Ce lundi 6 mars, un jour de printemps presque comme les autres, pour la deuxième fois, Claude Vidal transforme son devant de porte en marché autogéré. Le long de la route étroite, les voitures en stationnement s’étirent en une file improvisée par la nécessité. Les clients prennent leur tour en respectant civilement la distance recommandée. Nous y reconnaissons l’incontournable rebelle ; Georges de Figarol et son panneau informatif fleuri dans sa mission autoproclamée d’informateur public. Il revendique le choix de ses fournisseurs contre la fermeture des marchés. Une cliente évoque la crainte de municipalités de devoir gérer les files d’attentes?  Les ventes en direct seraient chez les producteurs qui devraient régler eux même cette nouvelle charge de mise en sécurité. A distance les discussions s’engagent dans la file à l’occasion des retrouvailles des aficionados du bio. Claude Vidal a réussi au fil du temps avec sérieux à s’inscrire dans le cadre des marchés de Salies du Salat et d’Aspet. Après la fermeture respective des deux marchés, il s’adapte autant que possible.

Claude, quelle incidence a eu pour votre activité cette décision gouvernementale ?
Au lieu de cinquante heures par semaine, j’en fais soixante dix.

Plus d’heures avec moins de clients ?

Il y a un travail colossal en amont de gestion des contacts avec les clients, les commandes. La lecture et l’envoi des mails, c’est interminable. Je ne fais plus qu’une fournée de pain sur les deux. J’emploie mon employée trois jours au lieu d’un seul alors que mon revenu a diminué d’un tiers.

Comment avez-vous ressenti la fermeture des marchés ?

Pour celui de Salies c’est logique du fait de la dimension de l’esplanade, mais pour Aspet ça demeure difficilement compréhensible considérant la configuration de la nouvelle place. Ça ne présentait aucune difficulté à réaliser une entrée et une sortie, d’autant que les habitants d’Aspet s’engageaient dans une pétition à aider au respect des distances.

Malgré ces nouvelles contraintes, il est de vos clients qui viennent se ravitailler jusque chez vous malgré la distance. Quelle en est votre analyse ?

Les motivations sont diverses. Il y a pour certains la perte de confiance en la grande distribution. Pour les uns c’est le soucis de ce qu’ils pensent relever de la sécurité alimentaire; pour d’autres de l’importance de soutenir une production locale de qualité, une économie réelle non spéculative, ou un peu tout à la fois. De fait je me retrouve pour continuer mon activité à devoir gérer au mieux en plus la question de sécurité, le déroulement des achats en respectant les consignes de distances. Dans les marchés autorisés, ce sont les agents publics qui s’en chargent. Mais les clients ont bien intégrés les notions de distance à respecter.

Normalement, quels sont vos débouchés ?

Les marchés de Salies-du-Salat et d’Aspet ; je ravitaille également la coopérative bio de Saint-Gaudens.