Rallye EAC et inauguration d’une allée Maurice Trintignant au musée. Émotion et souvenirs

Il y avait beaucoup de vie ce week-end autour du musée du circuit du Comminges. Et le public averti s’est bien régalé. l’EAC organisait sur deux jours la première édition d’un rallye réservé aux voitures de sport d’après-guerre, 1945-1985, des Alpine, des Jaguar, des Morgan, Porsche, Triumph, Iso Rivolta… Un rendez-vous d’irréductibles passionnés venus s’écarquiller les yeux, humer l’odeur d’huile et tendre l’oreille aux moindres vrombissements des mécaniques. Comme à la parade, les bolides se sont élancés sur les routes ouvertes. Ils ont emmené la trentaine d’équipages, concurrents, membres de direction de course et quelques personnalités du sport automobile invités, pétarader sur les routes d’Espagne le samedi et du Gers le dimanche. Ces pilotes ont pu agrémenter leurs sorties en visitant samedi après midi la collection privée de Walter Anky à Lès et dimanche midi en dégustant une fine cuisine dans le magnifique cadre du château gersois de Viella.

Une allée Maurice Trintignant

Pétoulet.« C’est sans doute l’un des plus grands champions français de l’après guerre, a entamé Michel Ribet, dans son éloge à Maurice Trintignant, l’un des plus populaires, des plus sympathiques pilotes de l’après guerre. Maurice Trintignant était fin pilote, adroit et intelligent. Il fallait l’être pour pouvoir gagner les 24 heures du Mans ou, par deux fois, le prestigieux Grand-Prix de Monaco. A une époque où rester en vie en course était déjà une victoire, c’était un gladiateur des temps modernes. Le côtoyer était enrichissant. J’ai eu personnellement ce bonheur de l’entendre raconter ses faits de course, en toute modestie…. » Maurice Trintignant, coureur automobile émérite, le premier Français à avoir remporté un Grand-Prix de F1, est souvent venu à Saint-Gaudens. Il y a couru. Il n’y a pas gagné. Et il est revenu courir d’autres Grands-Prix ou participer à des courses historiques. Le musée du Comminges a décidé de donner son nom à l’une de ses allées et l’inauguration s’est faite samedi soir en présence du fils du défunt champion, Morgan Trintignant, de nombreux élus, Loïc de Bretagne, Jean-Yves Duclos, Eric Heuillet et des personnalités du monde automobile : Jean-Louis Moncet journaliste TF1 et Sport auto, Eric Hellary ancien vainqueur des 24 heures du Mans ou Jean-Robert Aumaître, fils d’un illustre mécanicien de Bugatti.

Les interviews

« Tout d’abord, je suis très heureux du déroulement du rallye, souligne Michel Ribet, président de l’EAC, l’Ecurie Automobile du Comminges organisatrice de l’événement. Même sous la pluie, cela n’a pas été un problème. Les voitures sont faites pour rouler sous la pluie. Ce qui m’a ravi, c’est l’ambiance sensationnelle qui a régné tout au long du week-end. Les gens ont pu profiter du musée, de ses installations, cela a donné du corps à ce lieu de mémoire sportive. Ce que nous faisons, c’est ce que nous voulions prouver aux gens qui nous ont soutenus dans la conception du musée. Aujourd’hui, il y a toujours beaucoup de dynamique autour du musée. On y accueille de plus en plus de groupes, de rallyes. C’est émouvant. Et on crée du tourisme. Nous essayons d’aménager les extérieurs, créer des décors de piste, comme au cinéma. L’inauguration d’allées baptisées de noms de grands champions du sport automobile venus courir à Saint-Gaudens va dans ce sens. Ce sont des clins d’œil. Maurice Trintignant en fait partie et nous lui avons dédié une de nos allées en présence de son fils Morgan ».

« Il y a six mois environ, je suis venu à Saint-Gaudens pour accompagner mon amie qui exposait lors d’un salon au Parc des Expositions, explique Morgan Trintignant, le fils de Maurice Trintignant. En apercevant les gradins, j’ai remis les souvenirs de mon père à leur place. La ligne droite, la montée sous les gradins, le virage. Je savais que mon père avait couru à Saint-Gaudens mais cela m’était sorti de l’esprit. A la maison, nous n’avons pas de coupes gagnées ici. Et là, en haut de la côte, je vois « Musée du Circuit ». J’aperçois un panneau avec une immense photo de mon père. Je me présente immédiatement au guichet. Un type me fait payer 4€ l’entrée. Et, tout au long de la visite, les souvenirs de mon père me sont revenus en mémoire. Michel Ribet m’a reçu et expliqué la collection. Je l’ai impressionné par mes connaissances. Nous avons longuement discuté puis, au moment de nous quitter, il m’a demandé mon adresse mail. Quand je la lui ai donnée, il s’est exclamé : « Trintignant ? Comme le pilote ??? »…. « Oui, je suis son fils ! ». J’ai 31 ans. Plus j’avance dans la vie, plus je constate qu’aujourd’hui, on passe des coups de balai sur le passé, sur l’histoire de la technologie, sur la passion qui animait les hommes. Des tas de gens comme mon père, hommes ou femmes, ont tout fait pour aller plus loin, pour rendre les voitures d’aujourd’hui aussi sûres qu’elles le sont. Où est la passion ? Je suis venu à Saint-Gaudens par hasard et je n’y reviens pas par hasard. C’est la première fois que j’inaugure quelque chose au nom de mon père. Il avait l’habitude de s’en charger lui-même. Je suis vraiment heureux de partager la passion des gens qui animent ce musée. »

« Michel Ribet m’a tanné pendant trois ans pour que je vienne, avec une équipe de TF1, pour Auto-Moto, couvrir le Grand-Prix historique que son association organisait, explique à son tour Jean-Louis Moncet, journaliste sport automobile, pour TF1 et Sport auto. Nous sommes venus en 1998. Michel et moi avons sympathisé. Je connaissais Saint-Gaudens. Petit, j’ai grandi au Maroc. Et nous venions en vacances à Saint-Bertrand du Comminges. Depuis je suis souvent revenu à Saint-Gaudens. J’ai essayé d’apporter mon aide à Michel quand l’Ecurie automobile du Comminges cherchait à réunir des pièces pour ouvrir un musée. J’ai appelé des potes à l’INA, j’ai donné beaucoup de livres. Aujourd’hui, nous inaugurons une allée du musée. Trintignant, pour nous, cela veut dire quelque chose… Le passé glorieux du sport français, la formule 1. »

« Mécanicien, mon père Robert est rentré au service de Pierre Veyron, un pilote privé qui courait sur Bugatti en 1932, raconte Jean Robert Aumaître, le fils d’un illustre mécanicien de Bugatti présent ce week-end au musée. En course, Pierre Veyron enregistrait des résultats bien meilleurs que les Bugatti d’usine, ce qui lui a valu d’être remarqué par Ettore Bugatti, le créateur de la marque qui l’a prié de rejoindre son écurie. Pierre a dit oui dans la mesure où son mécanicien était lui aussi embauché. C’est comme cela que mon père est rentré chez Bugatti. Il y a beaucoup sympathisé avec le fils Jean. Il est devenu son bras droit et, ensemble, ils ont gagné le Mans en 1937. En 1939, lors d’essais auxquels mon père assistait, Jean Bugatti s’est tué, il est mort dans ses bras… Puis, il y a eu la guerre, cela a été la fin pour Bugatti. Aujourd’hui, je m’appelle Jean-Robert, je porte leurs deux prénoms… Après la guerre, mon père est rentré chez Gordini. Trintignant courait pour Amédée Gordini. Nos familles sont devenues amies. Nous avons gardé beaucoup de liens Morgan et moi. Je prends beaucoup de plaisir à être venu avec lui, de notre Provence, assister à cette inauguration ».

Singo.