Depuis de très nombreux mois, à la vue de tous,  les habitants de Carbonne étaient exaspérés de voir qu’un trafic de stupéfiants s’était installé place de la République mais également aux abords de l’ancienne gendarmerie. Comme à chaque fois dans pareil cas, on soupçonnait les gendarmes de ne rien faire, les accusant d’être plus occupés et intéressés à verbaliser les automobilistes sur la route ! Bien sûr, tout un chacun avait fait son enquête et tirait des conclusions hasardeuses qui n’auraient pas tenu longtemps devant un tribunal. On incriminait, sans l’ombre d’une preuve, un nouveau commerce qui venait de s’installer et des noms circulaient de source sûre.

Le trafic prit de l’ampleur et les dealers faisaient preuve d’une grande assurance, ne se sentant pas menacés. Ils avaient l’arrogance des gens se sentant intouchables. Devant une telle exaspération, Bernard Bros, maire de la commune, a rencontré le Capitaine, commandant la communauté de brigades du Volvestre.

Or, dans le plus grand secret, faisant fi de toutes les critiques blessantes et acceptant de passer en la circonstance pour des pandores à la Brassens, les gendarmes locaux étayèrent un dossier afin de le rendre juridiquement crédible. La Justice ne peut se contenter de bruits de couloir. Ce fut le temps du long et pénible recueil du renseignement et des nuits blanches à surveiller et surveiller encore. Un travail fastidieux venant se greffer sur toutes les autres missions tellement chronophages par les temps qui courent ; un métier où l’on passe son temps à éteindre des « incendies sociaux »

Une fois que le dossier a présenté des bases suffisantes, le temps de la montée en puissance fut venu. Ce fut d’abord l’assistance de la brigade des recherches de la compagnie de Muret dont le cœur du métier est la police judiciaire. Puis, cette affaire nécessitant de plus gros moyens, vint l’intervention du groupe d’observation et de surveillance de la gendarmerie (GOS). Ce service ultra spécialisé, dont le grand public ne sait rien, possède un extraordinaire savoir faire. Dotés des toutes les dernières technologies sophistiquées, ils sont en mesure de filer, d’observer et de surveiller sans se faire repérer. Ils précisent chirurgicalement tous les détails d’une affaire permettant aux enquêteurs de prendre les bonnes décisions.

Vu l’ampleur du phénomène et pour donner plus de possibilités juridiques aux enquêteurs, le Procureur de la République de Toulouse a requis une ouverture d’information par un réquisitoire introductif. C’est madame Anissa Oumohand, juge d’instruction, qui a hérité du dossier faisant ainsi travailler les enquêteurs par le biais de commissions rogatoires.

Le temps de l’intervention

C’est bien entendu l’instant le plus délicat de l’enquête. Il faut intervenir au bon moment pour garantir le maximum d’efficacité, tant dans les arrestations que dans le rassemblement des preuves, qui seront nécessaires à la Justice pour condamner les présumés coupables. C’est le directeur d’enquête qui prend la résolution. Dès la décision prise, il faut coordonner l’ensemble des équipes réparties sur toutes les cibles préalablement établies. Des centaines d’enquêteurs et de spécialistes de l’intervention qu’il aura fallu briefer avec méthodologie pour assurer le succès de la mission. La moindre erreur peut mettre en péril des mois de travail et déclencher le courroux de l’opinion publique toujours prête à porter jugement.

Au fait de leurs renseignements, l’opération a été déclenchée fin de semaine dernière. Les trois principaux suspects du trafic revenant d’un voyage dans le Nord, décision a été prise d’intervenir. Les membres de l’antenne de Toulouse du GIGN en embuscade au péage de Montauban ont procédé à l’interpellation des trois dealers. Une opération spectaculaire qui a déclenché, d’une manière concomitante, toutes les autres arrestations et perquisitions, principalement dans le Volvestre, avec des gendarmes et des équipes cynophiles pré-positionnées.

Dix suspects ont été placés en garde à vue. Grâce à l’aide des chiens notamment, 400 grammes de drogue (cannabis et cocaïne) ont été découverts. Les perquisitions ont permis la saisie de 28000 euros en liquide, de dix véhicules utilisés dans le cadre du trafic et surement financé par celui-ci, des matériels divers, HIFI, télévisions et téléphones très haut de gamme, des vêtements de marque… Nombre de ces saisies pourront faire l’objet « d’avoir criminel » comme le prévoit la Loi, c’est-à-dire qu’ils ne seront pas rendus à leurs propriétaires. Les véhicules pourront ainsi éventuellement être affectés à un service gendarmerie et servir à effectuer d’autres filatures!

Les dix suspects, tous originaires du Volvestre, pour la plupart habitants de Carbonne et membres d’une même famille, sont âgés de 20 à 35 ans. Ils ont passé, comme le préconise la Loi, plus de trois jours en garde à vue. L’enquête, dans toute sa durée, a démontré que le rural n’avait rien à envier à l’urbain quant à la « qualité de l’organisation » d’un trafic. Vendeurs, guetteurs, dealers, chacun avait son rôle bien précis et a du l’expliquer aux officiers de police judiciaire chargés des auditions. Sans que l’on ait pu avoir la moindre confirmation officielle de la part de la gendarmerie, l’estimation du bénéfice de ce trafic représente des milliers d’euros.

A l’issue de leur garde à vue, neuf présumés coupables ont été déférés et présentés à Anissa Oumohand, juge d’instruction à Toulouse en charge du dossier. Six d’entre eux se sont vus délivrer un mandat de dépôt et ont été orientés vers différentes maisons d’arrêt de la Région. Trois ont été placés en contrôle judiciaire strict.

Elus, parents d’adolescents et population de Carbonne d’une manière générale ont ressenti un soulagement quant à l’issue de cette enquête. Certains auront peut être eu mauvaise conscience d’avoir critiqué leurs gendarmes en les soupçonnant de passivité.

Quant aux gendarmes eux mêmes, dans leur discrétion habituelle et leur sens du secret, ils doivent éprouver ce sentiment heureux du travail accompli. Une belle réponse …