Notre Dame de Lorette en résonance occitane, séfarade et andalouse.

Cette soirée du 9 septembre est inscrite dans le cadre du 15ème Festival « Les Troubadours chantent l’art roman en Occitanie ». Il se déroule du 19 juillet au 8 novembre 2020.

Nous avons été emportés ce soir là dans cette intemporalité du lieu dans un entrelacement de chants de troubadours et arabo-andalous, suivis d’autres chants et de musiques séfarades, chants de la terre aux trois noms et des trois religions du Livre : Espagne, Séfarade et Al Andalous.

C’est avec un éclat vocal hors du commun que le duo Soror  a entamé le concert, avec Abdel Bouzbida (chant, violon, rebab et ud) et Clément Gauthier (chant, ud et rebab). Par le choix du répertoire exposé avec une rare justesse, nous avons revécu dans cet instant la sublimation poétique des troubadours, de ces temps d’avant l’obscurité de l’Inquisition, de ces moments où les musiques semblables se partageaient entre musiciens chrétiens, juifs et arabes, dans les cours entre Toulouse et Saragosse, de l’Occitanie à la Sicile à l’Andalousie. Étrange projection dans des temps à certains égards semblables à nos journées masquées! Avec tout juste trois mois d’histoire ce duo nous laisse espérer d’autres explorations magnifiques. Si le chant arabo-andalou est connu pour la forme élégamment ciselée de son phrasé, notamment dans ses improvisations, rares sont les interprètes des troubadours qui savent dérouler le chant à ce même niveau de l’articulation du texte et la respiration mélodique. La fusion opère ici dans la magnificence au songe du Soleil Levant.

Après l’entracte, l’intemporalité semblait plus proche avec l’ensemble Maayan, tel les croquis de Delacroix au 19ème siècle, avec le chant séfarade. Nous avons été transportés dans ces images du Maroc d’avant le consumérisme du voyage, intact de la blessure de l’ostentatoire mercantile touristique. Naïma Chemoul évoque avec élégance, tant dans le geste que par le chant ce Maroc de son enfance. L’articulation des mélodies résonne en ladino, le castillan ancien emporté dans la diaspora juive autour de la Méditerranée. Dans notre contemporanéité d’orphelins de la mémoire, Naïma est dans une belle transmission de cette mémoire séfarade. Le chant évoquant les savoir-faire culinaires donne la dimension de cette mémoire de femme, une mémoire autre que celle de la servitude, mais plus malicieusement, plus profondément digne, celle de la responsabilité de la pérennité de la famille, la transmission des valeurs faites de parfums, de couleurs, de liens qui réunissent, nourrissent et unissent.

Les présentations sont sobres et ouvertes comme autant de fenêtres sur ces temps d’il y a peu encore. Les musiciens, Samir Hamouch au kanoun et Bona Akoto aux percussions portent haut le chant de Naïma dans cette lumière méditerranéenne généreuse. L’ensemble est perceptiblement dans la même respiration musicale depuis longtemps déjà.

Notre Dame de Lorette fut avec ces deux concerts telle une oasis, comme nous préservant des temps incertains par la magnificence du chant de la mémoire ce soir là.

Cet ancien hôpital fut sauvé de la ruine par Christophe Ferry en 1985. Grâce au soin de la restauration, notamment dans l’ancienne salle des malades aujourd’hui lieu de concert, avec ses magnifiques plafonds à la française. Ce lieu a depuis vocation à accueillir l’expression culturelle intemporelle, celle qui semble échapper aux courants fugaces de la fuite du temps. Ce fut ce mercredi 9 septembre une fois encore un moment d’exception.

Trob’Art Productions 09 72 95 90 46 – 06 08 33 56 44

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