Si Alexander a appris l’occitan languedocien, il était ravi que Mathieu (qui parle très bien le languedocien) s’exprime dans « son » occitan gascon toujours entendu à la maison.

Chargé des cours d’occitan à l’Institut de langues romanes de l’université de Vienne à la rentrée, Alexander était heureux d’apprendre de Mathieu le détail de la formation des maîtres d’occitan à la fac de Toulouse. Mais l’essentiel de leur échange s’est focalisé sur les différences entre le languedocien et le gascon, même si, de manière générale, il vaut mieux s’attacher aux ressemblances plutôt qu’aux différences, à ce qui réunit plutôt qu’à ce qui pourrait séparer. Preuve de cette tolérance, une des valeurs essentielles de la culture occitane : à la fac, les cours étaient donnés en languedocien mais Mathieu a toujours rendu ses copies en gascon et l’acceptation de l’usage d’un dialecte différent n’a posé aucun problème.

Languedocien, Gascon… 

« Je ne connais que les grandes règles de base, les articles, eth au lieu de lo, era au lieu de la, la suppression du « n » intervocalique «  ua lua » , les finales -el  en eth , castel, casteth , le f languedocien qui devient h… femna > hemna… Hilh de puta ! Bien sûr !, le verbe far > her … Que ha calor … Quand on me parle, j’arrive à déchiffrer.

Déjà, en languedocien, j’utilise la prononciation orientale, la prononciation dite standardisée parce qu’elle est proche de l’italien, une langue que je connais depuis l’enfance en raison de mes vacances régulières en Italie. Je fais sonner le [ j] dans « bonjorn » et pas [ ts] comme dans le Quercy par exemple. J’ai passé une année comme assistant d’allemand dans un lycée à Toulouse et un collège à Cugnaux. (La) Garonne étant la marque séparative entre languedocien et gascon, il faut savoir parler gascon sur la rive gauche, à Saint Cyprien, Sant Cibran [ sant cibra ] et languedocien sur la rive droite, place du capitole ! 

En entendant Alexander Sigmund expliquer que si Vienne est un espace linguistique unique s’intéressant beaucoup aux minorités, on parle de la culture occitane on ne peut que se désoler qu’en France il y ait une « politique d’obscurantisme linguistique » pour reprendre l’expression d’un linguiste lexicologue gascon Jaume Taupiac.

Pourquoi et comment on apprend l’Occitan à Vienne ? 

« Les Autrichiens sont attirés par l’Occitan qui est une option facile, explique le futur professeur et parce qu’ils sont intéressés par la langue et la culture occitane. Il y a toujours un séminaire sur la culture occitane au premier trimestre. Il sera animé cette année, avant son départ à la retraite, par l’Allemand Peter Cichon, qui débuta à Vienne comme assistant de l’expert Kremnitz après avoir fait ses armes à la fac de Toulouse et surtout sur le terrain : dans des fermes de l’Aveyron, de Haute Garonne et en Tarn et Garonne. Avec le frère occitaniste d’un des paysans, Peter Cichon a créé l’association Autriche et Pays d’oc ( 06 71 00 29 25 ) qui permet à des familles d’accueillir depuis 30 ans des étudiant(e)s autrichien(ne)s. ( y compris ceux qui ne sont pas apprenants en occitan.) En échange de l’accueil, ils peuvent faire progresser les enfants de la famille en allemand et en anglais.

Comment Alex conçoit-il l’apprentissage de l’occitan à Vienne ?

Parallèlement au séminaire viennois annuel dont l’objectif, selon la prof provençale qui l’anime est de « dégager la personnalité de l’Occitanie qui est une aire culturelle majeure de l’Europe », Alexander Sigmund envisage « d’enseigner la grammaire à dose homéopathique mais surtout de faire une approche pragmatique afin d’enseigner l’occitan en tant que langue vivante de communication. » Il y a une trentaine d’années qu’on enseigne l’occitan à Vienne.

De très nombreux chercheurs s’intéressent à cette langue qui est enseigné dans de nombreux pays, en cours ponctuels mais pas suivis comme à Vienne dont l’Institut de langues romanes se démarque.

« Les cours de catalans sont très fréquentés parce que Barcelone attire du monde. Il faudrait que l’Occitanie développe une politique très attractive qui impliquerait le développement de l’occitan à Vienne ( et que la ligne aérienne Toulouse-Vienne soit rétablie ). Je ne veux pas laisser crever cette langue, je veux lui donner un aspect moderne. Je ne m’intéresse pas aux langues mortes. C’est le côté communicatif, fonctionnel qui m’intéresse. Je ne fais pas un rejet systématique de l’occitan médiéval que j’utilise pour montrer l’évolution mais c’est le temps qui me manque et m’oblige à choisir l’occitan moderne, celui qui est parlé depuis le XIX° siècle et que les gens me parlent lors de mes séjours en Occitanie. En Tarn et Garonne, dans le Lot, en Aveyron, je me familiarise avec le languedocien mais avec des accents différents. Je me souviens, d’une rencontre géniale en montant au lac d’Oô avec un couple dont le mari était rouergat et l’épouse de Lozère. Ici, à Luchon, je découvre le gascon, avec Alain PALACIN, le pisciculteur sur le marché, avec Mathieu et Wilfrid bien sûr. Il faudra que je revienne pour une soirée cantera à la brasserie de Montauban de Luchon (où la bière est délicieuse !) car, j’aime beaucoup chanter. ** L’occitan, c’est mon violon d’Ingres, pour faire référence à Montauban (sourire) et je gagne mon pain en enseignant l’allemand et le français. »

Premier cours d’occitan d’Alexander Sigmund à l’université de Vienne, 1h30 par semaine, le 7 octobre. C’est un lundi, comme nos ateliers Luchonnais pour adultes avec Emilie Roemer. Nous penserons à lui !

Association Autriche et Pays d’oc ( 06 71 00 29 25 )

Initiation au Gascon les Lundis à Luchon (06 17 01 42 26) 

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