On ne présente plus Christian Louis. Ce Commingeois pur souche, ancien professeur d’Arts plastiques, auteur de nombreux ouvrages éducatifs, écrit également des nouvelles, des poèmes, des romans.

« Actuellement, j’écris ce qui pourrait être le tome 4 de l’Assassinat de Saint-Béat, avec les mêmes personnages mais centré sur un autre crime réel qui s’est déroulé en Comminges » confie Christian.

Son dernier roman : « Balade mortelle dans les Pyrénées» est paru chez RDO éditions. « La distribution avait commencé le mardi matin, juste avant le début du confinement. On peut néanmoins le trouver à la maison de la presse ou encore au centre commercial d’Estancarbon. Pour les autres points de vente, je ne sais pas. »

Du même auteur et paru récemment, « La belle Génoise », en vente, en plus des lieux cités ci-dessus, au centre commercial de Gourdan. Et sur le site de l’éditeur : Thebookedition.com.

Sollicité par mes soins, Christian, par amitié, s’est mis à l’ouvrage et a écrit, rien que pour Petite République, un mini-polar… étonnant. Merci à toi Christian.

Mais trêve de bavardages, place au suspense.

L’affaire des casques

La major Blandine Pujol ([1]), raccrocha le téléphone. Le Procureur avait été précis pour la saisir de ce cambriolage saugrenu à l’hôpital de jour. Sitôt dans la rue, elle regarda vers la place du Pilat. Une navette électrique arrivait en silence. Un geste de la main. Elle monta, saluant les autres passagers. Sur le toit du gymnase, les installateurs de panneaux  photovoltaïques s’activaient.

Cinq ans après la grande crise du Covid 19, Saint-Tarin comme toutes les villes du pays se couvraient de capteurs solaires. La navette la déposa dans le parking souterrain de l’hôpital. Elle remonta d’un pas rapide. Ses footings sur la promenade la maintenaient en forme. Elle longea le grand potager qui avait remplacé l’ancienne nappe de bitume. Les jardiniers municipaux s’activaient pour récolter les légumes bio destinés à tous les restaurants collectifs ou privés de la ville. Ils livraient également les boutiques de la rue Victor Hugo. Le service de portage aux personnes âgées installées dans les immeubles restaurés et adaptés du centre-ville préparait ses colis. Elle allait entrer dans le bâtiment de l’hôpital de jour quand un petit dirigeable de transport la survola dans un léger chuintement de ses moteurs électriques.

Le directeur l’accueillit et lui montra la porte défoncée, l’armoire forcée, et les étagères vides.

« Un matériel de dernière génération ! » Se désola-t-il. « Indispensable pour nos thérapies. »

La major devait en savoir plus, histoire de cerner au mieux le profil du voleur. Le directeur la présenta au psychiatre en chef. Ils se déplacèrent vers une salle blanche où deux patients étaient traités. La major écouta les explications et comprit la valeur de ces casques de réalité virtuelle dérobés. Les deux patients en portaient. L’un d’eux, un homme de la soixantaine, la tête recouverte de ce dispositif, tenait une courte perche à l’horizontale devant lui. Il avançait droit, à petits pas, balançant ses bras lentement vers la droite, puis vers la gauche dans un mouvement alternatif. Arrivé près du mur, il se retournait et continuait son manège en sens inverse. Dans le silence absolu de cette salle de soins, on entendait qu’il produisait avec sa bouche, un bruit, comme celui d’un moteur.

« Maurice Claudic souffre de la pathologie du bricoleur convulsif. Le confinement d’il y a cinq ans l’a obligé à l’inaction et l’a plongé dans la souffrance. Nous traitons son addiction. Dans le casque, nous diffusion l’image du stade de France, au niveau de la pelouse. Devant lui, il voit le terrain et une débroussailleuse thermique ancienne génération », dit le psychiatre. « Par le tube sur le côté, nous évaporons un produit chimique de synthèse qui reproduit l’odeur des gaz d’échappement. Le casque émet aussi le bruit de la machine. Le patient était devenu presque sourd à cause de ses bricolages. Nous devons élever le niveau sonore de la bande son. Pour ne point sombrer dans la dépression, il vient tous les jours pour une longue séance. Plus de deux heures. Un patient très impact par ce trouble », précisa le psychiatre.

Le directeur répondit avec courtoisie à la Major. Il confirma ce qu’elle présentait. Ce matériel sensible n’était pas connu du grand public. Les bricoleurs convulsifs étaient si nombreux qu’ils semblaient dans la norme. Les soigner officiellement aurait soulevé un scandale. Seule, l’entreprise qui fabriquait ces casques en connaissait l’existence.

Blandine prit congé. Elle n’attendit pas, le flot de navettes électriques était conséquent. Elle sauta dans la première à s’arrêter. Elle remonta la rue Anselme Arrieu, dépassa les poulaillers de l’ancien parking de Pôle Emploi, prit le boulevard et s’arrêta à l’entrée de la rue Victor Hugo.

Blandine descendit pour aller vers la Collégiale. Le sol lisse, l’absence de voitures, permettaient à quelques anciens de marcher en toute sécurité, de discuter. Les mamans pouvaient lâcher la main de leurs enfants qui couraient sans risque. Quelques voiturettes électriques dotées d’un plateau, se chargeaient des courses des consommateurs. Ils déposaient leur panier tressé dans l’un des casiers et notaient l’adresse de livraison. Ce service municipal connaissait un grand succès. Les économies sur les frais de réfection de la voirie et l’abandon de plusieurs stades pour l’entretien d’un seul partagé l’avaient financé sans augmentation des impôts. Les nouveaux commerçants du centre-ville ne juraient que par lui. Il avait ramené la population au cœur de la cité, il est vrai dotée maintenant d’appartements confortables. La réfection des façades, la mise en couleur des volets avait été un succès plébiscité. La ville passait du moche repoussant au beau harmonieux. Seuls, quelques grincheux patentés évoquaient le coût, en oubliant le travail pour les artisans de la cité et les retombées économiques.

Blandine s’arrêta à l’une des maisons du télétravail pour saluer une copine de footing, cadre sup dans une entreprise parisienne. Puis elle se dirigea vers la place aux couverts. Les terrasses étaient bondées. Fini les voitures ventouse qui, avant, en dégradait le charme et l’esthétique. Un saut à la rédaction de l’Echo du Piémont, sous les couverts. Une bise au rédacteur Vincent Darbon. Elle savait qu’il avait consacré un article à ce pôle industriel installé dans les locaux de l’hypermarché de la Lande. L’enseigne marchande avait développé un réseau de boutiques par thèmes dans les échoppes abandonnées du centre-ville. L’éthique du produit bio et local, associé à un service de livraison gratuit avaient séduit.

Le journaliste lui donna quelques tuyaux et la Major se dirigea vers la sous-préfecture pour prendre une nouvelle navette. Direction la zone des Landes.

Le véhicule silencieux descendit lentement la rampe du parking souterrain. L’escalier de sortie la plongea au milieu même d’un vaste jardin. Potager, verger, recyclage de matières végétales, panneau solaires.

Le long couloir de l’ancienne galerie marchande proposait des services à la foule d’ouvriers, de techniciens, d’ingénieurs, de chercheurs qui travaillaient dans ce vaste bâtiment divisé en plusieurs unités. Coiffeur, restaurant, librairie…

La directrice de « Casquevirt » reçu la policière avec amabilité. Elle appela son responsable commercial qui confirma bien l’achat des casques par l’hôpital. Une recherche sur l’ordinateur fût nécessaire pour trouver quel employé avait effectué la livraison. Une première piste ? La major appela son collègue au commissariat pour lui donner le nom du livreur. Quelques minutes d’attente. L’individu avait déjà été condamné pour vol et recel. La major leur demanda un silence absolu sur cette information. Il fallait poursuivre les investigations.

Le Procureur accepta la demande de la Major. Une heure après, Pascal Rucret se trouvait sur écoute.

Vincent Darbon appela, en quête de matière pour ses colonnes.

Je ne peux rien te dire, tu le sais bien ! Secret de l’enquête.

C’est étrange que tu t’intéresses à cette boîte dont l’un des employés a trempé dans une affaire de terrorisme écolo !

Blandine tapa en touche mais saisit la balle au bond pour interroger le fichier avec son smartphone. Bingo ! Le journaliste avait vu juste.

Le lendemain, une perquisition avait lieu dans un petit village près de Saint-Béat. Le suspect invectiva sans retenu les uniformes qui retournaient sa maison. Chauve mais avec une longue moustache blanche, Daniel Bragonnet revêtu d’un large pull chamarré, hurlait à la dictature du capital et de ses complices, les flics, les profs, les patrons et les utilisateurs de grosses bagnoles ! La major Pujol, habituée à ces diatribes, sourit face à cet attentat à l’intelligence.

Bien caché dans la cave, on retrouva quatre casques. Placé en garde à vue, Bragonnet refusa de parler. C’est son ordinateur qui le fit pour lui. Les échanges de mails et les fichiers trahirent le projet de son groupe. Les casques reconfigurés allaient servir d’arme d’entraînement à l’action directe contre plusieurs cibles. L’un des complices, graphiste 3D, préparait déjà les décors virtuels. Son interpellation permit de découvrir un projet de sabotage des plus audacieux.

Blandine informa immédiatement le Proc. Le Parquet antiterrorisme saisit, la Major Pujol savait qu’elle devait abandonner son enquête. La règle du jeu !

Alors c’est quoi cette affaire, demanda Vincent Darbon.

  • Juste une peccadille. Je viens d’enchrister un extrémiste écolo qui voulait se faire un peu de blé.
  • Bio et local, j’imagine !

(1) : Personnage du roman « Balade mortelle dans les Pyrénées » TDO Editions

 

Christian Louis

 

 

 

 

 

[1]Personnage du roman « Balade mortelle dans les Pyrénées » TDO Editions