La crise des énergies qui frappe l’ensemble des secteurs d’activité en raison du contexte international, n’épargne pas l’agriculture, loin de là. Avec la hausse du gaz et du carburant non routier à laquelle s’ajoute celle des engrais, de nombreuses exploitations agricoles se retrouvent dans une une situation financière préoccupante, qui peut mettre en cause leur survie.
La Ministre de l’agriculture Annie Genevard vient d’annoncer des mesures de soutien : gel des cotisations sociales, report des échéances fiscales, prêts à court terme, accords avec les banques.
Bertrand Loup, coprésident de la Chambre d’Agriculture de la Haute-Garonne et leader avec Jérôme Bayle des Ultras de l’A64, s’insurge devant ces mesures qu’il juge dérisoires.
« Ces hausses drastiques du gazole, du gaz et des engrais, auxquelles on ne peut se préparer et qu’on ne maîtrise pas, s’ajoutent à des charges exponentielles. Et ces dépenses tombent au moment du pic d’activité, avec les semis de printemps nous utilisons nos engins à plein. C’est à nouveau un coup dur pour l’agriculture et les mesures gouvernementales sont tellement dérisoires qu’on se demande si l’on ne se moque pas de nous… Car, chiffres à l’appui, dans le meilleur des cas, nous aurions environ 1 500€ en moins sur un poste carburant augmenté de 15 à 20 000 € ! Nous nous posons la question : sont-ils incompétents, hors sol et déconnectés de ce que l’on vit, ou bien est-ce du cynisme ? »
Quels recours avez-vous ?
« Les Ultras de l’A64 n’ont pas rencontrés Madame Genevard. Nous sommes désabusés et nous nous interrogeons sur son pouvoir d’action, sa volonté et même sa compétence. Les pourparlers avec les syndicats agricoles n’ont rien donné. Quant aux mesures pour les exploitations les plus en difficultés, où se place le curseur ? Une enveloppe de 20 millions d’euros divisée par 300 000 agriculteurs, ça fait 66€ par agriculteur… Et s’ils prennent 10% de démunis c’est 666€, ce n’est pas lourd non plus. »
Quelle serait selon vous la solution adéquate ?
« Le seul vrai coup de pouce serait un prix plafond à 1€ le litre de carburant, avec des fluctuations jugulées. Bien que nous compressions nos charges au maximum, on ne peut pas lutter si en face rien n’est fait pour maîtriser les hausses. »
Qu’en est-il des disparités agricoles régionales ?
« Les secteurs transports et pêche ont été soutenus, mais l’agriculture pas assez. Les mesures sont prises pour favoriser une agriculture à grande échelle, de type nord du bassin parisien. Car ces exploitations ont besoin de moins de carburant à l’hectare et la FNSEA (fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), ne bouge pas beaucoup pour les autres. Ici nous avons des terres difficiles à travailler, consommatrices d’énergie, et l’impact de la hausse des carburant est délétère. On en revient toujours au problème de la représentativité nationale, qui ne tient pas compte de nos disparités. »
Qu’allez-vous faire face à la situation actuelle ?
« Nos gouvernants se moquent de la base, ils ne prennent pas en considération nos besoins et nos souffrances, ils font preuve d’un manque affligeant de responsabilité et de courage. C’est dans la ligne de ce qui s’est amorcé il y une vingtaine d’années, le sabordage de tous les secteurs productifs du pays, et la destruction d’une agriculture à échelle humaine.
Faudra-t-il à nouveau montrer les muscles ? Quel est le bon mode d’action ? Le pacifisme, que nous prônons, n’a pas beaucoup de résultats, la violence est contre-productive et n’est pas dans notre philosophie. Nous restons attentifs à l’évolution de la situation et nous agirons en conséquence dans les jours à venir, avec détermination. »







