Au fil des siècles, la tradition du Papogay nous a révélé de nombreux secrets et nous a fait partager quelques grandes émotions humaines. Cette année, peu le savent, nous avons eu un épisode qui marquera cette fraternité des archers du Papogay.

Pour la première fois, Jérome Fréchou, président en titre de la compagnie des archers du Papogay est devenu roi. Comme tout un chacun avant lui et les autres qui suivront, c’est un immense bonheur qui ne peut se décrire. C’est aussi une fierté de voir inscrire son nom sur le parchemin sacré. Une chaine d’union avec le passé et voir son nom  s’inscrire à jamais dans l’histoire de la tradition. La maman était présente, la sœur Béa, l’épouse, les enfants et toute la tribu Fréchou était entourée par les amis et la famille des archers. Des pleurs de joie et une communion pour celui qui, assis à côté de l’architecte universel, les regardait de son nuage blanc…

Faut dire qu’ en 2011, le jeune Julien, frère de Jérôme était enlevé brutalement aux siens. Une injustice de la vie dont on ne se remet pas. Très symboliquement et pour honorer sa mémoire, Jérôme a alors décidé d’arborer sur le béret qu’il porte lors des tirs au papogay, le pin’s de son frère disparu qui était également un archer de la compagnie. On aime la tradition dans la famille. C’est donc décoré des deux pin’s épinglés côte à côte que Jérôme s’est présenté sous le mat où son destin l’attendait.

Au bout de nombreuses volées, les doigts ensanglantés par le frottement des flèches et la fatigue de tendre l’arc, les archers voient tomber l’oiseau après le claquement caractéristique d’une flèche sur la cible. Le papogay vient de choisir son roi. C’est celle de Jérôme Fréchou qui a fait tomber l’oiseau à 45 mètres de haut. Les cris de joie, les accolades et enfin pouvoir soulever cet oiseau à bout de bras pour le montrer avec fierté aux membres de la compagnie ainsi qu’au public venu si nombreux. Lorsque Jérôme reprend son béret, il remarque aussitôt que le pin’s de son frère a disparu. Les recherches resteront vaines.

A ce moment là, avec beaucoup de pudeur, on pense à Julien, qui dans le ciel bleu de la cité rivoise, regarde avec bonheur ce moment heureux. Tout est si serein là où il est. La légende retiendra, que dans une forme rituélique, il vient de récupérer le pin’s lui appartenant que son frère avait tendrement épinglé à côté du sien, sur son béret et ce depuis sa disparition. Un acte symbolique et libérateur, chargé de sens qui marquera les esprits.

Sans en dire le motif, Jérôme Fréchou écrira avec beaucoup d’émotions ces quelques mots dont on devine maintenant le sens et qui resteront gravés dans l’histoire :

« Chaque personne a son diable, dans un coin de sa tête, et pour cette année, il est parti, j’espère définitivement, et laissera mon esprit tranquille pour de nombreuses années… »

Vive le Roi. Vous êtes une belle personne Jérôme Fréchou.