Cette année encore, la traditionnelle fête du tir au Papogay de Rieux-Volvestre n’aura pas lieu, en raison de l’état d’urgence sanitaire, qui reste en vigueur sur notre territoire national, jusqu’au 01 juin 2021. Dans tous les cas, les gestes barrières seraient une véritable frontière pour la fraternité qui règne sous les grandes ailes de ce Papogay.

Une crise, lourde de conséquences, qui résonne depuis plus d’un an et qui rend dyspnéique plus de 450 ans d’histoire, d’un peuple, d’un village, d’une culture et bien d’autres activités gravitant autour, comme le commerce local, le tourisme, le patrimoine…

C’est peut-être un détail pour certains, mais pour d’autres personnes, ça veut dire beaucoup. Cet extrait de chanson (d’un autre Berger) est devenu une rengaine, puisque depuis mai 2019, Rius ne vit plus au rythme du Tantiro. Comme dirait Didier Cujives (Président du tourisme de la Haute-Garonne) dans sa réponse mail, suite à l’annulation, cette année encore, des fêtes du Papogay : ‟Courage les amis, tenez bon”.

Rares sont les messages de soutien que nous réceptionnons, pourtant le Papogay permet beaucoup de choses et touche un grand nombre de personnes, uniquement sur un week-end de 3 jours. Ainsi va cette crise sanitaire mondiale et la boursoufflure de l’égocentrisme qu’elle développe, au détriment du bien-être collectif… un contre-courant à notre philosophie bicolore jaune et verte, de transmettre et partager en toute fraternité.

Dans ce règne entre l’humain et l’animal, certains rapaces se permettent de sortir leurs serres et tournoyer au-dessus de ce qu’ils pensent être une proie facile. Nos perroquets ne sont pas de petites perruches, n’en déplaisent aux adeptes du genre. Toute la différence entre le combattant et le battant… De même, cette vieille tradition historique, ne l’oublions pas, ne peut se faire étiqueter de groupe organisé d’archers ayant une même doctrine, puisque nous sommes une Compagnie et non une religion… Loin de nos racines guerrières, nous offrons la paix et la joie pendant 3 jours à l’ensemble de nos fidèles, originaires des quatre coins du monde ou de France.

Normalement, à pareille époque, les oiseaux du parc des demoiselles sifflent le Tantiro, les rues de ce beau village fleurissent de jaune et vert, transportant ainsi, le pollen du Papogay jusque dans la cour de l’école, où butinent de jeunes héritiers (garçons et filles) de la tradition. Habituellement, au Centre Pierre Hanzel, les esclops claquent au pied de la Tour Valtan, laissant les pensionnaires s’éventer de la bulle du monde de la ‟jet SEP”. Les Bohas des Montanho, sans souffle, n’offriront pas le grand bol d’air à nos ainés de l’orée.

Depuis mai 2019, seul le clocher de Sainte-Marie domine Rius. Son éternel rival d’un week-end est absent du ciel des Pacans et nos 3 oiseaux, tant adorat, sont cloués au sol ! Loin des yeux, mais pas loin du cœur, pour les fervents défenseurs de leur patrimoine. Soyons optimiste, projetons-nous en 2022, 3 ans plus tard, dans une chronologie presque virtuelle.

Pour lui comme pour elle, les conséquences resteront les mêmes. Le petit Léon, né le 10 janvier 2017, pourra enfin tirer ses premières flèches à la cible, lui qui attend depuis si longtemps jour après jour. Jules, déjà 9 ans, avec pour maigre expérience dans le carquois, se retrouvera au pied du mât cette fois. Théo, dernier Roi des petits en titre sera âgé de 15 ans et ne pourra espérer renouveler son titre dans sa catégorie. Il en sera de même pour Paul, Roi des moyens 2019, qui sera âgé de 19 ans. Pierro, né le 01 février 2002, pourra enfin être intronisé, et rivaliser avec ses aînés. Comme eux, il aura perdu trois ans dans la vie d’una Raça Pacana. Samuel fera ses premiers pas d’archer et découvrira une nouvelle terre de culture après des mois de jachère. Margot devra se souvenir pendant une fraction de seconde, des notes du Tantiro et retrouver le souffle que ce virus lui aura emprunté. Charline rechaussera ses sabots d’Arquièrots remplis d’impatience. Amaïa ne portera jamais ce costume, retouché par les mains de fées, car sa croissance ne s’est pas arrêtée pendant ce temps. Jérôme, transformera le vin de la sérénade en vinaigre, car même dans les tonneaux, pendant cette période de latence, les breuvages ont tourné en rond.

Ainsi, vont les aiguilles du temps, alors que nos vies sont restées en suspens pendant cette période. Malheureusement, la dame à la faux continue son travail, même à distance, et emporte avec elle de grands noms, qui n’auront pas les hommages que nous leur devons. Ainsi, Roland (et ‟maminou”) ne décoreront plus les arcs de la famille, avec le lilas de Chantemesse. Marcelle ne nous préparera plus ses magnifiques bouquets de pivoines rouges, symboles de l’amour du terroir.

Tristement habitué aux attestations, nous avons été contraints de mettre une croix dans les cases, patience et sagesse, pour préserver la santé de tous et ne pas finir sponsor officiel de ce Covid. Qu’ei la vita e qu’ei atau !

Il nous reste la mémoire et les souvenirs, laissons-les vivre et ressurgir quelques heures et inondons les réseaux, de cette belle tradition. Décorons, animons, illuminons les rues, les vitrines et autres de notre village, juste un week-end, juste le 1er dimanche de mai.

Adishatz monde e la companhia.

Avec la complicité de Frantz Milhorat scribe désigné par les archers olé olé braves gens !