Commentaires de François Ruffin sur le projet de loi gouvernemental sur l’agriculture.

Entendu par la Commission des affaires économiques, le président de la Fédération nationale bovine, Bruno Dufayet, réclamait un « nouveau contrat social entre les agriculteurs et la société ». Je le cite : « Qu’attend-on de nous ? Vous voulez la compétition, le modèle néo-zélandais ? On le fera. Une agriculture familiale, de proximité, qui intègre le bien-être animal ? On le fera. Vous voulez tout à la fois ? C’est aux Français, et à vous, les politiques, de fixer un cap». Et bien, comme redouté, ce nouveau cap ne sera pas fixé. Pas l’ébauche, ici, d’un nouveau contrat social. Ce texte ne propose rien, ou presque rien, pour aller vers un autre modèle d’agriculture. Il se concentre sur la “plomberie” : les relations agriculteurs/transformateurs/distributeurs, qui ont un intérêt comme mesure d’urgence, à court terme, mais sans vision, sans souffle, sans ambition.

Création et répartition de la valeur.

Autrement dit, le premier chantier des États généraux de l’alimentation, “création et répartition de la valeur”, est repris dans ce projet de loi. Mais du second chantier, à peine des miettes. Aussi, nous redisons ici notre conviction : Abandonnons les cours mondialisés, choisissons des prix régulés. Pour bâtir un contrat social clair, avec une agriculture qui assure d’abord notre autosuffisance, le souci de sauvegarder l’environnement, d’être attentif au bien-être animal, d’offrir une alimentation saine, de faire vivre dignement les producteurs.

Ne racontons pas d’histoire : cette réorientation ne sera pas facile. Nous ne prétendons pas qu’en un tour de main, tous les agriculteurs passeront au bio, à l’agro-écologie, à la permaculture, comme par miracle. Il y faudra du temps. Mais le plus important, aujourd’hui, est d’offrir un cap. Le nôtre est clair : nous devons changer de modèle, casser la trajectoire du déclin, sortir l’agriculture de la mondialisation. Nous œuvrerons du mieux que nous pourrons, en commission, dans l’hémicycle, pour faire entrer un “cap” dans ce projet de loi. Mais quel chemin à parcourir !