Au cours de ces derniers jours, nous avons assisté à de biens étranges phénomènes sur notre territoire haut-garonnais. Un groupe de personnes appartenant à deux syndicats agricoles, la FDSEA 31 et la JA 31, … et non pas des agriculteurs au sens large comme il a été dit à tort… ont décidé de manifester en employant des méthodes qui posent quelques interrogations. Le but de leurs actions était de faire pression sur le gouvernement afin d’obtenir gain de cause dans le cadre de la renégociation des définitions géographiques des zones dites défavorisées. Il n’est pas ici question de mettre en cause la légitimité du fond de leurs revendications.

Pour ce faire, les manifestants ont décidé de se mettre hors la loi puisque les modes d’action délibérément choisis sont prévus et réprimés par le code pénal, le code la route et autres règlements en tous genres. Nos syndicalistes ont donc tronçonné des platanes et autres essences d’arbres pour les mettre en travers des voies de circulation et les brûler, ont démonté des barrières de sécurité, saccagé ici ou là quelques biens publics, barré des routes, des autoroutes, des voies ferrées, fait brûler des pneus dégageant d’épaisses fumées noires… J’en passe et des meilleures. Des dégâts très importants qui vont coûter une fortune à la collectivité… c’est à dire à nous tous. On a fait fi, bien sûr, des conséquences sur les petites gens, jouant le corporatisme dans toute sa splendeur. Ces braves agriculteurs estimaient, de plus, être dans leur bon droit, considérant que leur cause était juste et que, par conséquent, la fin justifie les moyens… Alors on ne s’est pas privé et, pour bien inquiéter les dirigeants, il a été dit dans les médias : « Et si on n’a pas gain de cause, ce sera le chaos ». Ben voyons ! En parlant de dirigeants, contrairement aux besogneux qui se lèvent pour aller travailler et qui se sont trouvés bloqués, ils n’ont pas été trop inquiétés. Pas de blocage ou autre dégradations devant le siège de la Communauté Européenne pourtant responsable de cet imbroglio, devant le palais de l’Élysée, devant Matignon ou le ministère de l’Agriculture ! Pas de sit-in devant les domiciles de personnalités en charge de ces dossiers. Non… pas loin de chez soi car c’est plus facile à gérer d’une manière logistique et on ne réfléchit qu’à la cause, non pas aux conséquences de ses actes. On pense d’abord et surtout à soi.

Bienveillantes, police et gendarmerie ont observé ces commissions d’infractions sans les faire cesser, rendant juste compte aux autorités. N’ajoutant pas du chaos au chaos ! L’avenir dira si des infractions ont été constatées et si la Justice poursuivra les présumés coupables.

On a donc légitimité des incivilités puisqu’il n’y a eu aucune intervention des forces de l’ordre ! Se pose alors la question : « qui détermine si une incivilité est justifiable, voire acceptable ? ». Cela ne peut être celui qui les commet bien sûr car, étant juge et partie, il justifiera l’injustifiable. Lorsque d’autres manifestations débordent ici ou là et que l’on procède à des arrestations musclées et à des comparutions immédiates devant la Justice, qui décide que casser un abri bus est plus répréhensible que de commettre de graves dégradations encore plus coûteuses sur la voie publique ? Quels sont les critères qui rentrent en jeu pour accepter à un endroit ce qui est inacceptable à un autre ? Là où des gens sont rentrés tranquillement chez eux après avoir eu gain de cause devant de tels moyens employés, d’autres ont passé quelques semaines en prison pour avoir commis le même genre de faits ! Y-a-t-il des causes justes et des causes injustes et pourquoi ?

Est-ce que les prochaines incivilités qui ne manqueront pas d’arriver dans un climat social malgré tout contraint seront regardées avec la même bienveillance que pour les agriculteurs ou selon la corporation, l’État montrera-t-il toute sa fermeté républicaine ?

Il existe toute une frange de la population qui vit encore plus mal que ces agriculteurs en difficulté et qui n’ont pas les moyens de peser, c’est certainement pour cela qu’ils continueront à vivre leurs difficultés. Je pense aussi et surtout à eux.

Jacques de Lacretelle disait : « Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté nationale l’individualisme qu’elle fait naître. » On est loin du compte !