Marché d’Aspet 2 mai 2020 – Reportage

Au premier regard, il y a dans l’air un esprit joyeux de retrouvailles. On identifie rapidement les propositions, une rôtisserie, des marchands de plans, de légumes, de fromages, une charcuterie, un fleuriste et le producteur de légumes et la boulangerie bios, un ensemble de produits de première nécessité du corps et de l’esprit avec les fleurs. Il ressort dans les échanges une volonté très forte de faire vivre la production de proximité, avec un sentiment réel d’inquiétude de la voir menacée qui plus est dans le contexte de crise que nous traversons. Nous retrouvons ce jour de marché un peu de cette âme singulière qui caractérise la cité d’Aspet, malgré encore pour un temps l’absence de l’intelligence conviviale de ses trois terrasses de café.

Ce qu’ils en disent !

Monsieur Louis Barés Maire adjoint, présent avec les employés municipaux

« Pour la réouverture du marché, nous avons suivi les recommandations préfectorales, le respect des distances minimum de sécurité, le sens de circulation entrée et sortie. Pour le choix des exposants, la Préfecture a autorisé dix étals. Hors il y avait vingt candidatures. Nous avons divisé par deux. Ceux qui sont ici aujourd’hui ne seront pas là samedi prochain. Nous avons fait un tirage au sort, la façon la plus équitable pour l’attribution des places. Pour le risque de doublon, les producteurs ont été appelés individuellement. Une deuxième liste a été faite justement pour dispatcher les offres de production, légumes, etc. Les premiers temps, j’étais en première ligne et ce ne fut pas facile, d’autant que nous avions des informations inquiétantes, qui se sont confirmée avec un décès à Izault. Au début les gens n’étaient pas informés comme ils le sont maintenant. On peut observer qu’ils respectent bien les distances. L’argument est valable au constat qu’il y a moins de risque en marché de plein vent qu’en grande surface. Mais nous avons voulu prendre le moins de risque dans l’urgence de la situation. ».

Madame Patricia Ford

Bien que présente à Aspet seulement depuis 2017, Patricia a créé un gîte très actif tout au long de l’année. Elle s’est particulièrement bien intégrée en participant aux activités culturelles du SouechKfé, mais aussi en organisant dans la sphère privée des rencontres culturelles autour du conte et de la musique avec un sens de l’accueil particulièrement chaleureux.

« Ça fait longtemps que j’attends que le marché soit rouvert. Nous nous sentons mieux en sécurité que dans les grandes surfaces, avec le sens unique de circulation. Les gens ne touchent pas aux légumes, et en plus nous soutenons nos producteurs locaux. C’est très important en ce moment et beaucoup plus juste. Il y a une bonne maitrise de la gestion de circulation, comme à Arbas. C’est très bien organisé, réfléchi. Ça anime la vie car après tous ces jours d’enfermement ça fait du bien. Mon activité d’accueil s’est arrêtée brusquement et j’ai consacré mon temps au bricolage, aux réparations d’entretien, peinture, couture, mais aussi beaucoup de lecture. Voilà deux mois que je ne reçois personne à la maison, et toutes mes réservations d’été annulées. Ça fait mal,… silence ! Le seul contact que j’ai avec les institutions c’est avec la Chambre de Métiers, mais ils ignorent quand les bars, les hôtels, les restaurants et les chambres d’hôtes seront ouverts. Nous sommes dans l’attente. ».

Étal de la rôtisserie La Ronde des poulets

C’est le premier stand animé par deux vendeuses avec des sourires bien perceptibles derrière les masques. Les échanges avec les clients témoignent d’une forme d’allégresse, le plaisir évident du retour à la convivialité.

« Nous avons repris Martres Tolosane depuis quinze jours, et depuis trois semaines, nous avons repris Saint-Martory le vendredi et le dimanche. Pendant un mois, je suis restée à la maison, confinement oblige. Je ne voulais pas prendre de risques pour ma famille comme pour les gens extérieurs.  Je me fournis avec un producteur de l’Ariège au Carla-Bayle. Depuis que je suis en activité, je travaille avec eux. Il me livre directement à la maison. Je suis allé le voir une fois sur son exploitation, et depuis, je suis essentiellement en contact téléphonique et au moment des livraisons. ».

Etal de plans de légumes

Un petit producteur local de plans et de légumes d’Aspret Sarrat.Il est positionné à côté d’un autre producteur de plans.

« Nous sommes voisins de stand, mais pas vraiment concurrentiels. Il est plus précisément orienté sur les plans alors que je le suis plus sur les légumes. Je ne fais que le marché dAspet qui est ma seule vitrine. Avec le confinement, j’ai dû m’organiser. J’ai fait la vente à la ferme.

Je reprend le marché une semaine sur deux. J’ai bien sûr été impacté sur mes ventes. J’estime ma perte de revenu au quart de mes rentrées habituelles. ».

 Josiane Sucret – Retraitée

« Depuis le confinement, c’est le premier marché que je fais. Je suis vraiment heureuse qu’il soit rouvert. Il n’y a pas tous les commerces. Ça fait plaisir de retrouver toutes les têtes que nous voilions d’habitude. C’est tellement important pour la sociabilité. Depuis le confinement, je me fournissais les œufs chez un volailler, et les légumes à Aspret Sarrat chez un producteur. A plusieurs, nous aidions à l’organisation des distances, le stationnement. Nous regroupions nos commandes pour éviter le kilométrage. Je faisais les courses une fois par semaine et ça me ravivait le cœur de revoir du monde. Je privilégiais mes courses chez les producteurs locaux parce que c’est plus évident de faire vivre ces personnes là que les grandes surfaces. Y a pas photo ! Je suis confiné en famille, mais je trouve que nous avons beaucoup de chance en Comminges comparé à ceux qui vivent en appartement. Normalement, je suis un atelier de peinture avec un professeur excellent et ça manque terriblement. La vie associative, les loisirs me manquent énormément. J’aperçois des élèves du cours et je vais les rejoindre. ».

Étal Les Fromagers du Mont Royal de Dominique Bouchait

« Nous n’avons pas cessé complètement l’activité car certains marchés ne ce sont pas du tout arrêtés. A Loures Barousse, nous y sommes allés toutes les semaines, ainsi qu’à Seyssan dans le Gers. La plupart des marchés ont été annulés et ça nous a impacté lourdement. Dans l’ensemble les marchés ont repris cette semaine ou vont rependre les semaines qui viennent. ».

Geneviève Lavergne secrétaire médicale

« Ces deux mois, je passais commande chez des jardiniers, des fermiers. D’ordinaire, je ne me fournis pas dans les grandes surfaces. D’une part, je boycotte les grandes surfaces. J’ai une vraie phobie des grandes surfaces. Je pense qu’il faut faire vivre les petits commerces et les producteurs locaux. Si non quand je vais à l’épicerie locale, celle de Chein-Dessus, d’Arbas. Cela signifie que je limite mes besoins. Ca m’évite d’acheter le superflu. Je pense que la situation va engendrer des changements de comportement, temporairement, mais ils vont reprendre leurs habitudes de consommation. Quelques personnes auront pris conscience. Ce que je n’aime pas, c’est que l’on essaie de me faire acheter. Il y a quelques années lorsque j’allais en grandes surfaces, je me retrouvais à acheter des choses dont je n’avais pas besoin. C’est mon point de vue, mais je comprends leur point de vue… sourire. C’est agréable de se faire servir, avoir un contact, un échange. Je n’aime pas le côté déshumanisé, les grands parkings, ça contribue à ma phobie, ça m’insupporte. Je ne vois pas l’intérêt d’acheter des fruits qui viennent d’Argentine ou de l’ail qui vient de l’autre bout du Monde. ».

Le GAEC du Cagire

Arnaud Masse est agriculteur éleveur à Aspet, à Girosp précisément : « J’ai monté mon stand sur mon exploitation. J’ai géré ma clientèle par mails. Je peux estimer ma perte entre  quarante et cinquante pour cent. Il faut savoir que le marché d’Aspet est ma seule vitrine. De plus en plus de clients viennent se servir au marché ou directement chez le producteur. Je reviendrai dans quinze jours. ».

La ferme de Gaudens

Pierre Aray est producteur de lait de chèvre, de fromage et de yaourt, et de viande d’agneaux à Saint-Gaudens. « Je fabrique également de la charcuterie, je produis également des agneaux.

J’ai repris les marchés à Saint-Gaudens. Durant le confinement, j’ai écoulé mes produits directement à la ferme, mais je venais régulièrement livrer à Aspet. Avec un collègue qui est chômeur nous avons mis en place une distribution de paniers de lait. En fait, nous travaillons plus qu’avant. Nous sommes à Saint-Gaudens en bordure de la route et nous voyons venir des gens que l’on n’avait jamais vus avant. Je ne vais jamais en grandes surface car je couvre mes besoins avec ce que je produis et ce que les collègues produisent. Au moins on sait d’où ça vient. ».

Jean-François Granjon, retraité

« Je demeure dans un petit village en hauteur. Je vois couramment mes voisins les plus proches. On parle un peu. Je promène mon chien dans le coin. Je descends sur Aspet régulièrement pour faire des courses muni à chaque fois de mon laisser passer de rigueur. D’ailleurs, je n’ai jamais eut de contrôle. Je vais soit à la grande surface en bas, soit au petit commerce ici, pour la presse, la boulangerie. Depuis que suis arrivé sur le site du marché, j’ai rencontré plus de monde que je n’en avais rencontré depuis un mois et demi, ici et sur la place du village. Avec les commerces, il y a un peu d’activité, la banque. Comme moi, je vois que les gens sont contents de rencontrer du monde. Ici, jusqu’à trente kilomètres nous sommes voisins, on se connait. Il y a le désir de s’approvisionner. C’était un peu compliqué. Quand le marché était fermé, j’allais chez un petit producteur maraîcher. Ça fait des distances, des kilomètres. Il faut considérer dans cet engouement du marché qu’il ne s’agît pas que des courses. C’est un lieu plus convivial que la grande surface en bas. Je pense que les gens recherchent plus la sociabilité que la qualité. Avant pour la qualité c’était un peu plus laborieux mais j’y arrivais quand même. C’est le contact social qui est important au marché. C’est ça qui en fait le succès ce matin, et ça se passe bien, c’est bien ordonné, bien géré. On ne se sent pas oppressé malgré le respect de ces règles. ».

Myriam Kanchine, animatrice seniors aux Senioriales de Salies du Salat.

« Depuis le confinement, c’est la débrouille. Nous avons contacté les producteurs locaux. Nous avons cherché à savoir s’ils allaient bien, comment ils allaient pouvoir écouler leurs stocks. Il s’agît de produits vivants qui peuvent péricliter. Avec les copines, on alternait nos allez e venues chez les producteurs, les unes pour les autres. Dès le début, j’avais écrit un mail sur le site de la mairie d’Aspet en leur disant : « Vous ne pouvez pas faire le choix de la Grande Distribution en fermant le marché. Forcément vous choisissez au détriment des petits producteurs, ce n’est pas possible de faire ce choix là. ». Ils ont mis du temps à changer d’avis, un peu trop, je trouve. Les deux choses les plus importantes au marché, ce sont les produits et la convivialité, le relationnel avec les producteurs, retrouver les amis, de discuter. Déjà avant, l’économie de proximité apparaissait comme indispensable, et là en temps de crise elle est d’autant plus indispensable, étant donné que nos trajets sont limités, on est censé ne pas trop s’éloigner de chez soi. C’est sur que les producteurs nous sauvent la mise. Pour la question de la vente à domicile, le producteur a autre chose à faire que de devoir gérer la sécurité des distances. Quand j’allais chercher des œufs, le producteur avait mis un stand en dehors du hangar dans lequel il nous recevait pour les œufs. Chez un maraicher, avec tous ses produits, plus il y a de produits, plus la question de la sécurité se pose. Il a autre chose à faire. ».