“Petite République et vous”: témoignage d’un enseignant.

Après plus d’un mois de confinement les écoles sont au cœur des débats. Un enseignant a partagé son quotidien avec la rédaction de Petite République.com :

“Enseigner en période de confinement ce n’est pas du repos, ce n’est pas avoir du temps pour cueillir des fraises, c’est faire classe comme on peut, mais surtout et avant tout c’est faire le lien avec les élèves et leurs familles. Pour ma part, tous les jours d’école, je me mets au travail à 8h, sur mon ordinateur personnel, afin d’envoyer par mail les premiers exercices, pour que mes élèves puissent commencer_comme un jour d’école_dès 9h. Ensuite je continue la préparation des cours du jour, tout en répondant aux premiers mails, aux premières interrogations, aux premiers « bonjour monsieur » du matin. J’écris un petit mot individuel à chaque élève qui m’a répondu, pour l’encourager, prendre de ses nouvelles, le féliciter … Je fais des fiches d’aide pour explications, des corrections, afin que l’élève comprenne et que le rôle des parents – déjà bien compliqué – ne se transforme pas en celui d’enseignants ! Toutes les matinées, c’est mon quotidien. Et quand mes enfants sont avec moi, c’est gérer aussi leurs propres devoirs, gérer le partage des écrans pour que chacun puisse faire son travail. C’est là que je maudis parfois certains collègues du secondaire au vu de la lourdeur des tâches demandées ou de leur complexité (pitié que les parents de ma classe ne vivent pas la même situation, j’espère tant que cela ne soit pas le cas !).

 

En début d’après-midi, pendant 1 à 2h, je réalise des classes visios avec mes élèves par demi-groupe. L’outil informatique de la classe à la maison, j’ai dû me l’approprier sans formation, sans explication. Et bien sûr les premières fois j’ai vu les ratés, les impossibilités techniques (le débit insuffisant pour que les élèves et moi soyons tous en visio conférence), j’ai pataugé. Mais l’essentiel est-il bien là ? Selon moi, et cela n’engage que ma personne, avant de transmettre des savoirs et d’assurer la fameuse « continuité pédagogique », mon rôle est de rassurer, de garder le lien humain avec mes élèves. L’autre jour pendant 15 minutes, avant de faire mon cours d’histoire j’ai répondu aux craintes de ces derniers. « Pourquoi Bidule il n’est pas venu aux dernières classes visio, il va bien ? Est-ce que l’on va redoubler parce qu’on n’a pas pu faire le programme ? Comment on va faire en 6e alors qu’on n’a pas appris certaines notions ? Est-ce qu’on va revenir à l’école ? Est-ce que l’on va faire la fête de fin d’année ? Et notre projet théâtre on va le faire ?» tout en prenant des nouvelles, essayant d’expliquer l’actualité avec des mots simples. Ces moments d’échanges entre eux par le biais du tchat ou les moments de visios partagés sont, à mon sens, plus fondamentaux que les contenus en eux-mêmes !
15 ou 16h, mes yeux pleurent tellement ils n’ont pas l’habitude d’autant de temps devant un ordinateur !! Il est temps que je prenne l’air, que je m’occupe de moi, de mes enfants, … jusqu’au soir où je corrige les devoirs du jour réalisés par certains dans l’après-midi.

Mon temps de travail est devenu différent, plus important encore qu’en temps normal,(contrairement à ce que pensent certains technocrates), mais il est surtout devenu encore plus fondamental dans le lien humain avec mes élèves, avec leurs familles. C’est ce qui fait l’essence de mon métier, qui fait que je l’aime tant et ce malgré toutes les bêtises que j’entends dire dessus !

Pour des raisons personnelles de santé, je n’ai pas réalisé l’accueil d’enfants de soignants dans mon école. Je profite toutefois de cette tribune pour féliciter tous mes collègues qui l’ont réalisé, avec tous les risques que cela comprend. Il me tarde déjà de savoir comment le retour à l’école, après le 11 mai, va pouvoir se réaliser dans de bonnes conditions de sécurité sanitaire pour tous !?!

Un enseignant de primaire.”