Lorsque l’on pénètre dans la cellule des prisons de la Tourasse à Rieux Volvestre, un silence respectueux s’installe de lui même. Dans une lumière tamisée, Fédérico Garcia Lorca est assis à même le sol, l’oeil hagard, la peur au ventre. La narratrice, le visage subtilement éclairé, a le regard fixe. Les spectateurs qui se retrouvent dans cet espace exigu s’assoient religieusement sur des bancs de bois pour ne pas gêner l’instant que l’on ressent historique. Une impression particulière d’avoir remonté le temps et de réellement vivre les derniers instants de Federico Garcia Lorca. Nous voici le 19 août 1936 dans un lieu sordide à Colonia près de Grenade. On accompagne celui qui va mourir, exécuté par les milices franquistes. L’instant est grave et chacun retient son souffle. Un silence de mort règne…

Tout à coup, les mots fusent, la musique flamenco qui a bercé la vie du poète se met à vibrer. Gilles Lacoste interprète le rôle de Federico Garcia Lorca avec brio. Avec une incroyable présence scénique, habité par le personnage, il va chercher au fond de lui même les faiblesses de cet homme qui n’est au fond qu’un humain fragile. Des traits de caractère qui s’opposent avec la force de ses idées et de ses engagements qui en ont fait un personnage historique. L’auteure, Christel Larrouy, qui joue le rôle de narratrice et n’hésite à s’essayer avec réussite au déhanchement de la danse flamenco, a écrit un texte fort et puissant. Parfois violent, parfois tout en subtilité, il saura parler entre les lignes de l’homosexualité douloureuse du poète et de son Amour unilatéral pour Dali. On partage l’intimité de Federico Garcia Lorca qui se souvient de sa vie privée et publique. Des souvenirs qui remontent, avec des moments de joie et de tristesse. Lui qui a tant ri de la mort de son vivant, se sentant immortel, vient de prendre conscience qu’il va mourir comme tout un chacun. C’est la peur au ventre qu’il montera dans le camion qui le conduira devant le peloton d’exécution, pour finir dans une fosse commune. Il n’y a plus d’homme public adulé, aux grandes idées et aux engagements citoyens qui ont traversé le temps, il y a la solitude de celui qui va être exécuté anonymement par des miliciens au regard haineux.

Formidablement servie par une mise en scène signée Jérôme Jalabert, cette oeuvre originale « Nu sous Terre » créée spécialement pour les Théâtrales de Rieux est certainement le coup de cœur du festival.