De Latrape à Gensac sur Garonne…

Après la journée du jeudi qui avait été riche en émotion, on pouvait injustement croire que cette journée du vendredi ne soit qu’une transition en attendant la venue d’Olivier de Robert à Lavelanet de Comminges. Or il n’en fut rien. Elle débuta en fin de matinée dans le village de Latrape qui, perché sur sa colline, surveille avec malice et bienveillance ce qui se passe dans le Volvestre d’en bas. Y a des fois ça fait froid dans le dos !

Tout commença par un apéritif offert par la municipalité. Jean Louis Seguéla en maire d’hôtel si ce n’est en maitre d’hôtel le servit agrémenté de beaux mots, festival du conte oblige. Ont bu sans modération mais il s’agissait de paroles quant au breuvage on ne peut savoir car malgré l’état d’urgence et le renforcement des forces de sécurité, il n’y a pas eu de contrôle inopiné qui vous rappelle sans vergogne que la vie n’est faite que de règles.

Pendant que tout à chacun sortait de son sac de quoi faire un pique nique d’une grande tenue, tous les conteurs du festival sortaient du leur des histoires et des contes qui vous émerveillent pour le reste de la journée. Qu’il est doux d’éteindre la télévision et de partager le pain et l’esprit même s’il y avait du vin, non catégorisé de messe, mais à la robe, à la cuisse et à l’arrière bouche à vous faire damner. Il y avait même des conteurs corses qui, terre occitane oblige, nous firent partager quelques histoires croustillantes dans leur langue d’origine. Ah Dume a de beaux jours devant lui. On put même chanter avec le jeune Pablo Sessa et sa guitare qui du haut de ses 14 printemps nous enchanta de ses chansons pris dans un répertoire de chanteurs à texte. Etonnant mais pas surprenant…

Après une bonne sieste réparatrice ordonnée semble-t-il par les corses, les festivaliers, le cœur léger et le bagage mince, se transportèrent dans le village de Gensac sur Garonne où sévit rappelons le pont du diable. Vous comprendrez pourquoi c’est ce village qui a été choisi par les organisateurs comme l’une des étapes du festival. Il paraît même que le soir du festival, certains ont vu le diable sur le pont qui chantait et dansait. L’histoire ne dit pas si cela à voir avec l’apéritif conté de Latrape.

En parlant d’apéritif, ce sont les z’happy conteuses qui ont eu le privilège d’animer l’apéritif conté de Gensac. Oh de belles personnes comme dirait le président toutes vêtues de costumes chatoyants. Et moi qui n’aimait pas les chats à l’instar d’Eric ! Un moment de pur plaisir où nos deux conteuses nous embarquèrent pour un monde meilleur. La redescente fut toutefois agréable avec ce doux breuvage offert par la municipalité. Qu’ Henri Devic et toute son équipe en soit remercié. Là aussi nous échappèrent à l’état d’urgence et ses conséquences fâcheuses et nous purent faire ripaille dans des mets préparés avec talent par le traiteur qui jouait à domicile Véronique Devic.

Dixième anniversaire oblige la soirée comportait une première partie. Une mise en oreille comme il dise pour poursuivre les références à Charles Aznavour. Sorti de nulle part et trouvé par Pierre Ricard dans je ne sais quel coin de France, Simon Amilhaud apparut sur scène. Un Rémi Bricka des années 80 réincarné. Avec sa guitare, son harmonica et ses timbales accrochées au pied, ce bibliothécaire originaire d’Aurillac est un phénomène à lui tout seul. A la fois, sérieux, grave, drôle et déjanté, ce troubadour des temps modernes nous a enchanté par la qualité de ces textes et cette simplicité qui fait sa force. Un très bon moment apprécié par un public conquis.

Le temps de sortir de la salle des fêtes, d’échanger quelques commentaires et tel un cortège de manifestants défilant contre la Loi « Connerie humaine », le public se retrouva symboliquement au pied du château, où, sous un lampadaire, le conteur Pierre Ricard attendait son auditoire. Ce régional de l’étape a son fan club et il y avait foule pour lui prêter oreilles. Ce diseurs de mots est dans le rituel des contes de tradition orale. Il puise son inspiration dans les histoires qui se racontaient le soir au coin du feu dans nos campagnes disons le, ariégeoises, vu ses origines reconnues et acceptées. Avec son accordéon diatonique qui n’est que le prolongement de son âme, il nous transporte au travers de ses histoires dans ce monde qu’il observe parfois avec tendresse parfois avec humour, parfois avec désespérance mais toujours avec talent. Après quelques étapes à travers le village qui n’avait toutefois rien d’un chemin de croix, on se retrouva sous le préau de la salle des fêtes pour partager quelques grignoteries, moment privilégié qui permet de se quitter dans la sérénité d’un soir d’été.

 

Crédit photos : Jean Claude Vollmar photographe officiel du festival du conte