Interview – Gérard Roujas : « Le PETR Sud Toulousain, c’est l’ingénierie mutualisée dont nos communes ont besoin »
Après 11 ans à la tête du Pays Sud Toulousain, Gérard Roujas, artisan de sa création, s’apprête à quitter la vie politique après 61 ans d’engagement comme élu de la République. Il revient sur le rôle du PETR, ses résultats… et les défis qui attendent le territoire.
Pourquoi rappeler ce qu’est (et n’est pas) le PETR ?
Le PETR n’est pas une collectivité territoriale. C’est un syndicat mixte, un outil public d’ingénierie, presque un bureau d’études mutualisé. Il rassemble trois communautés de communes – Bassin Auterivain, Cœur de Garonne, Volvestre – soit un territoire d’environ 100 000 habitants. Notre mission : aider les communes et intercommunalités à construire un projet de territoire et à porter des actions qu’elles ne pourraient pas assumer seules, ou beaucoup plus cher.
Concrètement, à quoi sert-il au quotidien ?
Il sert d’abord à mutualiser des compétences et des coûts. On intervient sur des dossiers très techniques : urbanisme (SCoT et instruction des permis de construire via l’ADS), Plan Climat Air Énergie (PCAET), mobilité, culture, santé, transition énergétique. Et il y a un service devenu central : France Rénov’, qui conseille les habitants sur la rénovation énergétique et l’adaptation des logements. Aujourd’hui, ce rendez-vous est même un passage obligé pour sécuriser des demandes d’aides, notamment MaPrimeRénov’.
Comment le PETR est-il gouverné ?
Les trois intercommunalités désignent 42 délégués, qui élisent un bureau de 12 membres. Et surtout, le PETR fonctionne avec 26 agents spécialisés : c’est là que se trouve la valeur ajoutée, dans l’expertise. On a aussi un Conseil de développement, un espace où des habitants non élus peuvent donner un avis et proposer des idées, dans le champ de nos compétences.
On entend parfois : “ça coûte cher”. Que répondez-vous ?
Le budget est d’environ 1,5 M€, et plus de 70 % sert à payer les 26 agents. Le PETR ne prélève aucun impôt : il est financé par les missions confiées. Par exemple, l’instruction des autorisations d’urbanisme est facturée environ 240 € l’acte, alors que les coûts observés ailleurs sont très souvent bien supérieurs : les communes y gagnent. Sur le SCoT ou le PCAET, la mutualisation évite de multiplier les équipes et les études : sans PETR, chaque interco payerait beaucoup plus.
Au-delà des économies, quels résultats retenez-vous ?
Le PETR a surtout permis de capter des financements. Sur le mandat, on parle de 32,4 M€ d’aides mobilisées pour le territoire, dont une part majeure liée à la rénovation énergétique accompagnée par France Rénov’, mais aussi Leader, FEDER, mobilité, culture… C’est concret : ce sont des projets qui sortent, des investissements déclenchés, et des habitants accompagnés.
Quels sont les risques pour la suite ?
Le problème, c’est la fragilité des financements : baisse annoncée de certaines aides dès 2026 (Europe, Région, Département) et surtout des retards de versement qui mettent la trésorerie sous tension. Pour continuer toutes les actions, il faudra que les 3 communautés de communes et les 99 communes se prononcent sur un financement consolidé. L’enjeu est simple : garantir la continuité d’un outil devenu indispensable.
En quittant ce dernier mandat de président du PETR, quel message laissez-vous ?
C’est d’abord beaucoup d’émotions et de souvenirs d’une vie politique riche. Pour répondre à votre question, le PETR est un outil de bon sens : quand on mutualise, on se donne les moyens d’agir. Le Pays Sud Toulousain n’a d’intérêt que s’il reste au service des communes et des habitants, avec du concret, de la rigueur et une vision commune.






