Il y avait foule à la 6° chambre du tribunal de grande instance de Toulouse. Après avoir été reporté à huit reprises, le procès opposant Henri Rouaix, maire de Plagne, à Patrick Mignard alias « Merlin l’emmerdeur » pouvait enfin avoir lieu, 3 ans après les faits.

Rappel des faits

Tout le monde se souvient de cette histoire qui se déroule dans le petit village de Plagne, non loin de Cazères sur Garonne. Le maire Henri Rouaix veut interdire à Josette Boué et à sa fille Bernadette de gaver des canards, activité qu’elles pratiquent pourtant depuis de nombreuses décennies dans un même lieu. Saisie de la gendarmerie, procès au tribunal administratif, rien ne sera épargné à cette famille terriblement affectée par tant d’acharnement. Un comité de soutien aux victimes est monté, des manifestations sont organisées contre celui qui est désigné comme « l’agresseur » alors qu’il est lui même agriculteur. L’un des leaders du comité de soutien est Patrick Mignard ancien professeur d’économie à la faculté de Toulouse. Il est à la tête d’une association de défense du monde paysan. Il produit sur son blog un conte imaginaire signé « Merlin l’emmerdeur » qui précise bien que toute ressemblance avec des personnes…. serait fortuite. Cette légende décrit les agissements d’un despote où s’entremêlent ogre, sorcières et princesses quelque peu caricaturées. Monsieur Henri Rouaix, se reconnaissant dans ce conte comme le despote peu fréquentable, porte plainte contre Merlin l’enchanteur pour allégation diffamatoire. (lire ici)

Le procès à la 6° chambre du TGI à Toulouse

Monsieur Rouaix arrive au tribunal accompagné de quelques membres de sa famille et d’un seul conseiller municipal : Des absences interprétées comme une rupture de solidarité par certains observateurs. En revanche, c’est à la tête d’une forte délégation, dont certains membres de la ligue des droits de l’homme, que Patrick Mignard alias « Merlin l’emmerdeur » se présente à la barre.

Après avoir fait le rappel des faits, madame la Présidente donne la parole aux parties en cause. Après une passe d’arme entre Maitre De Caunes représentant la partie civile et Maitre Nakache représentant les intérêts de « Merlin l’emmerdeur », les premières auditions commencent.

Monsieur Rouaix, qui n’a fait citer aucun témoin à charge, vient à la barre pour une seule minute symbolique. Il parle d’un problème d’un bus n’ayant que peu de rapport avec l’affaire en cours. Presque inaudible et visiblement pas à l’aise, il bafouille quelques mots. Son avocat lui proposera d’exposer à sa place les motifs des griefs. Il ne dira pas qu’il s’est senti concerné par le conte.

Des témoignages chargés d’émotion

Patrick Mignard et son conseil avaient fait citer 6 témoins. Parmi ceux-ci deux témoignages bouleversants ont ému l’assistance présente.

D’abord Josette Boué principale victime de l’affaire dite de Plagne. Elle explique à la présidente que depuis le déclenchement des procédures, sa vie a basculé dans un enfer. Obligé de se soigner pour ne pas sombrer dans une dépression, elle avait perdu le sommeil et tout espoir en l’avenir. Elle ne tiendra que grâce au comité de soutien qui lui a permis de ne pas sombrer. « Sans eux je ne serai pas ce qui serait arrivé » dira-t-elle à la barre visiblement impressionnée de se trouver dans un tel endroit. Elle est très affligée du fait que monsieur Patrick Mignard pourrait être condamné par sa faute. Cette femme de 70 ans n’a mené qu ‘une vie de labeur à la ferme surtout depuis que son mari a eu un très grave accident de tracteur, le rendant handicapé. Elle travaille sans interruption depuis l’âge de 17 ans. Elle ne comprend pas l’acharnement de monsieur Rouaix à son encontre et ne demande qu’à gaver ses canards en paix. Elle déplore que le village soit divisé à cause de tout cela et regrette le temps d’avant.

Sa fille Bernadette explique également le tourment de sa famille qui a vu un cataclysme s’abattre sur elle avec le début de cette affaire. Obnubiler en permanence par tous les rebondissements de ce dossier qui l’afflige, elle ne s’apercevra pas que sa propre fille était en train de faire une dépression nerveuse. Ce dur constat sera une source d’une très grande tristesse et d’une grande culpabilité. Comment ne pas en vouloir à celui qui est à l’origine de tout cela ?

Puis c’est Pierre Pétaut mari de Bernadette et gendre de Josette Boué qui explique au tribunal l’origine de cette affaire. A l’époque, il était dans l’équipe municipale d’Henri Rouaix. Voyant « certaines magouilles », il s’est désolidarisé du maire et a quitté le conseil municipal. En partant le maire lui aurait dit « Un jour tu me le paieras ». Le reste, n’est selon lui, que la suite logique de cette menace qui a été mise à exécution.

Oublié « Merlin l’emmerdeur » pour ne parler que la vie ubuesque à Plagne

Comme souvent dans pareille affaire, ce ne sont pas des allégations mensongères de « Merlin l’emmerdeur » dont il a été question mais du comportement de monsieur Henri Rouaix en tant que maire de la commune. Maitre Pascal Nakache avec brio s’appliquera à décrire les agissements « d’un potental local » selon sa formule haute en couleur. Il précisera en outre qu’en matière de jurisprudence l’emploi de l’humour exonère généralement leur auteur de poursuites pénales. Il croit bien sur à la relaxe de son client.

Maitre De Caunes, avocat de monsieur Rouaix, effectue une plaidoirie de circonstance avec application.

L’impression que la tâche sera difficile vu le déroulé du procès.

A la demande de la présidente, les derniers mots de Patrick Mignard qui reconnait être « Merlin l’emmerdeur » furent : « Je ne regrette rien »

Le délibéré sera rendu le 20 juin 2017.