La communauté Emmaüs de Saint Gaudens compte 32 membres, hommes, femmes et enfants (scolarisés). Parmi eux, plusieurs migrants.

Petite République a voulu savoir comment cette communauté vivait le confinement dû au covid-19. Pour cela, elle a pris contact avec Michel Allenou, vice-président.

PR : Quelle est l’ambiance à l’intérieur de la communauté après trois semaines de confinement ?

MA : Il faut tout d’abord savoir que le bureau se réunit tous les vendredis pour faire le point.

Sur l’ambiance générale de la communauté, et là je reprends les propos de Charles Imbert, responsable de la communauté de Saint Gaudens, l’ambiance est plutôt sereine. Les compagnes et compagnons sont prudents. Ils ont reçu un minimum d’équipement, comme des masques qui ne sont toutefois pas renouvelés.

Nous avions un problème avec la cuisine et plus particulièrement le cuisinier qui ne vient pas travailler. Nous avons donc établi un roulement de sept personnes qui viennent à tour de rôle faire la cuisine. Et les repas sont pris individuellement dans les chambres. Une autre équipe s’occupe du jardin.

Nous avons également à disposition une salle de sport.

PR : Et si un membre de la communauté attrapait le virus ? Avez-vous anticipé ?

MA : Oui, si quelqu’un malheureusement avait le virus, nous avons une chambre d’isolement. Mais le confinement est relativement bien respecté, car les membres ont peur. Certains compagnons viennent de pays africains où ils ont tous vécu des épidémies. Ils racontent aux autres ce qu’ils ont vécu.

Catherine (ex assistante-sociale), qui s’occupe au sein de la communauté de l’AME, des chèques vacances, etc., a mis au point depuis chez elle, un système de visioconférence. Par petits groupes de trois, dans la salle à manger, en respectant les distances de sécurité, les membres se racontent. Elle les trouve souriants, même s’ils expriment leur peur. Par contre, dans la communauté, comme ils ne manquent de rien, ils se sentent en sécurité.

PR : le responsable de la communauté vit- sur place ?

MA : Non, il vient seulement deux fois par semaine. Par contre, il existe des compagnons référents qui ont reçu une formation et qui encadrent leurs camarades. S’il y a un problème, le responsable vient immédiatement. Mais globalement, cela se passe bien. Une autodiscipline s’est mise en place.

Pour s’occuper, certains font des mots-croisés, beaucoup sont sur les réseaux sociaux, d’autres travaillent, rangent, d’autres encore font du sport.

PR : Les migrants sont-ils tous régularisés ?

MA : Non, tous ne sont pas régularisés. Catherine s’occupe des formalités auprès de la préfecture.

Elle a mis en place des ateliers avec ceux qui ont fait une demande. Actuellement, il y a un Sénégalais, un Marocain et un Congolais qui apprennent les valeurs de la République. C’est important que les gens extérieurs à la communauté le sachent.

Un autre atelier concerne les vacances. Les compagnons ont droit aux chèques vacances. Catherine les aide à choisir leur mode de vacance.

PR : vous pouvez nous en dire plus sur ces migrants ?

MA : par quelques témoignages. S., une femme du Bengladesh parle du manque d’eau dans son pays, lorsqu’il est recommandé de se laver les mains. Deux autres viennent de Guinée et ont en souvenir les milliers de morts dus au virus Ebola. Un autre encore, un Congolais se souvient qu’enfant en 1958, il a connu et vécu la peste épidémique. Il a perdu deux de ses frères. Et des témoignages de ce type, il y en a plein. Le Sénégal (seulement 40 respirateurs pour tout le pays), L’Afrique du Sud sont actuellement très touchés par le covid-19.

Donc, ces gens savent ce qu’est le confinement. Et le respectent. Ils avertissent les autres en leur décrivant la gravité du virus.

Ils sont peut-être plus conscients que nous ne le sommes sur la gravité de ce qui arrive actuellement dans le monde.

Ce que je tiens également à dire pour terminer, c’est que dans toutes les communautés Emmaüs de la région de Toulouse, il n’y a aucun cas de coronavirus.