«Je vais en prison? Dès ce soir?» lâche spontanément le jeune homme de 20 ans, sous escorte dans le box des prévenus, ce mardi 9 novembre 2021. Sous l’effet de la surprise, il écarquille les yeux, incrédule, en s’adressant à la présidente du tribunal qui vient d’énoncer le verdict et de délivrer un mandat de dépôt à son encontre. Il aurait cependant dû s’y attendre, mais il ne voulait sans doute pas y croire…

Il comparait pour avoir exercé des violences le 10 octobre 2021 à l’encontre de sa compagne (3 jours d’incapacité temporaire totale –ITT-),  puis le 25 octobre sur son ex compagne (3 jours d’ITT), puis sur un voisin qui a voulu s’interposer (1 jour d’ITT), et sur un gendarme appelé pour intervenir. Il avait déjà été condamné en 2020 (5 mois d’emprisonnement avec sursis) pour des faits de même nature.

Le prévenu comparait en l’absence des victimes: sa compagne, son ex-compagne, et le voisin de cette dernière. Le gendarme quant à lui fait partie de l’escorte qui l’accompagne, à ses côtés dans le box.

Une soirée de violences

La soirée du lundi 25 octobre avait été particulièrement violente. Sous l’effet d’un anxiolytique (aux effets secondaires susceptibles de générer agressivité, confusion des idées et même hallucinations) dont il avait ingurgité une quantité excessive, quasi suicidaire (25 cachets), son comportement avait inquiété sa compagne, déjà violentée 15 jours auparavant.

Celle-ci, ayant contacté l’ex compagne de son compagnon, se rend au domicile de cette dernière avec lui. Estimant le prévenu «incontrôlable, assez impulsif», l’ex compagne décide de faire appel à un voisin. Le prévenu quitte alors l’appartement de son ex-amie, mais reste à l’affût pour revenir une fois que le voisin s’en est allé.

Il revient, s’en prend alors à son ex-compagne: claques, coups de poings, coups de pieds, tirage de cheveux. La compagne va de nouveau chercher le voisin qui rapplique. Il constate que le prévenu exerce des violences sur son ex-amie, en pleurs. Le voisin donne un coup de tête à l’énergumène qui lui assène un coup de pelle.

Le voisin finit par rentrer chez lui, et les deux femmes s’enferment dans la maison. A l’extérieur, le prévenu  fait du grabuge pour rentrer (jusqu’à monter sur le toit). Les 2 femmes finissent par lui ouvrir. Le prévenu assène d’autres coups à son ex-amie avant de finir par se calmer et de donner le signal du départ à sa compagne: «on y va!».

La compagne avait confié au voisin avoir été tabassée quelques jours avant, le 10 octobre: «Il s’en est pris à moi sans motif valable, j’ai reçu des coups de pied, des coups de poing, des claques, j’ai eu un doigt cassé».

Des violences dont le médecin légiste a constaté les impacts sur les victimes

Le médecin légiste a constaté de nombreuses traces de coups sur le corps des deux femmes: lèvres tuméfiées, ecchymoses sur tous les membres, douleurs cervicales pour l’une, côte cassée pour l’autre. Le voisin a une plaie au cou, une griffure à la paupière, des plaies superficielles sur un membre supérieur, il souffre aussi d’une baisse de l’acuité visuelle. Et il s’en veut d’avoir fui…

Cette violence, le prévenu peut aussi la retourner contre lui. D’ailleurs, il a été hospitalisé pour avoir tenté de se blesser à l’avant bras avec un stylo, lors de l’enquête…

Des violences dont le prévenu ne se rappelle que par bribes

Les  violences du 10 octobre à l’encontre de sa compagne, il s’en souvient : «je m’en rappelle très bien, elle a continué à ma casser les c……. parce que je voulais fumer un joint, les cris ont duré longtemps, les coups non».

En revanche, concernant la soirée du 25 octobre, il déclare ne se souvenir de rien, sauf de quelques bribes «je me rappelle avoir été sur le toit Ce n’est pas dans ma culture de frapper une femme (natif de Macédoine, il est arrivé en France il y a trois ans, à l’âge de 17 ans). Je viens d’apprendre aujourd’hui ce que j’ai fait. Je n’étais pas dans mon état normal». La présidente : «que vous ne soyez pas dans votre état normal le 25 octobre, c’est une chose (prise de 25 cachets d’anxiolytique), mais 10 jours avant quand vous avez frappé votre compagne? Le 10 octobre rien ne dit que vous étiez alors dans un état similaire au 25, mais vous avez frappé…».

La vaine quête de garanties pour le futur  recherchées par la présidente

Les faits établis, même si le prévenu ne les assume que partiellement, la présidente se tourne vers l’avenir: «Quelle serait selon vous la sanction la plus adaptée pour éviter le renouvellement de ces faits ? Comment s’assurer, alors qu’elle (sa compagne) veut continuer à vivre avec vous, que vous n’allez pas recommencer?». En effet, sa compagne a déclaré lors de l’instruction : «j’ai de l’amour et de la tendresse pour lui; je souhaite le remettre sur de bons rails». Le prévenu: «ça ne va pas recommencer, je ne vais plus la toucher, ça c’est sûr!»; la présidente: «on a l’habitude de promesses comme cela, c’est déjà bien…mais je voudrais que vous arriviez à nous convaincre…».

Elle continue d’interpeller le jeune homme et semble vouloir l’éveiller à une prise de conscience, rédemptrice pour lui, salvatrice pour ses compagnes: «Vous aimez votre compagne, vous lui avez promis de ne pas recommencer, vous devez beaucoup à ces 2 femmes. Pour autant, vous avez commis des faits de violence sur elles… Qu’est-ce qui pourrait-nous assurer qu’il n’y aura plus de violence envers votre compagne?». Le prévenu: «parce que je veux aussi rester avec elle».

Le prévenu joue le jeu de la sincérité: «comment expliquer quelque chose que je regrette?». La présidente relance encore: «quel regard portez-vous sur ce que vous avez commis?». Il répond sans détour: «il y a des fois où je ne peux pas me contrôler».  Il ajoute: «Il y avait tout le temps des violences dans ma famille. J’ai essayé de faire des efforts». Dans sa famille et dans son pays d’origine, le jeune macédonien (qui a fait une demande d’asile en France) semble avoir vécu un enfer de violences qu’il a reproduit et fait subir à ses compagnes commingeoises auxquelles il continue de s’accrocher comme à une bouée de secours…

La présidente insiste: «si vous n’arrivez pas à vous retenir, quand vous êtes énervé, qu’est-ce qu’on fait ? Que faites- vous si votre compagne vous énerve?» ; «je sortirai, j’irai faire du sport. A l’hôpital, on m’a donné des idées».

En l’absence de garanties pour l’avenir, le procureur demande l’application de la loi pénale

Le procureur a aussi entendu les regrets du prévenu, ses excuses au gendarme présent à ses côtés dans le box et qu’il a maltraité lors de son interpellation. Mais le constat d’un continuum de violences, notamment à l’encontre de 2 femmes, conduit  le procureur à reposer la question insoluble dans l’instant: «quelles garanties avons-nous?». Il observe une absence de certitude génératrice «d’inquiétudes quant à la réitération de mêmes faits».

En conséquence, il demande «la stricte application de la loi pénale», 12 mois d’emprisonnement dont 4 mois assortis d’un sursis probatoire, une obligation de soins, ainsi que la révocation d’un sursis accordé en 2020 lors d’une précédente audience pénale. Il demande aussi la délivrance d’un mandat de dépôt «en raison du risque de réitération extrêmement fort».

Le verdict du tribunal

Le tribunal a reconnu le prévenu coupable des faits reprochés, et l’a condamné à 12 mois de prison dont 6 assortis d’un sursis probatoire, suivis de 24 mois de sursis probatoire, avec une obligation de soins. Au titre des parties civiles, 200 € ont été alloués au gendarme, les autres parties concernées absentes à l’audience seront convoquées lors d’une audience civile en 2022. La présidente a délivré un mandat de dépôt conduisant à l’incarcération immédiate du prévenu.

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La surprise du prévenu à l’énoncé du verdict semble témoigner d’une absence de clairvoyance quant à la gravité de son comportement. Le questionnement sans concession mais bienveillant de la présidente, la fermeté prudentielle du procureur, l’affection maintenue de ses compagnes qu’il a pourtant brutalisées, les soins qu’il va devoir suivre, contribueront- ils à l’éveil d’une conscience qui semble avoir été percutée par la décision d’emprisonnement? L’expert consulté lors de l’instruction avait conclu à l’absence de pathologie psychiatrique.