A Barbazan, les idées nées dans la grange seront-elles précipitées dans le lac ? Les mesures gouvernementales sensées gérer la crise sanitaire suscitent quelques difficultés chez les petits commerçants.

Dans la grange de son arrière grand-mère Eugénie, Géraldine Dutheil  a posé à Barbazan le cœur de la société qu’elle a créée : la Boussole. Avec ses amis associés, elle propose un café épicerie, une vente de produits locaux, des samedis musicaux, des séjours, des ateliers, un espace de travail partagé, un lieu de réflexion pour se ressourcer, le zéro déchet, des formations, des conférences, des rencontres… « Tout ce qui a rapport à l’écologie, résume-t-elle. Tout ce qui contribue à la qualité de la vie, du travail, au bien être des gens… ». Native de la commune, Géraldine est toujours restée attachée à ses valeurs, à son patrimoine et, lorsque sa mère est décédée il y a deux ans, la jeune femme a décidé de plaquer l’excellente situation qu’elle avait en ville pour réinvestir la maison familiale, celle de ses ancêtres, pour y préserver la vie et y exploiter ses idées. Être engagé, profondément amoureuse de la nature, la dame est une défenseuse acharnée des droits de l’homme, de la femme, des enfants. Le bon sens commun prime et elle en est un modèle. Elle entend préserver le monde qu’elle emprunte à ses enfants. Ecologiste engagée, apolitique sur le sujet, elle s’insurge sans équivoque lorsque la nature est bafouée, lorsque les hommes tombent dans leurs sempiternels travers, lorsque des femmes ou des enfants sont maltraités. Elle dénonce, elle crie, elle lutte.

Aujourd’hui, la crise sanitaire ruine ses projets. Le confinement annihile toutes ses bonnes idées, réduit l’initiative à peine éclose, laisse l’actrice pantoise. Seule l’épicerie reste ouverte, morne au milieu d’un village éteint. « Tout est annulé, déplore-t-elle, les samedis musicaux, le festival du climat prévu les 7 et 8 novembre. Les formations, les ateliers prévus sont désormais interdits. A la grange, les gens peuvent juste venir faire leurs courses et repartir. Peu de gens savent que l’épicerie reste ouverte. Il n’y a guère plus de chiffres d’affaires à faire… Via internet, drive et livraisons à domicile restent possibles. Je garde plein de projets en tête, … »

Géraldine est une battante. Elle garde ce pétillant dans l’éclat de ses yeux, sa franchise et une voix délicieusement rauque pour dire sans détours ce qu’elle a à dire, à clamer, à défendre, à proposer. On peine à penser que l’interdiction faite de telles initiatives mène son entreprise à l’échafaud. Alors, on croise les doigts et, à contre courant, on lutte avec elle pour préserver les idées dans la grange.