Bernard Bros, médecin retraité, ancien maire de Carbonne et président fondateur de l’association, était invité au colloque des 60 ans de l »ANEMF, à Paris en fin d »année dernière.
Bernard Bros, pouvez-vous nous raconter comment est née l’ANEMF ?
Oui, c’était en 1965. À l’époque, les étudiants en médecine étaient confrontés à une double crise : l’enseignement médical était désorganisé après des années de réformes inabouties, et le mouvement étudiant était profondément divisé sur le plan politique. Deux organisations rivales, FNEMF et UNEMF, représentaient les étudiants mais étaient inféodées à de grands syndicats, ce qui limitait notre capacité d’action.
Comment est née l’idée d’un syndicalisme indépendant ?
Nous avons compris qu’un syndicalisme vertical, par discipline, pouvait mieux défendre les spécificités de la médecine. Ce modèle devait être indépendant de toute affiliation politique et capable d’agir localement comme nationalement.
Quels événements ont permis de concrétiser cette idée ?
Deux événements ont été déterminants. L’UNEMF quitte la FNEF et représente alors 20 000 étudiants. En parallèle, l’AGEMP, qui regroupe 16 000 étudiants parisiens, adopte une ligne indépendante et apolitique. Le 29 octobre 1965, l’UNEMF se transforme officiellement en Association Nationale des Étudiants en Médecine de France, et l’AGEMP y adhère immédiatement. C’est ainsi que l’ANEMF est née.
Comment l’ANEMF s’est-elle imposée sur la scène nationale et internationale ?
Dès 1966, nous avons été reconnus par l’IFMSA, ce qui a mis fin aux rivalités internationales et redonné à la France une place centrale. En 1967, deux de nos membres rejoignent le bureau de l’IFMSA et Paris accueille le congrès d’hiver réunissant 34 pays. Nationalement, nous avons concentré nos efforts sur la réforme de l’enseignement médical.
Quelles ont été les grandes luttes de l’époque ?
La réforme Jeanneney créait des inégalités en réservant l’externat à une minorité d’étudiants. Nous avons défendu une formation pratique pour tous et un accès équitable aux carrières médicales. Faute de dialogue avec le ministère, nous avons organisé des mobilisations et occupations de facultés en 1967. Mai 1968 est venu interrompre ces actions, mais nous avons continué à agir dans les comités de cogestion et à formuler des propositions concrètes.
Quelles revendications ont marqué cette période ?
Le congrès de Dijon, en juillet 1968, a synthétisé nos propositions :
formation pratique égale pour tous,
stages chez le praticien,
statut de l’élève-assistant,
reconnaissance de la médecine générale,
internat ouvert à tous.
Que pensez-vous de l’évolution de l’ANEMF ?
Beaucoup de ces combats ont abouti. L’internat est devenu la voie unique de formation, la médecine générale est reconnue à égalité avec les autres spécialités, et la formation pratique est généralisée. Ces réussites montrent que l’engagement étudiant peut transformer durablement le système de santé.
Un mot de conclusion ?
Merci à l’ANEMF d’avoir semé dès 1965 les premières graines de cette grande association et de ce beau métier. Que vive l’ANEMF !











