Lorsque droit et humanisme s’opposent.

Sonam Dhondup, actuellement détenu dans le centre de rétention de Cornebarrieu, est en attente d’être expulsé vers l’Italie. Seul Monsieur le Préfet peut empêcher cette injustice humaniste. Sonam est âgé de 26 ans. Voici l’histoire de ce jeune tibétain qui a dû fuir son pays.

Sonam est issu d’un milieu très pauvre. A l’âge de 2 ans, il est abandonné par son père et sa mère qui se remarient et partent chacun de leur côté. Ce sont ses deux grands-mères qui vont s’occuper de lui. Par manque d’argent, il ne pourra suivre qu’une courte scolarité. Alors qu’il est en deuxième année du secondaire (2013), il signe une pétition d’étudiants opposés à l’enseignement en langue chinoise. Ce sera alors pour lui l’obligation de fuir le Tibet en traversant l’Himalaya. Un acte de rébellion motivé par le fait qu’il ne supportait pas le déclin de la langue tibétaine. Il avait beaucoup entendu parler par ses grands mères de l’invasion du Tibet par la Chine et de toutes les conséquences qui en ont découlé. Cela l’attristait car la politique menée par les chinois vise à transférer des populations au Tibet pour entraîner le déclin de la culture tibétaine.

Tout laisser, ses racines, sa famille et ses amis pour n’emporter que l’Amour de son Pays. Dans un premier temps, il se rend en Inde pour aller tout naturellement à Dharamsala, terre promise où réside le Dalaï-lama. Dans ce pays, il apprendra le métier de couturier. Ayant un oncle à Toulouse, il décide de rejoindre la France, pays des droits de l’homme où règne la démocratie, afin d’y demander l’asile. Il commet l’erreur de demander un visa pour l’Italie et non pour la France pour venir en Europe.

A peine arrivé en terre occitane, Sonam met tout en œuvre pour bien s’intégrer. Il se tisse un réseau d’amis et apprend le français avec monsieur Robert, formateur spécialisé, mais également avec le secours catholique. Avec cette association, il porte même un projet de solidarité locale à travers la couture, son métier. Chacun note son assiduité et un savoir être remarquable.

Tous les feux sont au vert pour que ce jeune homme ait enfin une vie heureuse, entouré par des personnes qui l’aiment et le soutiennent et avec des projets plein la tête. Hélas, d’un seul coup tout bascule. Le Droit vient de parler. Il ne peut rester en France car, entré en Europe par l’Italie, il doit faire sa demande d’asile dans ce pays, même s’il n’y possède aucune attache ou aucun repère. De plus il ne parle pas un traitre mot d’italien.

Le 15 février, il est monté dans un avion de force mais refuse pacifiquement de partir. Ce peuple porte la non violence dans ses traditions les plus ancestrales. A ses yeux, cette décision est tellement injuste, inhumaine et incompréhensible. Entre deux policiers, il est alors conduit au centre de rétention de Cornebarrieu en attendant que les autorités organisent son expulsion. Une lente descente aux enfers et cette peur au ventre qui s’installe à nouveau à l’idée d’un avenir incertain et sans lendemain.

Certes le Droit reste le Droit et on ne peut reprocher à l’État français de l’appliquer. Mais ne peut-on pas, pour une fois, opposer l’humanisme au Droit ? Ne peut-on pas d’abord regarder ce jeune homme respectueux et non violent, à la capacité d’intégration reconnue par tous, avant de s’attarder sur son visa italien plutôt que français ? Où est cette Europe sans frontière généreuse et humaniste ?

Alors des députés, des maires ont écrit à Monsieur le Préfet de la Haute-Garonne pour qu’il déroge à la règle et fasse parler son cœur en vertu de son pouvoir discrétionnaire. Ils ont demandé audience pour plaider la cause de ce jeune tibétain. De nombreuses associations le soutiennent comme le secours catholique, France Tibet, la ligue des droits de l’homme ou des particuliers touchés par cette histoire.

Chacun est désormais fébrilement en attente de la décision du Préfet. Si rien n’est fait Sonam sera expulsé le mercredi 22 février 2017.