Dans son éditorial n°8, Yannick FOUCAUD fait un tableau hélas très réaliste de la situation sociale en France. La situation parait effectivement bloquée et aucune des institutions de la République n’est à même d’apporter une solution de déblocage. C’est même le système politique, dans son ensemble, celui de la République, qui semble bloqué. Bien sûr, à terme on va sortir de cette situation,… mais pour aller vers quoi ? Un conflit aussi long et dur laissera indubitablement des traces, des frustrations, des malentendus, des rancoeurs et les élections qui se rapprochent n’apporteront certainement pas la sérénité nécessaire pour vivre en société.

Il n’y a rien de pire qu’une profonde déception pour briser la confiance que citoyens et citoyennes pouvaient encore avoir en une classe politique qui, au fil des ans, n’a su apporter aucune solution aux problèmes économiques et sociaux. La lente érosion de ce qui constituait le modèle social français ne laisse personne indifférent, ni les plus âgés qui savent ce que l’on va perdre, ni les jeunes qui entrent dans un monde de plus en plus incertain et conflictuel. L’Europe qui nous avait été promise se débat dans des contradictions apparemment indépassables. L’action des politiques pour obtenir de « bons résultats économiques » (taux de croissance, compétitivité, taux d’inflation, balance commerciale,…) ne saurait masquer la réalité sociale qui l’accompagne : baisse du pouvoir d’achat, licenciements, accroissement des inégalités, recul de l’age de la retraite, précarité de l’emploi.

Les vieux modèles du changement social, ceux là même qui avaient embrasé les consciences au siècle dernier ont fait faillite. Une société ne se change pas par un coup de baguette magique ou un « grand soir ». L’Histoire nous l’apprend, mais ça été bien vite oublié par une extrême gauche – inaudible – qui ne rêve qu’à en découdre sans voir ce qu’il pourrait y avoir au lendemain de l’affrontement.

L’avenir est sombre si l’on ne compte que sur ce que les partis politiques traditionnels nous promettent. Le tissu social, le lien social, est fragile et en passe de rompre sous les effets de la crise que nous traversons. Tout est alors possible, y compris le pire comme nous l’a montré le siècle dernier… et les prétendants à un régime autoritaire sont à l’affût.

Pourtant un espoir existe. Comme partout, à toutes les époques des initiatives sont prises localement. Loin des médias et des agitations politiciennes des citoyens/nes s’organisent, développent des moyens de production, de distribution qui, à la marge, fonctionnent en dehors des grands circuits de distribution. Ils retrouvent les vieilles formes de la solidarité en développant l’esprit coopératif, mutualiste. Ils font émerger de nouvelles solidarités par des échanges de proximité et des liens fondés sur la connaissance réciproque et le respect. Bien sûr, ces nouvelles formes de relations sociales ne règlent pas tous les problèmes, se limitent encore à des secteurs particuliers, comme l’agriculture et le commerce de proximité, mais elles n’en sont pas moins le signe qu’il y a une volonté de dépasser la situation actuelle.

Ces « circuits courts », comme souvent on les nomme peuvent prendre des formes multiples, se fondre ou non dans des structures déjà existantes (CUMA) ou nouvelles (AMAP, SEL,…), mais ils portent en eux la promesses, en se généralisant, d’un engagement citoyen authentique, tourné vers le désir de relations sociales nouvelles et de qualité. C’est un bien précieux, une promesse d’avenir qui pourrait bien remotiver les jeunes et les moins jeunes à l’intérêt de la chose publique. C’est dans le creuset de ces nouvelles pratiques sociales que pourrait résider le renouveau tant espéré et il est plus qu’urgent que celles et ceux qui ont la prétention de représenter l’intérêt général, abandonnent les démonstrations médiatico politiques et les discours souvent trompeurs et stériles, pour enfin s’investir sérieusement dans ce concret.

Il est possible, et probable, que dans l’avenir, se soit ce terrain qui redonne ses lettres de noblesse au politique.

Patrick MIGNARD